Entretien

Sofia Komarova, directrice de la galerie Artvera’s, Genève

« Un marché refuge en période de crise »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2010

Comment la galerie Artvera’s, inaugurée en mars 2007 à Genève, se positionne-t-elle ?
Artvera’s est spécialisée dans l’art européen et russe de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, et est tournée essentiellement vers la peinture à l’huile. Par la qualité des œuvres exposées, elle se positionne à mi-chemin entre la galerie d’art haut de gamme et le musée. Elle présente des expositions cohérentes d’une durée assez longue (en moyenne de six mois à un an) autour d’un thème tel « Dialogue en couleurs à l’aube du XXe siècle » (en 2007), qui a fait la part belle aux grands maîtres de l’impressionnisme et du postimpressionnisme. La galerie joue aussi parfois le rôle d’intermédiaire entre musées et collectionneurs, pour des prêts d’œuvres lors d’expositions nationales et internationales.

Pourquoi avoir choisi Genève comme lieu d’implantation ?
Nos collectionneurs sont basés tout autour de la planète et le statut international de Genève convient particulièrement bien à cette situation. La position de Genève se révèle également d’une importance stratégique avec son important port franc qui conserve un grand volume d’œuvres d’art appartenant à des propriétaires situés partout dans le monde. Enfin, Genève est une ville importante pour son rayonnement culturel.

Quel est votre parcours professionnel ?
Je suis née dans l’art, à Saint-Pétersbourg, où ma mère était antiquaire. Ma tante est conservatrice au Musée Pouchkine, à Moscou. Après des études d’histoire de l’art, je suis partie en 1999 dans le cadre d’un échange universitaire à Lausanne (diplôme supérieur Langue et Culture française à l’UNIL), puis à Genève où j’ai passé un mastère à l’Institut des hautes études internationales. Je suis installée à Genève depuis 2005. Avant de diriger la galerie Artvera’s, je poursuivais un doctorat sur le thème de la législation russe dans le domaine de l’art et j’enseignais l’histoire et la culture générale pour l’université moscovite Lomonossov, qui possède aussi un institut universitaire à Genève.

La galerie Artvera’s participe-t-elle à des salons internationaux ?
Nous étions présents au 22e Salon d’antiquités de Moscou en mars 2007, puis à la Moscow World Fine Art Fair de 2007 et 2008.

Quel est l’impact de la crise financière sur l’activité de la galerie ?
Au contraire de l’art contemporain largement plus volatil, le marché très haut de gamme relatif à de grands artistes modernes, figures de proue dans l’histoire de l’art, n’est pas spéculatif, et ne peut que progresser sur le long terme. Il représente en période de crise un marché refuge face aux incertitudes de la Bourse et du monde financier. Ce segment a été peu touché par la crise, ce qui n’est pas le cas du marché du moyen de gamme, beaucoup plus fragile. Ceci vaut particulièrement pour l’impressionnisme et l’expressionnisme, largement représentés chez Artvera’s.

Quelle part de l’activité commerciale de la galerie la clientèle russe représente-t-elle ?
Nos clients russes ne constituent qu’une toute petite part de notre clientèle. En effet, les œuvres russes posent encore souvent de nombreux problèmes d’identification. C’est pourquoi nous n’en avons qu’un nombre très restreint pour lequel nous sommes absolument sûrs de la provenance et de l’authenticité.

Comment s’est montée l’exposition sur Serge Charchoune qui se déroule depuis le 13 novembre ?
C’est la première fois que la galerie Artvera’s monte une grande rétrospective sur un seul peintre. Tout est parti d’un heureux hasard, celui d’une rencontre avec un grand collectionneur de Serge Charchoune. L’exposition permet de découvrir la partie la plus personnelle, la plus complexe et picturalement la plus élaborée de l’œuvre de Charchoune, c’est-à-dire les chefs-d’œuvre abstraits et néo-symbolistes d’après guerre. Cela correspond à une période encore trop méconnue du grand public au regard de la participation notoire de l’artiste au mouvement dadaïste parisien ou à sa période puriste des années 1920.

Que préparez-vous ensuite ?
Une exposition sur « Henri Manguin et la naissance du fauvisme en Méditerranée ».

« Serge Charchoune 1888-1975, rétrospective  », jusqu’au 15 avril, galerie Artvera’s, 1 rue Étienne-Dumont, Genève, tél. 41 22 311 05 53, www.artveras.com ; 75 tableaux dans une gamme de prix : de 80 000 à 500 000 francs suisses (53 000 à 330 000 euros).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°316 du 8 janvier 2010, avec le titre suivant : Sofia Komarova, directrice de la galerie Artvera’s, Genève

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