Lundi 10 décembre 2018

Bonnes feuilles

Solidaires dans la crise

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2010 - 572 mots

Organisé du 16 au 18 avril au Grand Palais, le Salon international du livre ancien
et de l’estampe s’ouvre au dessin.

PARIS - Alors qu’au mois de mars, les salons parisiens ont tous préféré faire cavaliers seuls sans ménager de synergie entre eux, les marchands de livres et d’estampes ont compris, depuis quatre ans, que l’union faisait la force. Mais, comme toutes les manifestations, le Salon du livre et de l’estampe a eu du mal à faire le plein. L’organisation du New York Antiquarian Book Fair, du 8 au 11 avril, a provoqué la défection du libraire Benoît Forgeot (Paris). La librairie Thomas Scheler (Paris) passe aussi son tour.

« Deux salons, la même année que la Biennale des antiquaires, c’est trop lourd », confie Bernard Clavreuil, directeur de Thomas Scheler. Un avis que ne partage visiblement pas Jean-Claude Vrain (Paris), de retour cette année malgré sa participation à la biennale en septembre. Bernard Clavreuil préconise une organisation du salon tous les deux ans. Sauf qu’à une telle fréquence, l’événement risque de perdre le Grand Palais. Malgré le volontarisme du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM), la foire est déjà traitée en variable d’ajustement par l’établissement public, qui ne cesse d’en modifier les dates.

Outre ces aléas, le marché de la bibliophilie est aussi frappé par la crise. « Avant, on y échappait un peu, car il y avait une dimension plus passionnée et moins spéculative, rappelle Alain Nicolas (Paris), président du SLAM. Nous avons toujours des lecteurs, des amateurs pour un Baudelaire dédicacé. Mais pour tout ce qui oscille entre 300 et 3 000 euros, c’est le no man’s land. Des pans entiers, comme le régionalisme ou les sources documentaires, n’intéressent plus grand monde. » Les libraires ne s’avouent cependant pas vaincus. Pour capter un nouveau public, ils persistent avec un stand « Découvertes » proposant des livres entre 50 et 200 euros.

Et, surtout, ils déclinent, cette année, le thème du corps, en invitant la bibliothèque interuniversitaire de médecine de Paris. « Paul Ricœur disait que le corps était un médiateur entre l’intimité du moi et l’extériorité du monde. Le livre est aussi un médiateur », souligne Alain Nicolas, qui présente notamment un livre du XVIe siècle sur les déformations. Le thème offre à Rodolphe Chamonal (Paris) l’occasion d’exhiber une spectaculaire planche d’anatomie féminine de Gautier d’Agoty. Par ailleurs, la bibliophilie contemporaine se trouve renforcée avec l’arrivée d’Yvon Lambert (Paris), qui montrera Louise Bourgeois, Lawrence Weiner ou Christian Boltanski.

De leur côté, les marchands d’estampes ouvrent leurs portes à leurs collègues du dessin. « Si nous ne l’avions fait, le salon n’aurait pas eu lieu. Nous ne perdons pas notre identité, mais nous ajoutons quelque chose qui n’est pas loin de nous », indique Mireille Romand, présidente de la Chambre syndicale de l’estampe, du dessin et du tableau. De fait, la foire accueille les immenses pastels de Vivian Kral apportés par Jacques Elbaz (Paris), ou les dessins de Pierre Bonnard accrochés par Michèle Aittouarès (Paris).

« Une personne intéressée par un livre de La Fontaine illustré par des gravures d’Oudry pourrait aussi porter son attention sur des dessins du XVIIIe siècle », indique Georges Franck, de la galerie Artesipia (Paris). Une manière intelligente de prôner les passerelles plutôt que le cloisonnement.

SALON INTERNATIONAL DU LIVRE ANCIEN, DE L’ESTAMPE ET DU DESSIN, du 16 au 18 avril, Grand Palais, avenue Winston-Churchill, 75008 Paris, www.salondulivreancienparis.fr et www.salondelestampeparis.fr, tlj 11h-20h

SALON DU LIVRE, DE L’ESTAMPE ET DU DESSIN

Organisation : Syndicat national de la librairie ancienne et moderne, Chambre syndicale de l’estampe, du dessin et du tableau

Nombre d’exposants : 130 libraires, 46 marchands de dessins ou d’estampes

Tarif des stands : 4 400 euros HT pour 9 m2, 13 500 euros HT pour 18 m2

Nombre de visiteurs en 2009 : 20 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°323 du 16 avril 2010, avec le titre suivant : Solidaires dans la crise

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque