ARCO

Reprise en mains

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007

La nouvelle direction de la foire de Madrid, organisée du 15 au 19 février, promet du changement.

MADRID - Après un 25e anniversaire tristounet l’an dernier, cette édition de l’ARCO, la foire d’art moderne et contemporain de Madrid, présage d’un nouveau cap. D’après sa nouvelle directrice, Lourdes Fernandez, les changements ne seront patents qu’en 2008, lors du déménagement vers d’autres halls actuellement en construction. La foire madrilène tourne déjà le dos à la sectorisation effrénée qui grevait toute lisibilité. Retour donc à la clarté avec un programme général, une section Proyectos plutôt roborative, et une Black Box dédiée à la vidéo. Bien que les galeries modernes craignent pour leur espace vital, il n’est pas question de les supprimer. Le risque serait toutefois de les ostraciser. « C’est une section importante, car des entreprises qui achètent pour un million d’euros sur la foire ne veulent pas prendre de risques, indique Lourdes Fernandez. En 2008, j’aimerais revitaliser les galeries modernes, les concentrer peut-être en un secteur de l’ARCO plutôt que de les voir se perdre dans le programme général. » Les bonnes résolutions ne sont pas exemptes de couacs. On reste ainsi perplexe sur le choix un peu has been de la Corée comme pays invité, alors que les esprits guignent aujourd’hui vers l’Inde et la Chine. Rappelons que la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) à Paris avait convié la Corée, mais ce, voilà dix ans !
ARCO est une foire institutionnelle, car musées et fondations mettent un point d’honneur à y faire leurs emplettes. Une bonne volonté dont profitent surtout les enseignes hispaniques. Le Centro d’Arte Reina Sofia avait ainsi acheté l’an dernier auprès d’une galerie espagnole une œuvre sur papier de Vieira da Silva, confiée par… la galerie parisienne Jeanne-Bucher. Celle-ci consacrait pourtant au même moment tout son stand à l’artiste portugaise. Délaissant les expositions personnelles, Jeanne-Bucher récidive cette fois avec un panorama où L’Arène (1950) de Vieira da Silva ouvre ses portes à la Vache Rouge de Rebeyrolle.

Un « tropisme ambiant »
Pour éviter les déconvenues, la plupart des exposants flattent le tropisme ambiant. Aussi, Lelong (Paris) et sa troïka de Tapiès-Chillida-Plensa ou encore Marwan Hoss (Paris) et ses dessins de Julio González sont-ils en terrain conquis. Botte secrète de la galerie Louis Carré & Cie (Paris), l’artiste Eduardo Arroyo jouit d’ailleurs en Espagne de tarifs légèrement supérieurs qu’en France. La galerie 1900-2000 (Paris), qui effectue un sixième de son chiffre d’affaires à l’ARCO, mise sur son escarcelle surréaliste, avec une coloration plutôt hispanique dont témoignent des œuvres d’Oscar Dominguez. Nouvelles recrues, Gabrielle Maubrie (Paris) et Olivier Houg (Lyon) jouent chacun leur va-tout, la première avec ses poulains portugais Didier Faustino et Vasco Araújo, le second avec les jumeaux espagnols MP & MP Rosado. Ces arrivants, comme d’ailleurs toute nouvelle enseigne même locale, doivent s’armer de patience. « Les Espagnols doivent vous connaître, observe le jeune galeriste barcelonais Alex Nogueras. Ça prend du temps. Je sème, en espérant que ça prenne plus tard. »

ARCO 07

Du 15 au 19 février, Halls 7 et 9, Feria de Madrid, www.arco.ifema.es, les 15, 17, 18 et 19 12h-21h, le 16 14h-21h. - Directrice : Lourdes Fernandez - Nombre d’exposants : 300 - Tarif des stands : 206 euros le m2 1 200 euros - Nombre de visiteurs en 2004 : 190 000

Où en sont les collectionneurs privés ?

Pour Lourdes Fernandez, le collectionnisme espagnol serait arrivé à maturité. « Lorsque l’ARCO a commencé, il y a 26 ans, le gouvernement a injecté beaucoup d’argent et fait en sorte que toutes les écoles fassent des visites sur le salon. En deux décennies, on commence à en percevoir l’effet, confirme Jill Silverman, de la galerie Thaddaeus Ropac (Paris-Salzbourg). Depuis cinq ans, on voit des jeunes collectionneurs qui regardent l’art international. » Jimena Blázquez figure dans cette nouvelle fournée. Cette trentenaire dirige la Fondation familiale NMAC à Cadix. Ce parc de sculptures compte des œuvres d’Olafur Eliasson, Maurizio Cattelan, Pascale Marthine Tayou ou encore Ester Partegàs. Une hirondelle ne fait toutefois pas le printemps, car, comme le souligne Alex Nogueras « en Espagne tout le monde achète des appartements, donc le niveau d’endettement est élevé ». La majorité des collectionneurs espagnols disposent du coup de petits ou moyens budgets. Pour ce qui est des très grands collectionneurs, ils semblent encore enclins à l’art ancien ou moderne. Le financier Plácido Arango est plutôt connu pour ses Goya, Greco et autres Ribera, tout comme la notoriété du président d’Airtel, Juan Abelló, repose sur ses Picasso et Juan Gris. Restent quelques exceptions, comme Fernando Meana, qui a déposé sa collection jusqu’en 2007 au Centro de Arte Contemporáneo de Malaga. La plupart ont créé leurs fondations, tel Rafael Tous, lequel a ouvert en 1980 le centre d’art Metrònom à Barcelone, ou Enrique Ordonez et sa Fondation Cof à San Sebastian. La galeriste Helga de Alvear envisage pour sa part d’ouvrir sa fondation en 2008 à Caceres, dans l’Extremadura.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°252 du 2 février 2007, avec le titre suivant : Reprise en mains

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