Photographie

Quand Eikoh Hosoe s’empare de Gaudi

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 27 février 2020 - 469 mots

Le photographe japonais a été fortement marqué par l’œuvre de l’architecte catalan Gaudí. Hosoe a photographié ses constructions en soulignant leurs courbes proches du corps humain.

Paris. Les familiers de l’œuvre d’Eikoh Hosoe savent l’importance qu’a eue, dans sa vie et dans sa création, sa rencontre avec le chorégraphe Tatsumi Hijikata et l’écrivain Yukio Mishima au début des années 1960. Moins connue est son rapport à l’architecture d’Antoni Gaudí.

En 1964, Eikoh Hosoe a 31 ans. Remarqué, suite à la publication de son livre Barakei– série de portraits de Mishima –, par un éditeur catalan qui souhaite lui commander un ouvrage, le photographe japonais se rend à Barcelone, ville qu’il ne connaît pas. Il découvre le parc Guëll, la Sagrada Família et les différents immeubles ou villas conçus par Gaudí. La puissance onirique et fantastique de cette architecture, mélange d’art nouveau, de baroque et de symbolisme, l’impressionne.

Il mettra treize ans à répondre à la commande en photographiant l’œuvre de Gaudí. Cette série réalisée jusqu’en 1984 est publiée dans The Cosmos of Gaudí, un épais volume de photos noir et blanc, ou en couleurs, accompagnée par les peintures et dessins de Joan Miró. S’ensuit une exposition à la Shunju Gallery à Tokyo, constituée de photographies couleur, puis une exposition itinérante dans tout le Japon intitulée « Hommage à Gaudí ».

Les noirs et blancs inspirés de la Casa Milà

Ce sont quatorze vintages noir et blanc contrecollés sur panneau de bois de cette dernière exposition, tirés par Eikoh Hosoe et fournis par la galerie Contemporary Heis de Tokyo, que l’on peut voir actuellement à la galerie Baudouin Lebon. Seul un vintage de la Sagrada Família de 1979 a été retenu alors que les photographies de la Casa Milà constituent l’essentiel de la sélection.

Les formes, les lignes des façades, des ouvertures et de l’intérieur de cette demeure de 1910, connue aussi sous le nom de La Pedrera, créent des figures ou des corps vivants, étranges, mouvants. La Casa Milà est un paysage surnaturel en soi, tout autant physique que mental. Contre-plongées, plongées, focus sur un détail : Eikoh Hosoe démultiplie les points de vue et au tirage, les contrastes. Les différentes expressivités qu’il en tire sont empreintes de surréalisme et ne sont pas sans rappeler certaines scènes des films d’Hitchcock, notamment La Maison du docteur Edwardes.

Eikoh Hosoe ne revendique pas d’être un photographe d’architecture. Il ne l’est pas et ne cherche pas à le devenir. Au Japon ou ailleurs, aucune autre œuvre d’architecte n’a retenu son attention. Cette série diffère de ses autres travaux. Du moins en apparence. La dimension métaphorique de ses portraits ou photographies de corps se retrouve dans ces images de l’architecture gaudienne dont certaines comme Casa Batlló 123 ou Casa Milà 7 font forte impression. Les pièces uniques s’échelonnent de 5 500 à 10 000 euros.

Eikoh Hosoe : Gaudí,
jusqu’au 14 mars, Galerie Baudouin Lebon, 8 rue Charles-François Dupuis, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°540 du 28 février 2020, avec le titre suivant : Quand Eikoh Hosoe s’empare de Gaudi

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