Mardi 18 septembre 2018

Phillips est encore troisième

Sotheby’s et Christie’s font toujours mieux à New York

Le Journal des Arts

Le 26 mai 2000 - 895 mots

Les 17 millions de dollars remportés par la Composition suprématiste de Malévitch n’ont pas suffi à transformer la première vente de tableaux modernes organisée par Phillips sous l’égide de LVMH en succès. Seuls 60 % des lots ont trouvé preneur pour un produit total approchant les 44 millions de dollars (316 millions de francs). Sotheby’s dépassait, de son côté, le milliard de francs de produit, alors que Christie’s obtenait plus de 750 millions de francs pour ses ventes printanières d’art impressionniste et moderne.

NEW YORK (de notre correspondante) - Pour sa première vente, annoncée à grand renfort de médias, depuis l’achat de la maison par Bernard Arnault, Phillips a accueilli des centaines d’enchérisseurs dans les locaux trop étroits et mal ventilés de l’American Craft Museum, loués spécialement pour les ventes des 11 et 12 mai. On comptait parmi le public plusieurs experts de Christie’s et de Sotheby’s, des marchands et des collectionneurs habitués à ce type de rendez-vous et l’actrice Sharon Stone, dont l’organisation de recherche pour le sida, AmFAR, a touché 3 % du montant des recettes de la soirée. Vêtue d’une robe rouge assortie au lot phare, une composition suprématiste de Malévitch, la star a papillonné d’un rang à l’autre pour faire monter les enchères. Elle a même présenté une sculpture représentant une tête de fillette en fer forgé de Julio González, réalisée en 1928 (adjugée 1,5 million de dollars). Nombre d’œuvres avaient pu être réunies par Phillips grâce à d’importantes garanties de prix offertes aux vendeurs (l’auctioneer aurait versé des avances pour trente des trente et un lots). La qualité générale des œuvres était néanmoins variable, selon les experts, et les estimations trop élevées. Résultat : 60 % des lots ont trouvé acquéreur pour un produit total approchant les 44 millions de dollars (316 millions de francs). Seules quatre œuvres ont été adjugées dans la fourchette de l’estimation ou au-dessus. De nombreux lots n’ont pas réussi à obtenir plus de trois ou quatre enchères. “Il faut bien commencer quelque part, notait le marchand londonien Helly Nahmad. Si Arnault doit prendre un risque, pourquoi ne pas le prendre jusqu’au bout.” Le “clou” de la soirée était de loin le Malévitch, auparavant présent sur les cimaises du Museum of Modern Art (MoMA) – situé en face de l’American Craft Museum – et récemment restitué aux héritiers de l’artiste. Il s’agit indéniablement d’une œuvre originale du début de l’avant-garde russe, période très prisée où les faux sont légion. La toile a été adjugée 17 millions de dollars (122 millions de francs) contre une estimation comprise entre 15 et 20 millions au profit d’un acheteur au téléphone qui a surenchéri pour d’autres œuvres.

Un Monet vendu 20 millions de dollars
Lors de la vente d’art impressionniste et postimpressionniste de Christie’s du 8 mai, le lot majeur de la soirée, un Monet de 1906 de la série des Nymphéas, a été vendu plus de 20 millions de dollars (143,6 millions de francs), son estimation basse. Parmi les autres œuvres remarquables de la vente figurait un Caillebotte, L’Homme au balcon, boulevard Haussmann, de 1880, adjugé 14,3 millions de dollars (102,6 millions de francs) contre une estimation haute de 8 millions, une enchère record pour l’artiste. Le produit total des adjudications s’est élevé à plus de 104 millions de dollars (plus de 750 millions de francs), 89 % des lots ont été vendus et 94 % en valeur. Cinq lots n’ont pas trouvé preneur. C’est dans cette vacation du 8 mai, organisée dans une salle comble, qu’était inaugurée la première vente en ligne de Christie’s, qui n’a visiblement pas séduit les acheteurs : aucune enchère n’a transité par l’Internet. Le lendemain, Christie’s organisait sa vente d’art du XXe siècle avec en vedette un portrait de Picasso figurant Marie-Thérèse Walter, agrémentée d’une nature morte aux tulipes. Estimée entre 25 et 30 millions, la peinture a été adjugée 28,6 millions (205 millions de francs) à un enchérisseur anonyme au téléphone. Selon les rumeurs rapportées par le New York Times, il s’agirait de Sammy Ofer, le magnat israélien des transports. D’autres pensent que Christie’s aurait racheté l’œuvre après avoir offert à un client européen une garantie pour obtenir la vente. La vacation a totalisé 72,9 millions de dollars (524 millions de francs) avec 81 % des lots vendus et 91 % en valeur.

Le 10 mai, Sotheby’s a présenté sa vente mixte d’art impressionniste et moderne. Monet a été là aussi la star de la vacation avec une Vue de la façade de la cathédrale de Rouen, exécutée vers 1892-94. Cette œuvre a dépassé son estimation haute de 20 millions de dollars pour atteindre 24,2 millions (près de 174 millions de francs). Le deuxième lot important de la soirée, une sculpture en bronze de Matisse, La Serpentine, a également atteint un prix record pour une sculpture (14 millions de dollars, 100 millions de francs, contre une estimation de 8-10 millions). Le produit global de la vente s’est élevé à 140 millions de dollars (plus d’un milliard de francs). 84% des lots ont été vendus et 94% en valeur. Huit des 50 lots présentés sont restés invendus. William Ruprecht, le nouveau directeur général de la maison de vente depuis la démission de Diana Brooks en février, s’est félicité de ces résultats réconfortants, à un moment où l’auctioneer se trouve sous le coup d’enquêtes judiciaires qui ont entraîné une baisse de sa cotation en bourse.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°106 du 26 mai 2000, avec le titre suivant : Phillips est encore troisième

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