Analyse

Soldes de janvier

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 6 janvier 2009

« Holiday supersale, don’t wait, save 25-50 %, must have, no kidding ! » [Super soldes, n’attendez-pas, – 25/50 %, indispensable, sans blagues !] Non, ceci n’est pas une publicité pour des soldes dans un Wall Mart américain. Le marchand new-yorkais Asher Edelman a envoyé en décembre cette annonce cocasse à son fichier de clients.

Avec une savoureuse ironie, il prenait le contre-pied de la crise en adoptant le ton digne de la criée ! Sur un mode similaire mais moins humoristique, la galerie du Jour Agnès b. (Paris) avait envoyé avant les fêtes une newsletter : « cadeau… Pourquoi pas une œuvre d’art, de 300 à 1 000 euros, prix exceptionnels ! » La grande braderie de l’art a commencé. Déjà, sur Art Basel Miami Beach en décembre, les galeries consentaient des rabais de 10 % à 20 %, ce, avec le sourire ! « Je suis ferme sur les prix et souple sur les offres », confie avec humour le marchand belge d’art africain Patrick Claes. Car il faut relancer la consommation, pour reprendre une formule chère à nos gouvernants.

Vers un troisième marché ?
Si, du côté du premier marché, les clients n’hésitent plus à demander de vrais discounts, la stratégie diffère sur le terrain des ventes publiques. Certains attendent parfois la fin d’une vente, analysent les invendus et proposent alors un achat en after sale. Une pratique d’autant plus aisée que les dernières vacations d’art impressionniste, moderne et contemporain à Paris accusaient des taux d’invendus de 30 % à 50 %. En octobre, Artcurial a rattrapé pour environ 150 000 euros en after sale après sa dispersion d’art contemporain. Aux lendemains de la vente Lanvin le 1er décembre, Christie’s a cédé trois gros lots pour plus de 2,7 millions d’euros. « L’after sale nous permet de recoller les pots cassés, indique le spécialiste de Christie’s, Thomas Seydoux. Lorsqu’une pièce ne se vend pas, les vendeurs prennent conscience du fait que les estimations étaient trop hautes. Parfois ils acceptent de baisser leurs espérances, parfois non. Le taux de ventes après la [vacation] est plus important qu’avant, mais il ne faut pas imaginer qu’un troisième marché parallèle s’est mis en place ! »

Un « sparadrap utile »
Un « marché parallèle » pourrait difficilement naître en France où la loi ne permet pas aux acheteurs de faire des offres en dessous du montant de la dernière adjudication, chose autorisée de l’autre côté de l’Atlantique et de la Manche. Ainsi, en novembre à New York, l’écurie de François Pinault s’est-elle vue proposer des offres à 30 % en dessous des estimations de sa vente du soir d’art moderne. Un paysage de Renoir estimé 1,5 à 2 million(s) de dollars fut alors vendu pour 1,2 million de dollars. « On a eu deux types d’offres, celle de l’acheteur hésitant qui se décide sur le tas, et celle des marchands qui se disent que c’est l’opportunité d’acheter à la casse, précise Thomas Seydoux. Les vendeurs ne sont pas encore à brader. Si je reçois une offre à 50 % du prix, je conseille d’attendre un an et de remettre en ventes publiques avec une estimation plus basse. » Et d’ajouter : « L’after sale est un système sparadrap utile dans une période de transition comme aujourd’hui. C’est comme un cours de rattrapage l’été, ce n’est pas l’idéal, mais ça évite de redoubler. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°294 du 9 janvier 2009, avec le titre suivant : Soldes de janvier

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