Mercredi 19 décembre 2018

Entretien

Serge Le Guennan, galeriste spécialisé en art ethnographique africain et art d’Asie du Sud-Est, co-organisateur de « Paris rue Visconti », Paris

« Collectionner est une affaire de passion »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 2 mars 2010 - 712 mots

Quelle est l’origine de « Paris rue Visconti », deuxième édition du vernissage commun de galeries d’arts premiers et asiatiques, qui se tiendra du 18 au 22 mars ?
Sept galeries installées depuis les années 2000 dans la rue Visconti, au cœur du quartier Saint-Germain-des-Prés [à Paris dans le 6e arrondissement] se sont fédérées pour initier cette manifestation l’an dernier. La première édition était un ballon d’essai. Nous y sommes allés sur la pointe des pieds, car nous voulions voir si le public était réceptif et motivé. La manifestation a été très bien accueillie par les professionnels et nos clients respectifs. Nous avons donc décidé d’en faire un événement moins confidentiel et plus structuré.

Pourtant la tendance n’est-elle pas aux grandes foires internationales ?
La tendance est effectivement à l’essaimage. C’est très bien de faire des salons partout dans le monde, mais nous pensons qu’il faut aussi inciter les collectionneurs à retourner dans les galeries, habitude qu’ils ont malheureusement perdue. Dans les galeries, l’amateur a le contact le plus direct avec les objets et les professionnels.

Comment faire pour que cela fonctionne ?
Nous représentons à nous sept, dans nos domaines respectifs, une grande diversité des cultures du monde. Un événement comme « Paris rue Visconti » ne peut fonctionner que si nous proposons suffisamment d’expositions de qualité pour attirer les amateurs. Tout le monde a joué le jeu.

Quel est le programme ?
Tous ensemble, nous couvrons les cinq continents, avec une Amérique du Nord en pointillés. La pionnière de la rue Visconti, la galerie Le Toit du Monde, invite à découvrir des objets rituels chamaniques et des masques du Népal. La galerie Maine Durieu nous emmène en Afrique de l’Ouest, au Burkina Faso, à la rencontre de peintures de cases du peuple Gan, accompagnées d’objets ethnographiques qui font le quotidien des femmes d’Afrique. Yann Ferrandin présente des masques miniatures de Côte-d’Ivoire de la collection anglaise Tom Phillips.

La Mingei Arts Gallery organise une rare exposition de peintures Zenga, art populaire japonais récemment consacré par le Musée du quai Branly, à Paris. Une sélection de massues, coupes, parures et sculptures du Pacifique est montrée à la galerie Voyageurs et Curieux, tandis que la galerie Pascassio Manfredi se consacre à l’art indonésien. À la galerie S.L., nous exposons de l’ethnographie africaine et des objets de culture balinaise encore peu connus.

En somme, vous représentez un parcours des mondes bis ?
Nous n’avons pas l’ambition du Parcours des mondes [salon dédié aux arts premiers]. Et nous ne voulons pas mettre une épine dans le pied de cette manifestation qui remue beaucoup de gens et fait venir une grosse clientèle étrangère chaque année. Quatre d’entre nous y participent. Pour ma part, je ne le fais plus. Je pense que le Parcours aurait dû se dérouler de façon collégiale, comme Bruneaf à Bruxelles, sous la forme d’une association de professionnels. Au lieu de cela, il est géré par une société commerciale qui fait du remplissage. Or, on ne peut pas augmenter le nombre de participants tout en gardant une bonne tenue à l’événement.

Avez-vous des demandes de participation de la part de galeries de rues adjacentes ?
Oui, nous sommes sollicités pour étendre la manifestation dans le quartier. Cela pourrait faire partie des possibilités futures. Mais nous ne sommes pas des organisateurs de salon. Nous avons le projet de faire de « Paris rue Visconti » un rendez-vous bi-annuel, en ajoutant une session d’automne. Et pour lui donner plus d’ampleur, pourquoi ne pas s’appuyer sur une vente publique.

Les ventes publiques ont porté les arts premiers au sommet ces dernières années…
C’est à double tranchant. Depuis la vente de la collection Goldet à Paris en 2001, les maisons de ventes faussent la donne à coups d’enchères records à six ou sept chiffres. Elles ont attiré des investisseurs, rassurés par la cote ascendante des objets, mais elles ont fait fuir les jeunes collectionneurs qui n’ont pas de moyens démesurés et qui ne veulent pas s’engager dans un marché où les prix s’envolent. Nous, marchands, nous sommes là pour leur rappeler que collectionner est avant tout une affaire de passion, en leur proposant des objets intéressants, de qualité et accessibles.

« Paris rue Visconti », du 19 au 22 mars, 11h-19h, vernissage le 18 mars à partir de 17h, tél. 01 43 25 35 25

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°320 du 5 mars 2010, avec le titre suivant : Serge Le Guennan, galeriste spécialisé en art ethnographique africain et art d’Asie du Sud-Est, co-organisateur de « Paris rue Visconti », Paris

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