Record mondial pour Vélasquez

Beau fixe à New York pour les maîtres anciens

Le Journal des Arts

Le 19 février 1999 - 731 mots

Un Vélasquez enlevé chez Christie’s à 8,9 millions de dollars (51,6 millions de francs), un Poussin adjugé 6,7 millions de dollars (38,9 millions de francs) chez Sotheby’s : les ventes new-yorkaises de maîtres anciens ont enregistré quelques très beaux prix, qui s’expliquent surtout par une raréfaction des grands tableaux.

NEW YORK - Remportant un éclatant succès auprès de collectionneurs dotés de capacités financières sans limites qui se sont arrachés les plus belles œuvres, les ventes new-yorkaises de maîtres anciens ont réalisé de bons résultats, tant chez Sotheby’s (plus de 31 millions de dollars) que chez Christie’s (près de 34 millions de dollars), et confirmé la tendance à la raréfaction des tableaux de qualité.

La vente marathon de Sotheby’s, les 27 et 28 janvier, a été marquée par l’adjudication d’un Poussin, L’Agonie au Jardin, à 6,7 millions de dollars (38,9 millions de francs), le double de son estimation basse. Peint pour un membre de la famille Barberini à Rome, vers 1627-1628, il a été redécouvert récemment par le marchand parisien Charles Bailly dans une vente de province. Les collectionneurs de Pieter Bruegel le Jeune ont également été très gâtés. Quatre des cinq tableaux proposés ont trouvé preneur. Le plus important, L’Adoration des Mages sous la neige – une excellente copie d’un sujet peint par Bruegel l’Ancien et conservé dans la collection Reinhart à Winterthur –, a été acquis par Richard Green à 855 000 dollars (4,9 millions de francs), doublant lui aussi l’estimation basse.

Le triomphe de la mort
Un autre Pieter Bruegel, Le triomphe de la Mort, copie moins réussie d’une œuvre de son père conservée au Prado, adjugé 2 millions de dollars (11,6 millions de francs), semble avoir séduit les collectionneurs d’art contemporain. La meilleure peinture italienne était sans doute le ravissant panneau du peintre émilien du XVIIe siècle Bartolomeo Schedoni, Le repos pendant la fuite en Égypte au clair de lune, vendu 772 500 dollars (4,4 millions de francs). Le marché des primitifs italiens demeure, en revanche, très calme. En témoigne le prix peu élevé – 211 000 dollars (1,2 million de francs) – enregistré par un tableau d’autel de Giannicola dei Paolo, suiveur du Pérugin. La plus grosse déception de la vente concerne le Fragonard, L’inspection par le sultan des nouvelles recrues du harem, resté invendu à un million de dollars.

La vente de Christie’s du 28 janvier comportait moins de lots que celle de sa rivale (206 contre 534), et six ou sept d’entre eux ont mobilisé toute l’attention du public. En parfait état, sans restauration, la Sainte Cécile accompagnée par un ange (1791) de Gaetano Gandolfi était la pièce rêvée par toute maison de vente. L’estimation de 46-60 000 dollars a rapidement été dépassée, et elle a été finalement acquise à 728 000 dollars (4,3 millions de francs) par un enchérisseur anonyme au téléphone. Christie’s présentait elle aussi un Fragonard, La fontaine d’amour, une copie signée d’un tableau conservé à la Wallace Collection qui avait disparu depuis 1913. Bien que Fragonard ait été un artiste prolifique, peu d’œuvres de qualité sont désormais disponibles. Celle proposée par Christie’s, estimée 700-900 000 dollars, était l’un des plus beaux Fragonard à paraître en vente publique depuis le Sultan se reposant, vendu 400 000 dollars chez Sotheby’s en 1986. Adjugé plus de 2 millions de dollars (11,6 millions de francs) au marchand Simon Dickenson, basé à New York et Londres, le tableau a ainsi battu un nouveau record.

Sainte Rufine
La vente de Christie’s s’est conclue par la mise aux enchères d’un ensemble d’œuvres espagnoles sans beaucoup d’éclat, mais qui ont pourtant obtenu des prix impressionnants. Saint Francis en méditation, un Greco en excellent état, a été acquis à 1,3 million de dollars (7,8 millions de francs) par le Meadows Museum de Dallas. Un Vélasquez couronnait la vente. Sainte Rufine avait été, au milieu du XIXe siècle, attribuée à Murillo et était demeurée dans la collection du comte de Dudley jusqu’à sa vente à Parke-Bernet en 1948. Cependant, depuis 1931, sa description figurait dans la retranscription d’un inventaire perdu du XVIIe siècle comme étant “un original de Diego Vélasquez”. L’analyse des pigments correspond à ceux des œuvres authentifiées, et le tableau a été reconnu par d’éminents chercheurs. Les enchères sont montées très rapidement au téléphone pour finalement atteindre 8,9 millions de dollars – un record mondial –, au profit d’un acheteur londonien. Il sera très intéressant de redécouvrir l’œuvre après restauration.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°77 du 19 février 1999, avec le titre suivant : Record mondial pour Vélasquez

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