Galerie Jean Fournier

Simon Hantaï « panse »

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 30 octobre 2012 - 752 mots

Rarement exposées, les Panses de Simon Hantaï nées de son « pliage comme méthode » se déploient dans l’intimité de la Galerie Jean Fournier en attendant d’être exposées au Centre Pompidou.

PARIS - Certaines des œuvres de la série Panses de Simon Hantaï ont été montrées au printemps dernier au LaM de Villeneuve d’Ascq. Mise à part cette sortie dans l’exposition collective « Déplacer, déplier, découvrir. La peinture en actes, 1960-1999 », organisée par Marc Donnadieu et qui regroupait également des œuvres de Martin Barré, Jean Degottex, Marc Devade et Michel Parmentier, les Panses n’avaient pas été présentées depuis 1967, quand le galeriste Jean Fournier les révélait pour la première fois dans sa galerie de la rue du Bac. L’ensemble ici réuni, composé de dix-huit tableaux, est donc le plus important depuis cette date.

À quelques mois de la rétrospective que le Centre Pompidou va consacrer à Hantaï au printemps prochain, cela ne fait qu’augmenter l’intérêt que suscitent ces tableaux, pour au moins deux raisons. La première vient du fait que Simon Hantaï (né en 1922 à Bia en Hongrie et mort en 2008 à Paris) appréciait lui-même énormément cette série et l’évoquait souvent à la fin de sa vie. Encore peu de temps avant sa disparition, il s’étonnait même encore qu’elle ait été aussi peu montrée, loin derrière, par exemple, les Blancs (1973-1974) ou surtout les Tabulas (1972-1980). Datées de 1964-1965, les Panses correspondent pourtant à un moment clef dans son œuvre, puisqu’elles ne sont que la troisième série réalisée avec cette fameuse technique du pliage, après les Mariales (1960-1962) et les Catamurons (1963-1964). Et même les grands amateurs du travail de Hantaï ne la connaissent pas bien. La seconde raison est liée au regard que d’autres artistes, et non des moindres, Daniel Buren, Michel Parmentier, Pierre Buraglio… ont porté sur ces œuvres. Lorsque des créateurs manifestent ainsi un intérêt si particulier pour un de leurs pairs, c’est généralement un gage de qualité et le signe que son travail est sujet à réflexion.

Dans le vif de la pliure
Les Panses donc. Car on a échappé à un autre titre, celui initialement pensé : Suite-Maman ! Maman !, dits : La Saucisse, en référence à Henri Michaux dans son livre Vents et Poussières où l’on peut lire : « La cellule peut encore sauver le monde, elle seule, saucisse cosmique sans laquelle on ne pourra plus se défendre (…) C’est tout ce que nous pouvons faire pour le moment : des saucisses… ».
C’eût été plus drôle et surprenant, mais certes moins explicite. Car le mot « panse » en hongrois a plusieurs sens et peut désigner une sorte de saucisse à confectionner après avoir tué le cochon, mais il renvoie également à la femme enceinte ou à l’estomac des ruminants, aux boyaux. On comprend dès lors mieux le choix du mot, puisque la forme qui caractérise cette série peut évoquer celle d’un ventre installé au centre de la toile, et métaphoriquement rappeler, comme l’indique Georges Didi-Huberman dans son livre L’Étoilement, conversation avec Hantaï qu’elle « se réfère explicitement à une problématique de la gestation, de la fœtalité et de la parturition ».

Surtout que cette toile, Hantaï l’a d’abord pliée selon une technique particulière et différente de celle des Tabulas par exemple, pour lesquelles il faisait des nœuds. Ici, comme on peut le voir sur une photographie d’atelier reproduite dans le petit catalogue édité à cette occasion (avec des textes de Molly Warnock et Karim Ghaddab), Hantaï crée un volume, presque une sculpture murale dont il va peindre le relief, les pliures, bosses et creux, pics et vallons de différents bleus, verts, marrons. Il ne les déplie qu’à la fin, et la toile, bien que parfaitement tendue, garde la mémoire du froissement. L’aléatoire de la pratique va finalement générer une grande variété de couleurs et de formes, du kaléidoscope aux cristaux, de la constellation à la pierre précieuse. Soit, en résumé, une façon de transformer les viscères en diamant.

La cote aussi est à prendre comme un bijou : 65 000 euros pour une petite toile (127 x 103 cm) à 280 000 euros pour les moyennes. Les deux plus grandes, en effet – dont l’une de 242 x 200 cm – appartiennent à des collectionneurs privés. Ils les ont juste prêtées pour compléter le tableau, mais ne tiennent pas à les vendre. On les comprend.

SIMON HANTAÁ?, PANSES

Jusqu’au 24 novembre, Galerie Jean Fournier, 22 rue du Bac, 75007 Paris, tel. 01 42 97 44 00, ouvert mardi-samedi 10h30-12h30 et 14h-19h

PANSES

- Nombre d’œuvres : 18

- Prix : de 65 000 à 280 000 €

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°378 du 2 novembre 2012, avec le titre suivant : Simon Hantaï « panse »

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