Sotheby’s propose un réseau aux marchands

Un nouveau pas vers l’internationalisation du marché par le Web

Le Journal des Arts

Le 6 août 2008

Sotheby’s veut organiser régulièrement des ventes sur l’Internet, à partir de juillet, sur son nouveau site sothebys.com. Cette initiative l’amène à conclure des accords avec des marchands. Selon l’auctioneer, mille cinq cents d’entre eux auraient déjà répondu à l’appel.

NEW YORK - Sotheby’s dispose d’un site web depuis plusieurs années déjà, qui donne le calendrier des ventes et les résultats. Elle a aussi organisé quelques vacations expérimentales (livres et manuscrits) sur l’Internet depuis juillet 1998. La société va désormais investir 25 millions de dollars dans le nouveau site sothebys.com, dirigé par Susan Solomon, ancien président directeur général de Sony Worldwide Networks, qui permettront d’engager du personnel spécialisé, mais aussi de gérer le budget marketing et les installations technologiques. Que la deuxième maison de vente mondiale réalise un tel investissement sur un marché  concurrentiel qui connaît une croissance exponentielle n’a rien de surprenant. Le produit total des ventes sur le web s’élevait à quelque 6,8 milliards de francs en 1997, et a quadruplé au cours de l’année 1998.

Sothebys.com n’est d’ailleurs pas seule sur ce créneau. Elle va rejoindre un important groupe de sociétés qui organisent déjà des ventes aux enchères sur le réseau. Les plus connues sont ebay.com – évaluée en bourse à environ 57,6 milliards de francs –, UBid et OnSale. Mais, pour l’instant, leurs transactions concernent essentiellement des objets allant de 20 à 300 dollars.

Quelques dates et chiffres jalonnent l’accroissement des transactions commerciales sur l’Internet aux États-Unis en 1998, année qui marque l’entrée définitive du web dans le monde des affaires. Fin 1997, seule une société américaine sur trois se disait intéressée par la vente sur le réseau, tandis que l’année suivante, leur proportion s’élevait à 75 % ; d’ici à 2001, on estime que 10 % des ventes y seront réalisées (contre 1 % en 1998). Par ailleurs, certaines acquisitions importantes effectuées par de grandes sociétés spécialisées dans l’Internet annoncent l’amorce d’une phase de consolidation. En novembre 1998, AOL, le plus grand fournisseur d’accès au web, a acheté pour 4,2 milliards de dollars (environ 24,36 milliards de francs) la société Netscape, fabricant de logiciels pour la navigation sur le Net et dernier concurrent direct de Microsoft. Ces sommes astronomiques sont prises en charge par des sociétés qui, en règle générale, n’ont encore perçu aucun bénéfice mais justifient leur mise de fonds par l’extraordinaire explosion du nombre des utilisateurs du réseau. Les premières ventes de Sotheby’s sur le web auront lieu cet été, avec la mise aux enchères de memorabilia du base-ball provenant de la collection Barry Halper. “Pour nous, les ventes traditionnelles et celles sur l’Internet sont complémentaires, déclare Diana Brooks, sa présidente. Le réseau présente deux avantages majeurs : il nous donne accès à des millions d’acheteurs potentiels, et son exploitation est extrêmement rentable. Une fois l’objet réceptionné et photographié, il est entreposé en lieu sûr et ne refait surface que pour être remis à son acheteur. Cela représente des coûts de personnel réduits et les risques liés à la solvabilité des clients sont minimes car vendeurs et acheteurs seront enregistrés. En outre, avec l’Internet, nous n’aurons plus à nous inquiéter du temps de présence en salles de vente, de leur capacité ni même du nombre d’objets que nous pouvons proposer. Les adjudications en salles de vente d’objets de très grande valeur n’auront pas à en pâtir”. Selon des estimations qui n’ont pas été rendues publiques, 80 % des objets aujourd’hui vendus aux enchères valent moins de 5 000 dollars (environ 29 000 francs).

Ce changement radical dans le fonctionnement très traditionnel de Sotheby’s a donné lieu à des accords avec des marchands. Les vacations traditionnelles en salle de vente seront désormais accessibles sur sothebys.com, via l’Internet, pour un certain nombre de marchands et de galeristes sélectionnés qui, moyennant un abonnement, pourront y participer en direct. Selon un galeriste new-yorkais qui a reçu une invitation pour participer gracieusement à une vente, “c’est l’avenir du marché ; il est fort probable que d’ici dix à quinze ans tout au plus, 80 % des ventes se feront sur l’Internet”. Sotheby’s ne souhaite pas communiquer le détail de ses contrats avec les marchands. Mais, selon nos informations, ceux-ci pourront vendre sur le Net, sans frais d’adhésion, des objets d’une valeur inférieure à 10 000 dollars (60 000 francs), en s’engageant à réserver à l’auctioneer l’exclusivité de ce type de transaction pendant deux à trois ans. Les pièces mises en vente seront photographiées par le marchand grâce à une caméra numérique fournie par Sotheby’s et reproduites sur le site pendant une semaine, accompagnées des coordonnées du vendeur. L’objet proposé ira au plus offrant. Sotheby’s percevra le règlement, prélèvera une commission de 10 % du prix sur l’acheteur et prendra en charge la livraison. La maison de vente n’engagera pas sa responsabilité quant à l’authenticité et à la qualité des objets vendus. Le vendeur restera contractuellement “seul responsable du contenu de toutes les informations enregistrées sur le Net”, et devra garantir l’authenticité et le titre de propriété. À Paris, les galeries Moatti, Haboldt et Rossi auraient déjà signé.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°78 du 5 mars 1999, avec le titre suivant : Sotheby’s propose un réseau aux marchands

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