Vendredi 16 novembre 2018

Arts premiers

Session prometteuse en décembre à Paris

Dynamisée par l’ouverture du Musée du quai Branly, la scène parisienne reste en pointe pour les chefs-d’oeuvre de l’art africain, mais se défend aussi pour les arts premiers du continent américain

Le Journal des Arts

Le 9 janvier 2008 - 911 mots

PARIS - Dans le domaine artistique, le continent africain est sorti de l’ombre par l’entremise d’artistes d’avant-garde. Notamment par la découverte d’un objet africain que devaient faire Vlaminck et Derain dans un café de Chatou. Citer les Demoiselles d’Avignon de Picasso ou l’engouement pour les arts dits primitifs de Modigliani et Brancusi – 2007 marquera le centenaire de la rencontre des deux hommes... – est devenu un « lieu commun » à la mesure du paradoxe. L’une des racines du monde occidental plonge sous la terre d’Afrique et Paris fut le principal protagoniste de ces soubresauts. Une légitimité sensible que partage Bruxelles en raison de son lien historique avec le Congo, et qui se traduit par la présence en Belgique de nombreux marchands – parmi les plus importants de la scène internationale – ainsi que quelques événements marquants tels le salon Bruneaf. Paris a également ses grands marchands, des experts reconnus, son musée-sanctuaire du quai Branly ; elle bénéficie désormais d’une véritable image dans le monde des ventes aux enchères. La France a aussi connu de grands spécialistes qui ont mis cet art en valeur tels que Pierre Vérité, Charles Ratton et Étienne Loppé.
Depuis la vente de la collection Hubert Goldet organisée en juillet 2001 à la Maison de la Chimie jusqu’à la désormais historique « vente Vérité », plusieurs vacations importantes ont animé notre capitale et les maisons de ventes anglo-saxonnes ne sont pas en reste. La dernière session du mois de décembre a été marquée par les ventes des maisons Fraysse & Associés, Calmels-Cohen et Sotheby’s, qui se sont succédé les lundi 4 et mardi 5 décembre. On peut lire dans ce rapprochement des dates une volonté délibérée de créer des « sessions » à forte lisibilité pour la clientèle internationale. De toute évidence, un signe de maturité... Mais le marché est mouvant et l’analyse des différentes politiques engagées par les trois acteurs susnommés, ainsi que les résultats obtenus, est riche d’enseignement sur les « nouvelles orientations psychologiques » du marché. Ce lundi 4, Drouot devait disperser avec succès un ensemble d’objets parmi lesquels la collection du professeur G. M., collectée – ainsi qu’il est précisé en début de catalogue – entre la dernière partie du XIXe siècle et le tout début du XXe siècle et obtenue par échanges avec des missionnaires, ainsi qu’un très beau masque rituel Fang Gabon recouvert de kaolin, dont les similitudes avec le fameux masque Ngil de la collection Vérité (adjugé au prix record de 5 904 176 euros) étaient soulignées ; on pouvait également lire qu’il s’agissait là de « l’oeuvre d’un maître sculpteur, archétype de l’objet qui inspira les plus grands artistes occidentaux à l’aube du XXe siècle ». Manifestement, les organisateurs nourrissaient le rêve de prolonger l’extraordinaire émulation qui s’est emparée du monde de la collection il y a quelques mois. Et en insistant sur le pedigree des objets, sur leurs singularités stylistiques, ils s’y sont assez bien employés. À un détail près, et non des moindres... Les estimations prodiguées étaient pour le moins ambitieuses. Non pas que les prix annoncés soient inatteignables, car Paris nous a souvent étonnés et nous étonnera encore, mais ils ont eu l’inconvénient d’anéantir tout fantasme. C’est ainsi que notre masque a été vendu 360 000 euros alors qu’il était estimé 800 000 à 1 200 000 euros. Le lendemain, à la Galerie Charpentier, un repose tête Luba du Zaïre, sans provenance, histoire ni publication atteignait 1 560 000euros sur une estimation de 400 000 à 500 000 euros... L’objet était tout simplement exceptionnel et l’estimation raisonnable – eu égard à la qualité intrinsèque et à la rareté – a permis d’obtenir un record absolu. C’est peut-être la grande leçon de cette fin d’année ; les quelques passionnés qui peuvent s’offrir les plus beaux témoignages des arts premiers se comptent dans un mouchoir de poche. En repoussant sans cesse les limites financières, ils continuent peu à peu à sortir de l’ombre des pans de civilisation et à les inscrire dans la mémoire collective. Ils sont à leur façon des aventuriers et sans un attrait financier ou intellectuel, il n’est point de magie. Quant à la vente de la collection Lebel à l’hôtel Drouot, elle rencontrait elle aussi un véritable succès avec des masques Yup’ik d’Alaska – les arts d’Amérique côtoyant ceux d’Afrique – qui après avoir frôlé les 600 000 euros, rejoindront vraisemblablement leurs terres originelles. Preuve que la scène parisienne reste en pointe pour les chefs-d’oeuvre de l’art africain, mais qu’elle peut également défendre les arts premiers du continent américain avec panache.
Enfin, n’oublions pas que l’année 2006 a vu la naissance du Musée du quai Branly qui, bien que constitué des anciennes collections du Musée de l’Homme, montre bien à quel point cet art fait désormais partie de notre vie et de notre culture.

ARTS PRIMITIFS : SVV FRAYSSE, LE 4/12 - Experts : Yann Ferrandin et Christine Valluet - Résultats : 1,57 million d’euros - Nombre de lots vendus/invendus : 25/12 - Lots vendus : 67,6 % COLL. ROBERT LEBEL ARTS PRIMITIFS : SVV CALMELS-COHEN, LE 4/12 - Experts : Alain de Monbrison et Pierre Amrouche - Résultats : 5,3 millions d’euros - Nombre de lots vendus/invendus : 58/108 - Lots vendus : 65 % ART D’OCÉANIE ET ART D’AFRIQUE : SOTHEBY’S, LE 5/12 - Experts : Marguerite de Sabran et Patrick Caput (consultant) - Résultats : 4,89millions d’euros - Nombre de lots vendus/invendus : 178/47 - Lots vendus : 79 %

ART TRIBAL : ARTCURIAL, LE 5 /12 - Experts : Bernard de Grunne - Résultats : 200 000 euros - Nombre de lots vendus/invendus : 33/62 - Lots vendus : 34,7 % ART AFRICAIN ET OCÉANIEN : CHRISTIE’S, LE 7/12 - Experts : Tim Teuten et Fleur de Nicolay - Résultats : 1,26 million d’euros - Nombre de lots vendus/invendus : 213/26 - Lots vendus : 89 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°250 du 5 janvier 2007, avec le titre suivant : Session prometteuse en décembre à Paris

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