Ventes publiques

Trois questions à

Philippe Rouillac, commissaire-priseur à Vendôme-Cheverny

« Il n’y a pas d’antagonisme entre Paris et la province »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 27 mai 2005 - 703 mots

Quel regard portez-vous sur le marché des ventes publiques en France ?
Si le marché français est national, il a vocation internationale. Je ne vois pas d’antagonisme entre Paris et la province, mais des complémentarités croisées. « Il faut savoir marcher sur ses deux jambes », enseignait Mao. La province se porte très bien, surtout quand elle sait être présente à Paris. C’est avant tout une affaire de professionnalisme, de rigueur et de réputation. Sinon, comment expliquer mes quatre enchères à plus de 10 millions de francs durant quatre années de suite ? À ce jour, je suis titulaire de la plus belle enchère française en euros, toutes catégories confondues : 5,2 millions d’euros en 2002 pour le portrait de George Washington par Charles Willson Peale, conservé dans la même famille depuis l’origine et adjugé à Cheverny à un Américain présent sur place ! La concurrence est vive et saine. Personnellement, je suis basé en province, à Vendôme (Loir-et-Cher), mais j’ai des bureaux à Paris, boulevard du Montparnasse, à 40 minutes de train. Je suis un « commissaire-priseur-TGV ». Je crois que je démontre que la province vaut bien Paris, et que small is beautiful. Nos atouts sont la discrétion et le sur-mesure. Vendôme, au nom grave et sonore, est un formidable lieu de vente, à l’épicentre de la France. De surplus, vendre au château de Cheverny, cadre incomparable de majesté et de beauté, est pour les vendeurs extrêmement attractif, et, pour les acheteurs, surtout étrangers, c’est aussi venir à une garden-party à la française. Et que de souvenirs ! En revanche, je ne fais pas de vente de spécialités. Je considère par exemple que les poupées de collection seront mieux vendues par mes confrères de la galerie de Chartres ; et, parallèlement, des violons, chez Guy Laurent, commissaire-priseur à Vichy, qui a filtré ce marché des instruments de musique.

Quelles sont vos dernières émotions artistiques ?
La dégustation d’un vin gris dans une île sans voiture ! Commissaire-priseur, je suis aussi vigneron et produis en Touraine, en Vendômois des vins naturels avec des vignes centenaires, dont un pineau d’Aunis : vin de couleur grise, ni rosé, ni rouge, ni blanc, aux saveurs subtiles, servi frais… Un régal dégusté en mai, dans l’île paradisiaque de Bréhat aux couleurs chatoyantes et à la flore exubérante. Dans ce petit coin de paradis, nous restaurons en famille une maison de 1729. C’est conjuguer avec émoi art et vin en plaisirs infinis. Nous vendons la bouteille six euros… Alors pourquoi se priver de tant d’émotions ?!

Quelle est votre actualité ?
Comme depuis 1989, à pareille date, j’organise une vente internationale de prestige à Cheverny, en Val de Loire. Cette année encore, sur deux jours de vente, les 5 et 6 juin, je disperse 400 numéros, tous provenant de grandes demeures et châteaux privés.
Le catalogue-livre, qui pèse près d’un kilo, est vendu au profit des œuvres de l’ordre de Malte. J’annonce des tableaux de Bruegel à Cézanne. Pour le mobilier, du Charles X en bois clair du château de la Thomasserie à un ensemble de mobilier d’avant-guerre de Leleu des collections du magnat du papier Bachtold, présenté avec les factures d’origine de la maison Leleu. La grande originalité de la vente : le train de maison de la haute société française à la fin du XIXe, soit cinq tableaux et trois voitures hippomobiles, dont un extraordinaire et rarissime coupé de gala par Ehrler et conservé dans la famille Le Gras du Luart au château de la Pierre, dans la Sarthe, depuis l’origine. Pour ce coupé, voiture semblable à celle livrée au président de la République française de l’époque et conservée aujourd’hui au Musée des carrosses à Versailles, je démarre les enchères à 30 000 euros. Je présente aussi une lampe de mosquée du XIXe, pour laquelle j’ai beaucoup de monde sur les rangs, à savoir le marché turc et égyptien, et un jade provenant du sac du palais d’Été [des empereurs de Chine, près de Pékin] en 1862, qui battra peut-être le record des 590 000 euros enregistré l’année dernière déjà à Cheverny pour un autre jade.

Vente les 5 et 6 juin, 14h30, château de Cheverny, 41700 Cheverny, rens. 02 54 80 24 24, www.rouillac.com

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°216 du 27 mai 2005, avec le titre suivant : Philippe Rouillac, commissaire-priseur à Vendôme-Cheverny

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