Quel avenir pour Saga ?

Les exposants s’interrogent, le public reste fidèle.

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 9 mai 1998

La douzième édition du Saga, qui s’est tenue à l’Espace Eiffel-Branly du 23 au 27 avril, aurait attiré quelque 25 000 visiteurs. Les affaires réalisées semblent assez satisfaisantes, mais certains exposants se plaignent d’une dérive de la manifestation.

PARIS - “En France, le public connaît mal le support papier, explique Henri Jobbé-Duval, directeur du Saga. À travers cette manifestation, nous essayons, d’année en année, de lui permettre de découvrir et d’apprécier l’estampe, le dessin, le livre d’artiste et la photographie. Notre rôle se veut éducatif et pédagogique”. Le pari semble donc gagné pour ce qui concerne la fréquentation. Selon ses organisateurs, le salon a accueilli cette année 10 % de visiteurs en plus, qui approcheraient des 25 000.

De leur côté, les marchands semblent assez satisfaits des affaires réalisées, à l’image de Catherine Putman qui a vendu plusieurs Georg Baselitz, dont une eau-forte à 14 500 francs, des estampes de Geneviève Asse – le catalogue raisonné de ses gravures était présenté lors du salon – entre 3 500 et 8 000 francs, des sérigraphies de Claude Viallat autour de 8 000 francs, ainsi que des lithographies de Pierre Buraglio entre 3 800 et 8 000 francs. “C’est la meilleure année que j’ai connue depuis 1993, lorsque j’ai commencé à exposer au Saga. Ces résultats sont peut-être à mettre sur le compte de la reprise économique ?”, s’interroge-t-elle. Même satisfaction de la part de Franck Bordas. Il a notamment vendu deux exemplaires d’une lithographie de Pierre Alechinsky, Central Park (25 000 francs), un ensemble de planches de Jean-Charles Blais (12 000 francs), et 70 exemplaires de livres d’artistes de la collection Paquebot : “Nous avons trouvé notre public, des amateurs, curieux et connaisseurs qui n’hésitent pas à se documenter et reviennent d’une année sur l’autre. Ils ont entre trente et quarante ans, et suivent avec intérêt le travail des artistes contemporains. Ils achètent des estampes, qui sont plus accessibles que les tableaux, et font attention tant au nombre d’exemplaires réalisés qu’à la qualité du papier”. Il s’agissait le plus souvent de clients particuliers ; les professionnels étaient peu présents, est-il précisé chez plusieurs marchands. Résultats plus mitigés sur le stand de La Fenêtre, où les aquatintes de Picasso comme les lithographies de Dubuffet ou Miró n’avaient pas trouvé preneur.

D’autres exposants, au nombre desquels figure Alain Buyse, sont plus sévères : “Il y a une véritable dérive du Saga. Sur certains stands n’apparaît plus aucune gravure. Après l’estampe, le dessin, puis la photographie se sont greffés, il n’y a plus de limite. Je ne suis pas sûr que les visiteurs s’y retrouvent encore”.

Catherine Putman, bien que satisfaite, s’interroge, elle aussi, sur l’évolution du Saga. “Il faudrait se rapprocher de la Fiac en organisant le salon à l’automne, et essayer d’attirer à nouveau des marchands étrangers. L’idéal serait cependant de suivre l’exemple de Bâle, en introduisant l’édition dans une manifestation plus large”, suggère-t-elle. Qu’en pense Henri Jobbé-Duval ? “Le public est là, aux galeries de répondre”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°60 du 9 mai 1998, avec le titre suivant : Quel avenir pour Saga ?

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