Signac, marin aquarelliste

Une cinquantaine d’œuvres à la galerie de la Présidence

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 2 mars 2001 - 780 mots

Initié dans sa jeunesse par Caillebotte aux plaisirs de la voile, Paul Signac grand marin, posséda, tout au long de sa vie, 32 bateaux, du Manet-Zola-Wagner au Sindbad en passant par L’Olympia. Des petits ports de pêche de Bretagne à ceux de la Méditerranée, des régates aux retours de pêche, la galerie de la Présidence nous invite à un petit voyage au bord de la mer, à travers une cinquantaine d’aquarelles du peintre, exécutées entre 1896 et 1935.

PARIS - “Je vous recommande l’aquarelle, c’est précieux, très pratique, on peut arriver en quelques minutes à prendre des notes impensables, la fluidité d’un ciel, certaines transparences, un tas de petits renseignements qu’un lent travail ne peut donner, c’est si fugitif les effets !” Ces conseils adressés en 1888 à Paul Signac, alors âgé de vingt-cinq ans, émanent de Camille Pissarro toujours bienveillant à l’égard de ses jeunes confrères. C’est à Saint-Tropez, quatre ans plus tard que le peintre effectuera ses débuts dans la spécialité. “C’est le bonheur que je viens de découvrir”, confia-t-il. Là, ébloui par l’éclat de la lumière, il délaisse momentanément ses mines de plomb, crayons Conté et encres de Chine pour se consacrer à l’aquarelle. Au fil des ans, cette technique finira par prendre le pas sur la peinture. Elle lui permet de traduire avec célérité les effets évanescents de la lumière et lui offre une plus grande liberté de mouvement en le débarrassant de son encombrant attirail de peintre.

Comme Delacroix – un de ses maîtres – Signac, passionné de nautisme, exécuta de nombreuses marines. “Le vaisseau ne joue pas un assez grand rôle chez les faiseurs de marine ; j’en voudrais faire le héros de la scène ; je les adore ; ils me donnent des idées de force, de grâce, de pittoresque”, écrivit l’auteur de La Liberté guidant le peuple. Ce souci du détail dans la description des navires est partagé par Paul Signac. En témoignent la cinquantaine de marines présentées par la galerie de la Présidence. Brick, goélettes du Finistère, tartanes de cabotage, “trabacolo” de l’Adriatique, trois-mâts goélettes scandinaves, et autres chaloupes de pêche des petits ports normands, tous sont décrits avec un luxe de détails. L’une des plus belles aquarelles montre la flotte des trois-mâts goélettes du port de Saint-Malo réunie dans le bassin Vauban. Exécutée en 1930, elle décrit à merveille l’atmosphère de calme et de sérénité qui suit les longues semaines de mer, de houle et de coups de vent. Tout aussi attachante est cette autre petite aquarelle de 1907, baignée d’une lumière nacrée rose et bleue, figurant le Vieux-Port de Marseille, ses grands navires à quai et, au loin, la tour carrée du fort Saint-Jean. “Ici s’affirme la virtuosité avec laquelle Signac savait saisir et traduire les moments les plus sensibles et les plus fugaces, avec une économie de moyens souvent déconcertante”, écrivait Paul Gray.

Un art qui exige concision et rapidité
Les œuvres les plus anciennes de 1896 et 1897 témoignent de sa proximité avec Van Gogh. Les deux artistes, qui ont souvent peint ensemble dans les années 1886 et 1887, étaient liés par une profonde amitié. Volendam-Hollande, une aquarelle et lavis d’encre de 1896 et Saint-Tropez, pointe Saint-Pierre, vers 1897, trahissent tous deux l’influence du peintre des Tournesols avec sa stylisation virgulée. La galerie nous invite à poursuivre notre voyage, de Rotterdam à Collioure en passant par Douarnenez et Concarneau, à la découverte de petits ports de pêche. Un travail commandé en 1929 par le mécène Gaston Lévy.

“Chez Signac, l’artiste et le marin sont indissociables et la pratique de l’aquarelle lui offre le contact de l’air du large, aussi vivifiant que nécessaire. Loin d’être un art d’agrément, l’aquarelle telle qu’il la pratique ressemble à un combat, une lutte permanente avec la nature et ses effets fugaces, avec la mobilité de la lumière, de l’eau, des bateaux, avec le vent, avec la pluie, écrit Marina Ferretti-Bocquillon, historienne d’art. Elle exige concision, rapidité et ne laisse qu’une chance à l’artiste. Elle est réussie ou ne l’est pas, mais il n’y a pas de repentir possible, ni gommage, ni grattage, ni reprise.” Les prix de la cinquantaine d’œuvres exposées s’échelonnent entre 80 000 francs pour les petits formats (10 x 13 cm) à 300 000 francs pour les grands (28 x 44 cm). La cote des aquarelles de Signac a beaucoup progressé ces trois dernières années. Elles demeurent cependant plus abordables que celles de Dufy qui dépassent parfois le million de francs.

- SIGNAC, LE MARIN, jusqu’au 30 avril, galerie de la Présidence, 90 rue du faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris. Tél. : 01 42 65 49 60. Tlj sauf dimanche 10h-13h et 14h30-19h. Catalogue, 60 p., 55 ill. couleurs, 100 francs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°122 du 2 mars 2001, avec le titre suivant : Signac, marin aquarelliste

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