Dimanche 18 février 2018

Foire

Printemps morose au Salon de Mars

Le Journal des Arts

Le 23 juin 2010

Avec quatre-vingt cinq exposants, rassemblés du 18 au 27 mars sous le traditionnel chapiteau blanc en face de l’École Militaire, le Salon de Mars s’est voulu cette année plus restreint, et d’une qualité stricte : pari en partie perdu.

PARIS - Bien des marchands internationaux, attirés par d’autres foires, comme Maastricht et la nouvelle International Fine Art Fair de New York, ont abandonné celle du Champ de Mars. D’autres grands galeristes qui ont participé au salon parisien, n’y ont pas montré leurs plus belles pièces mais, comme s’ils désespéraient du faible pouvoir d’achat de la clientèle parisienne, ce qu’ils avaient de moins spectaculaire. Ainsi Huguette Bérès, par exemple, qui a exposé des petits chefs-d’œuvre de tableaux au Salon de Maastricht, s’est contentée, au Champ de Mars de présenter sur son stand des lithographies de Maurice Denis, Grasset, Feure et Vuillard.

Jean-François Baroni, l’un des neuf marchands venus trouver refuge au Salon de Mars après l’annulation du Salon du dessin, a sélectionné des œuvres décoratives à des prix modestes, sans pour autant réussir à y intéresser grand monde. "Il y a une barre psychologique chez les Parisiens, qui estiment qu’il n’est pas raisonnable d’acheter en ce moment : ils ont même peur de demander des prix !" nous a-t-il indiqué.

Mécontentement également chez le marchand d’art chinois ancien de Londres, A. & J. Speelman, venu pour la première fois et sans doute la dernière, au Salon de Mars. Ses objets étaient pourtant magnifiques : des sculptures en bois, par exemple, dont une pièce Sung (XIIe siècle) représentant la déesse de la miséricorde Guan Yin, à 3 millions de francs, un canard en bronze doré Han (100-200 avant notre ère) à 2 175 000 francs, ainsi qu’une paire d’oies en porce­laine Qianlong, vers 1750, merveilleuses de naturel et de malice, à 2 600 000 francs. "Ce salon n’est pas assez important pour attirer le genre de clients auxquels nous avons l’habitude de vendre." Tel était le jugement, péremptoire et sans appel, du marchand londonien.

Son compatriote, le spécialiste d’icônes russes Richard Temple, un autre nouveau venu, était, en revanche, ravi – non seulement d’avoir vendu six pièces pendant les trois premiers jours du Salon, mais également de l’attitude sympathique des visiteurs. "C’est une vraie joie d’expliquer ces icônes Novgorod aux gens. Le public français est tellement plus ouvert à l’art, ils ont tellement plus l’habitude de s’y intéresser que le public anglais", nous a-t-il confié.

Grâce à des exposants parisiens comme Alain de Monbrison et Anthony Meyer, spécialiste d’art océanien, ainsi que Deletaille de Bruxelles, qui montrait des bijoux en or Tolima de Colombie, et des objets esquimaux en os sculpté, le niveau d’art primitif au Salon de Mars était excellent.

Philippe Guimiot, de Bruxelles, a vendu une paire de statues Ngbandi, représentant un couple mythologique de femmes, à un collectionneur belge, ainsi qu’une impressionnante tête momifiée paraca (500 av. J.-C. ), pour moins de 100 000 francs. "Nous autres, marchands d’art primitif manquions toujours d’un salon, nous n’avons pas les mêmes problèmes que les marchands d’art contemporain, et le Salon de Mars est très bon pour l’art primitif. D’année en année nous constatons une ouverture de plus en plus grande pour notre spécialité", a-t-il indiqué.

La qualité de l’Art Déco chez des marchands comme Arc en Seine, Galerie Vallois et Galerie Doria de Paris était également de premier ordre. Philippe et Patrick Perrin, les fils de l’antiquaire Jacques Perrin, se sont déclarés également fort satisfaits de leurs ventes de dessins et de mobilier français du XVIIIe siècle.

Durand-Dessert, J.G.M. et Marwan Hoss ont exposé des œuvres de qualité des artistes de leurs galeries. Mais, en général, l’art contemporain représenté sur seize stands, n’était pas toujours digne d’intérêt. Le mélange de styles et d’époques, dont le Salon de Mars a fait sa grande spécificité lors de ses débuts, au moment où le marché était en pleine expansion, n’a pu résister à la récession. Cette année au Champs de Mars, la mayonnaise n’a pas bien pris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°2 du 1 avril 1994, avec le titre suivant : Printemps morose au Salon de Mars

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