Sélection des ventes de la quinzaine

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 9 juin 2010

L’empire À fontainebleau, vente des 12 et 13”¯juin, Fontainebleau, SVV”¯OSENAT.
L’un des lots majeurs de ce rendez-vous bellifontain régulier autour de l’Empire est un fragment de tableau représentant un portrait du général Lazare Hoche, estimé 15”¯000”¯euros.

Cette huile sur toile de 145 x 66 cm, datée 1889 et signée Henri Gervex, est un fragment de la gigantesque toile circulaire, Le Panorama du siècle d’Henri Gervex (1852-1929) et Alfred Stevens (1823-1906), qui mesurait plus de 120 mètres de long sur 20 mètres de hauteur. Présentée à l’Exposition universelle de 1889 pour le centenaire de la Révolution française, l’œuvre était « une vaste galerie de portraits grandeur nature de personnalités contemporaines ou historiques, mises en situation et savamment orchestrées devant des vues emblématiques de Paris. Le sujet était original autant qu’ambitieux, faisant se succéder à partir de 1789 les rois, les révolutionnaires et les empereurs, les généraux, les savants, les littérateurs et les artistes : au total plus de 640 personnages célèbres, symboles de la grandeur de la France », souligne Jean-Christophe Pralong-Gourvennec, spécialiste de Gervex. Après l’échec de son acquisition par l’État malgré un réel succès, l’immense toile de plus de trois tonnes fut découpée en fragments cohérents, dont certains sont conservés dans des musées en France et à l’étranger. La vente rassemble en outre une plaque de grand-croix de l’ordre de Saint-Étienne de Hongrie, ayant appartenu à l’empereur Napoléon Ier (est. 15 000 euros) ; l’inventaire des diamants et bijoux de l’impératrice Joséphine donnés à ses deux enfants à sa mort, en 1814, et dont le montant s’élève à trois millions de francs (est. 2 000 euros) ; ou encore un ensemble de documents relatifs à la gestion, entre 1821 et 1825, du domaine de la Pagerie en Martinique (est. 800 euros), incluant la liste détaillée des esclaves du prince Eugène avec leurs nom, âge et état de santé.

Experts : Jean-Claude Dey (souvenirs historiques) et Alain Nicolas (livres et manuscrits)
Estimation : 450 000 euros
Nombre de lots : 569


Collection GASTON LÉVY
Vente du 14 juin, Paris
Christie’s
Créateur de la chaîne de magasins Monoprix, Gaston Lévy (1893-1977) était un ardent collectionneur, et en particulier un grand défenseur de Paul Signac dont il acquit pas moins de 130 toiles et de très nombreuses œuvres sur papier. Le peintre doit à ce mécène l’organisation de l’exposition monographique à la galerie Bernheim-Jeune en mai 1930, à Paris, et le financement de son projet de représenter tous les ports de France. Le collectionneur a aussi contribué à la réalisation du catalogue raisonné de l’artiste. Dix œuvres de Signac conservées par la famille de Gaston Lévy sont offertes aux enchères dont l’aquarelle Bateaux à Saint-Malo (1928) (est. 8 000 euros) ; une étude pour Trois-mâts, terre-neuvas. Voiles au sec. Saint-Malo (1931) au lavis d’encre et à la pierre noire (est. 80 000 euros) ; et l’huile sur toile Bouquet de tulipes (1929) (est. 200 000 euros). Mais le clou de la collection est une Tête en pierre de 65 cm par Amedeo Modigliani (ill. ci-contre). Elle fut exposée pour la première fois au Salon d’automne de 1912. Le collectionneur l’a acquise aux enchères à Drouot en 1927. Estimée 4 à 6 millions d’euros, cette sculpture est d’une beauté intemporelle. « On compte vingt-sept sculptures de l’artiste, pour la majorité dans les plus grands musées du monde. À la différence de celles que l’on connaît, cette tête est moins antiquisante et de facture plus maniériste, dans la veine des grands portraits si caractéristiques du peintre avec leurs figures ovales, leurs yeux en amande, leurs petites bouches, leurs nez fins et longs, et leurs cous allongés », indique l’expert Anika Guntrum.

Expert : Anika Guntrum
Estimation : 5 millions d’euros
Nombre de lots : 24

Collection Marcia et John Friede
Vente du 16 juin, Paris
Sotheby’s
Une douzaine de pièces océaniennes de la collection Marcia et John Friede, entièrement vouée à la Nouvelle-Guinée, est l’un des pôles d’attraction de cette vente d’arts premiers. On remarquera cinq objets qui étaient exposés au De Young Museum de San Francisco depuis 2005, dont une très ancienne et rarissime statuette féminine du Bas-Sepik de 25 cm (ill. ci-contre). Estimée 100 000 euros, « cette statuette se distingue par le talent remarquable avec lequel le sculpteur a traduit la tension de la pose », note l’expert Marguerite de Sabran. Son pedigree est remarquable : elle fut acquise par Charles Ratton et exposée en 1934 à la galerie new-yorkaise de Pierre Matisse. Le British Museum conserve l’unique statuette comparable à cette œuvre. Également admirée pendant quelques années au musée de San Francisco, une statue féminine de la région des Ewa du Moyen-Sepik (est. 300 000 euros) étonne par la grâce qu’elle dégage : haute de 107 cm, elle se présente les bras dentelés et levés, encerclant en un halo rayonnant le visage aux yeux ronds, et le corps étiré reposant sur deux jambes. Conservé dans des abris sous roche, ce type de sculpture compte parmi les plus anciennes de Nouvelle-Guinée. Celle-ci a été datée au carbone 14 entre 1440 et 1640. Notons encore une puissante statue masculine du Bas-Sepik (est. 250 000 euros), de 71,5 cm. « Son long nez recourbé, caractéristique des statues Kandimbong représentant le héros mythique fondateur du clan, s’ajoute à l’intensité de l’expression et à la remarquable qualité de cette sculpture, photographiée en 1929 dans l’appartement parisien de Pierre Loeb », relève l’expert. Fait rare, l’œuvre a conservé sa polychromie et ses parures corporelles en vannerie.

Experts : Patrick Caput et Marguerite de Sabran
Estimation : 1 million d’euros
Nombre de lots : 12

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°327 du 11 juin 2010, avec le titre suivant : Sélection des ventes de la quinzaine

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque