Mercredi 19 février 2020

À sa donatrice Jacqueline Delubac, Lyon reconnaissant

Par Isabelle Duranton · L'ŒIL

Le 23 septembre 2014 - 494 mots

Quand elle aimait, elle achetait. L’exposition que consacre le Musée des beaux-arts de Lyon à sa donatrice fait le portrait d’une femme indépendante tournée vers l’avant-garde.

Elle fut l’une des cinq femmes les plus élégantes du monde, symbole du chic parisien pour le magazine Life. Mais aussi la brune piquante de l’entre-deux guerres, vedette des films de Sacha Guitry dont elle partage la vie jusqu’en 1939. Et, surtout, une amatrice d’art affirmée et libre de ses choix. Jacqueline Delubac (1907-1997) méritait bien une exposition d’envergure « parce qu’il n’est jamais trop tard pour rendre hommage à l’une de nos plus importantes donatrices », rappelle Salima Hellal, l’une des commissaires de la manifestation qui ouvre dans quelques semaines au Musée des beaux-arts de Lyon. Sa donation au musée de sa ville natale en 1993 fait alors grand bruit. Elle se compose de trente-huit œuvres de première importance (Rouault, Léger, Braque, Miró, Picasso, Fautrier, Bacon), auxquelles il convient d’ajouter une partie de la collection impressionniste et postimpressionniste de son second mari, le diamantaire Myran Eknayan. Mais le mystère reste entier sur la constitution de cette collection exposée à Lyon depuis 1998, qui se révèle d’ailleurs bien plus riche que ce que l’on en connaît.

Dubuffet, Fautrier, Bacon à côté de Niki de Saint Phalle
Les deux cent cinquante pièces présentées déroulent l’existence d’une femme indépendante, tournée vers les arts. La seconde partie de sa vie sera celle d’une collectionneuse d’art moderne qui suit son instinct et fonctionne aux coups de cœur. Elle aime, elle achète. L’exposition dévoile ainsi toute l’étendue des goûts de Jacqueline Delubac qui la portent vers des œuvres de Paul Delvaux, de Georges Mathieu ou des sculptures de Germaine Richier et Niki de Saint Phalle. Les archives disponibles sont hélas muettes, à l’exception de factures de marchands. Si après son retrait de la scène en 1951, elle fut de toutes les fêtes, habillée en Alaïa ou Cardin – des robes seront exposées en fin de parcours –, elle évoque rarement son goût pour l’art moderne. L’ancienne actrice a toujours privilégié la discrétion, refusant presque toujours le prêt de ses toiles. Une passion commencée pourtant dès 1944, à 37 ans, avec l’achat d’un Dufy, L’Atelier aux raisins, peint… deux ans auparavant. « Cette audace et cette modernité définissent l’ensemble de la collection », selon Salima Hellal : elle a su, très tôt, reconnaître le talent et la nouveauté de Fautrier, Dubuffet, Poliakoff ou Hartung. Elle repère l’avant-garde sans qu’aucun de ses époux collectionneurs ne l’oriente. L’une de ses premières acquisitions, la Femme assise sur la plage de Picasso trône dans son appartement-écrin parisien, non loin de l’Étude pour une corrida n° 2 de Bacon installée dans la salle à manger ! Véritable prolongement d’elle-même, ce lieu aussi intime que privé est recréé pour l’exposition. Il montre l’instinct et l’indépendance dont elle fit preuve dans ses choix, associant artistes avant-gardistes à un espace où le mobilier classique dialogue avec une lampe expansion de César posée sur une table basse du sculpteur Philippe Hiquily, commandée en 1975.

« Jacqueline Delubac, le choix de la modernité. Rodin, Lam, Picasso, Bacon » du 5 novembre 2014 au 16 février 2015. Musée des beaux-arts, 20, place des Terreaux, Lyon (69). www.mba-lyon.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°672 du 1 octobre 2014, avec le titre suivant : À sa donatrice Jacqueline Delubac, Lyon reconnaissant

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