Dimanche 15 décembre 2019

Foire

PHOTOGRAPHIE

Photo London 2019 cultive sa différence

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 23 mai 2019 - 616 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

La jeune foire londonienne accorde une place toujours aussi notable aux jeunes enseignes et encourage les expositions monographiques. Mais elle garde un tropisme très anglo-saxon.

Londres. Depuis sa création il y a cinq ans, Photo London offre un parterre de galeries en constante évolution. Pour preuve cette année, le grand renouvellement des galeries françaises (huit sur neuf). Excepté la participation d’Esther Woerdehoff depuis 2016, on relevait la présence pour la première fois de Sit Down, Nathalie Obadia, Sophie Scheidecker, Fisheye, tandis que la section Discovery accueillait les galeries Binôme, Cédric Bacqueville, Miranda et H Gallery.

Le choix voulu de la galerie Binome (enseigne référencée depuis neuf ans) ou de la galerie lilloise Cédric Bacqueville (bien plus ancienne) de disposer d’un stand dans la section Discovery installée au sous-sol de Somerset House plutôt que dans les niveaux supérieurs de la foire auxquels elles auraient pu prétendre compte tenu de leur maturité, montre l’attrait qu’exerce cette section réservée à de très jeunes galeries (certaines n’ayant que deux ans d’existence). La montée progressive du nombre de ses participants (25 contre huit en 2015) l’atteste. La belle tenue de cette section confiée à Tristan Lund depuis 2017 est d’ailleurs l’un des points forts de Photo London. L’édition 2019 l’a une nouvelle fois confirmé, renforcée tant par l’articulation des stands entre eux bien meilleure (plus de télescopage malheureux d’œuvres) que par des choix de solo shows percutants, mouvements de fonds que l’on retrouvait par ailleurs dans l’ensemble de la foire.

Les focus (quasi inexistants auparavant) sur un auteur, voire sur une série d’un auteur, n’ont jamais été aussi nombreux (un tiers environ des 114 exposants). Y compris chez des galeristes qui n’y sont pas vraiment habitués, comme Thomas Zander avec Mitch Epstein ou Howard Greenberg avec Vivian Maier. De David Golblatt (Goodman), Tom Woods (Sit Down), Édouard Taufenbach (Binôme), Ellen Carey (Miranda) à Max Pinckers (Sofie Van de Velde), Gerhard Richter (Smith Davidson) ou Guilio di Stuco (Podbielski), l’éventail des propositions était varié. Les confrontations entre deux ou trois artistes, tout aussi rares dans les éditions précédentes, ont réservé d’autres beaux dialogues. Des partis pris hautement risqués surtout pour les jeunes enseignes, mais a priori payants.

Les lauréats des prix photo étaient particulièrement valorisés cette année ; notamment le prix Pictet et ses prestigieux récipiendaires : de Luc Delahaye, Valérie Belin (Nathalie Obadia) à Richard Mosse (Carlier/Gebauer). La création contemporaine française était d’ailleurs bien représentée : Pascal Korn chez Hackel Bury, Noémie Goudal (Edel Assanti) à Denis Rouvre chez Project Act ou David de Beyter (Cédric Bacqueville). La valorisation de la scène anglo-saxonne demeure toutefois la grande dominante autant dans les stands, que dans les autres événements proposés en parallèle.

Une foire au style décomplexé

Autre fait marquant : les expositions proposées au sein de Photo London sont toutes produites par des galeries ; que ce soit celle sur Stephen Shore, via 303 Gallery et Sprüth Magers, ou Roger Fenton proposée par Robert Hershkowitz, soutenu là par des prêts d’institutions prestigieuses. On ne craint pas à Londres les interactions ou porosités entre acteurs privés ou publics. Elles vont de soi, comme afficher son goût pour les portraits de stars du rock, les fleurs, l’érotisme aguicheur ou encore les grands formats d’animaux de Nick Brandt.

La décision de Fariba Farshad et Michael Benson, fondateurs, propriétaires et dirigeants de la foire, de confier la direction depuis le 20 mai à Roderick van der Lee (cofondateur et directeur d’Unseen jusqu’en 2016) va impulser une nouvelle dynamique. « Candlestar reste l’actionnaire majoritaire. Il est peu probable que de nouveaux fassent leur entrée dans le capital », précise Michael Benson. Julien Lecêtre, propriétaire de 10 % de Photo London, affirme ne pas « avoir l’intention d’accroître sa participation ».

 

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°524 du 24 mai 2019, avec le titre suivant : Photo London 2019 cultive sa différence

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