Dimanche 18 novembre 2018

Redonner à Saint-Germain son aura d’antan

Par Marie Maertens · L'ŒIL

Le 1 mai 2003 - 633 mots

C’est dans cette optique qu’est créé, en 1999, Art Saint-Germain, à l’initiative de Jean-Pierre Arnoux et de quelques galeristes voisins : « À l’issue de la crise des années 1990, nous voulions faire revivre ce quartier, véritable terreau culturel qui comprend la plus grande densité au monde de galeries. » Comprenez une centaine de lieux d’expositions, répartis dans une dizaine de rues, qui se sont vite ralliés à la manifestation compte tenu de son succès grandissant. Pour Antony Meyer, il est important de faire revenir une clientèle qui fréquente de façon croissante les foires, salons ou salles des ventes, en ayant tendance à délaisser les galeries, et de rencontrer de nouveaux clients ; notamment les habitués des voisins ! On notera également que la récente arrivée d’établissements spécialisés en art contemporain a contribué à redynamiser l’image du quartier. Ces jeunes galeristes sont en contrepartie très satisfaits de la diversité de Saint-Germain où l’on trouve aussi bien de l’art primitif,
du design, de la photo et de la vidéo, que des huiles sur toile, dessins ou sculptures couvrant le XXe siècle.
La galerie Meyer propose ainsi un accrochage de ses acquisitions récentes où l’on peut admirer une gigantesque effigie de serpent en tapa provenant de Nouvelle-Bretagne, en Mélanésie, ou des objets-coquillages des îles Salomon, jamais présentés jusqu’alors sur le marché parisien. De la statuaire extrême-orientale est à contempler à la galerie Barrère et les aficionados de l’Asie pourront continuer leur périple à la galerie Encre de Chine qui n’expose que des artistes chinois utilisant la technique traditionnelle du lavis sur papier de riz, tel Lo Ch’ing. Ou, dans un tout autre style, chez Loft, le très médiatisé Zeng Hao, appartenant à cette génération montante d’artistes chinois contemporains. Une galerie qui vend également une édition des célèbres dinosaures rouges de Sui Jianguo. Toujours dans le contemporain, on pourra admirer des photographies de Peter Beard, dont une série inédite de 1972 sur les Rolling Stones, chez Kamel Mennour. Une installation autour de la passion de l’artiste Unglee, la tulipe, se confronte à l’œuvre de la jeune Nathalie Tacheau, chez Christine Phal. Une quarantaine de craies grasses sur papier et acryliques sur toile, exécutées lors du dernier séjour en prison de l’actionniste Otto Muehl, sont exhibées à la galerie Seine 51. Beaucoup moins violentes que les premières créations de l’artiste, certaines de ces œuvres font référence à Marcel Duchamp. Dans une certaine continuité, la galerie Loevenbruck présente onze artistes de Los Angeles, élèves ou disciples de personnalités comme Paul McCarthy ou Mike Kelley (qui furent très imprégnés par l’actionnisme viennois) mais dans une esthétique beaucoup plus propre et moins punk. Une plastique léchée et très soignée que l’on retrouve dans la vidéo que Philippe Terrier-Hermann réalisa à la Villa Médicis, proposée chez Ludovic de Wavrin. Mais il y aura encore chez Claude Bernard, les artistes que le galeriste défend depuis de nombreuses années : Estève, César, Jim Dine ou encore Cartier-Bresson et Martine Franck. Des années 1950, on trouve chez
Di Meo des travaux de Michaux ou Fautrier, ou chez Ludlow du mobilier de Paul McCobb, designer américain qui a conçu des meubles transformables ou insolites comme cette Room Divider, une étagère posée sur une table basse, dont il existe un exemplaire au musée du Design de Lisbonne. De délicates œuvres rayonnistes sur papier des années 1910 signées Gontcharova et Larionov, sont à l’Atelier Napolitano. Un paravent ayant appartenu à Lise Deharme, grande amie des artistes surréalistes, et reproduit dans le numéro 7 de La Révolution surréaliste, est exposé chez Les Yeux fertiles. On ignore encore qui participa le plus à cette centaine de collages : Breton, Ernst, Eluard ou Desnos ? Un mystère que n’auraient pas renié ces auteurs.

PARIS, Art Saint-Germain, divers lieux à Saint-Germain-des-Prés, Ve, tél. 01 46 33 04 66, 15- 18 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°547 du 1 mai 2003, avec le titre suivant : Redonner à Saint-Germain son aura d’antan

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