Samedi 15 décembre 2018

Tefaf

Retour du printemps à Maastricht

Le Journal des Arts

Le 19 mars 2004 - 717 mots

Bon cru pour la cuvée 2004 de la grande foire hollandaise. Après trois premiers jours d’euphorie, la peinture ancienne s’affirmait une fois encore comme spécialité bien-aimée du salon.

 MAASTRICHT - Le coup d’envoi de la 17e foire de Maastricht a été donné le 4 mars au soir dans une ambiance survoltée. Affairé entre deux acheteurs potentiels, le New-Yorkais Matteo Grassi trouvait un répit pour s’extasier : « C’est fantastique, j’ai rencontré plus de clients ici en deux jours qu’en deux ans à New York ! » Spécialisé en peinture européenne du XIIIe au XIXe siècle, le jeune marchand ne regrettait pas sa première participation. Au deuxième jour de Tefaf (The European Fine Art Fair), il avait déjà vendu un Jeune homme jouant de la cithare de Rutilio Manetti à un acheteur italien pour 150 000 euros. Et un grand triptyque du XVe siècle de l’entourage du Florentin Ventura Di Moro allait bientôt rejoindre la résidence d’un grand collectionneur pour un prix sans doute considérable. De fait, au lendemain du vernissage bondé, il était toujours difficile de se frayer un chemin jusqu’aux marchands sur les stands de peinture ancienne de la foire. Sur celui de la galerie de Jonckheere, où trônait une sublime Vierge à l’Enfant du Maître de la légende de sainte Ursule, on frisait l’asphyxie. Chez Giovanni Sarti, autre Parisien du Faubourg-Saint-Honoré, la satisfaction était manifeste. « Tous les conservateurs de musées sont là, même les américains, commentait Claire Sarti. J’ai rencontré de nouveaux collectionneurs privés, dont certains habitent pourtant à deux pas de la galerie ! » Sur ce stand, une tempera sur panneau à fond d’or était vendue le premier jour de la foire, tandis qu’un exceptionnel cabinet d’Augsbourg décoré d’ivoire et de pierres dures agissait « comme un aimant » sur les visiteurs, selon l’expression de Claire Sarti. Ce meuble aurait fait l’objet de transactions prometteuses avec un prince arabe. Quant au triptyque du XIVe siècle du Florentin Nicollo Di Tommaso, mis en vedette sur le stand, il avait trouvé preneur avant même le début de la foire, littéralement enlevé à Paris par un couple de collectionneurs français subjugués par ses reproductions dans la presse. Le temps des transactions fructueuses semblait revenu à l’occasion de ce salon 2004, même si les points rouges se faisaient rares sur les stands, discrétion oblige pour garder à distance les services des douanes hollandaises. « En deux jours de foire, j’ai autant vendu que l’an dernier en deux semaines : avec 50 000 euros, j’ai amorti le prix du stand ! », se réjouissait le Parisien Emmanuel Moatti, qui présentait une sélection de tableaux et de dessins du XVIIe au XIXe siècle.

11,5 % de visiteurs de plus
Le salon de Maastricht semble sorti d’une période noire. Malgré son aura flatteuse, Tefaf 2003 s’était déroulée dans des conditions catastrophiques. « Personne n’avait le cœur à acheter à quelques jours des bombardements américains en Irak. C’était lugubre », rappelait Sandra Hindman, de la galerie parisienne Les Enluminures. Pour cette spécialiste des manuscrits enluminés du Moyen Âge, le millésime 2004 a été faste. Dès le premier jour, le British Museum réservait pour 370 000 euros le joyau de son stand : une page des Heures de Bona Sforza (1490) illustrée pleine page d’une scène de fauconnerie par Giovanni Pietro Birago.
Si ces résultats sont bons et encourageants pour la santé du marché de l’art, ils ne sont pas encore miraculeux. La tendance demeure incertaine. En dépit des 11,5 % de visiteurs de plus que l’an dernier au terme des trois premiers jours du salon – soit un total de 28 000 entrées –, malgré la quarantaine de jets privés qui ont atterri à l’aéroport de Maastricht-Aachen au lendemain du vernissage, le temps des ventes millionnaires des premiers jours de foire n’est pas revenu. Hormis les tableaux anciens, les acheteurs demeuraient circonspects. Les somptueux stands de mobilier, les galeries spécialisées en arts primitifs, en archéologie et en art moderne, malgré une qualité remarquable dans cette dernière catégorie, n’ont pas conservé leur effervescence après le vernissage. Cette année, les marchands d’art contemporain paraissent même avoir mieux travaillé que les spécialistes de l’art moderne. Le Parisien Bernard Prazan, promoteur de l’école de Paris des années 1950, attendait pour sa part que plusieurs options d’achat se confirment après avoir cédé trois pièces dès l’ouverture.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°189 du 19 mars 2004, avec le titre suivant : Retour du printemps à Maastricht

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