Samedi 15 décembre 2018

Pays-Bas

Pays-Bas Attirer les jeunes collectionneurs

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 13 février 2008 - 769 mots

Organisée du 7 au 10 février, la foire Art Rotterdam s’améliore sans prendre de risques.

ROTTERDAM - Dans les pays grands comme un mouchoir de poche, la rivalité entre les villes se révèle plus forte qu’ailleurs. Entre Amsterdam, capitale culturelle aux couleurs de carte postale, et Rotterdam, port industrieux peu sexy, la compétition se joue sur tous les plans. Y compris celui des foires. Face au salon national, Art Amsterdam, la jeune « Art Rotterdam » joue des coudes avec une certaine énergie. Mais une énergie sans délire ni audace. Même si, de l’avis général, le niveau s’est redressé cette année, les propositions sont restées prudentes. Cette précaution a pour avantage d’éviter l’horreur ou la bidouille. Le revers, c’est une floraison d’images pacifiées ou fades de nature, comme les photos de Willem Van Egmond chez Van Kranendonk (La Haye). Néanmoins, il y avait matière à (re) trouvailles, avec les grandes encres troublantes de Monica Ursina Jäger, proches d’une photographie en négatif, chez Visual Drugs (Zurich), le face-à-face entre un artiste issu de la scène punk, Marc Bijl, et l’émissaire de l’art urbain, Jeroen Jongeleen, chez Upstream (Amsterdam), ou les herbiers subtils de herman de vries chez Art Affairs (Amsterdam).

Prêt à 0 % pour l’art
Malgré l’absence de risques, ce salon à taille humaine jouit d’un bon kharma. Il peut même se rengorger de ventes plutôt satisfaisantes. « La présence de galeries étrangères a attiré plus de collectionneurs étrangers, belges ou suisses. La foire commence à être plus appréciée qu’Art Amsterdam », observait Tatjana Pieters (Gand). Celle-ci a notamment cédé une sculpture d’Adriaan Verwée à un amateur norvégien. Même si le marché de l’art aux Pays-Bas reste minuscule et les collectionneurs locaux plus timides que leurs voisins belges, la mise en place depuis une dizaine d’années du système « Kunst Koop » – prêt à 0 % pour l’achat d’une œuvre d’art– a changé la donne. « Nous, jeunes galeries, sommes la preuve vivante qu’il existe des collectionneurs ici, affirme Nieck de Bruijn, directeur d’Upstream. Bien sûr, si nous travaillons bien, c’est en partie grâce au public international, mais aussi grâce aux jeunes collectionneurs hollandais. » De jeunes collectionneurs qui ne misent toutefois pas sur la force de frappe de Joop van Caldenborgh (lire l’encadré), seul acheteur néerlandais à figurer dans la liste annuelle publiée par le magazine ARTnews.

Caldic Collection : créer l’alchimie

En dépit de son nom de guerre, et bien qu’elle soit présentée dans les différents sites de la firme Caldic, spécialisée dans les produits chimiques, la Caldic Collection n’est pas une collection d’entreprise. Constitué de manière privée depuis cinquante ans par le collectionneur néerlandais Joop van Caldenborgh, cet ensemble s’étend de 1950 à nos jours, du Groupe Zero à Mona Hatoum, en passant par Hirst, Koons, Cerith Wyn Evans, Richard Deacon, Sam Taylor-Wood ou Juan Muñoz. Une soixantaine de sculptures, d’Henry Moore ou de Panamarenko, sont aussi déployées depuis 1995 dans un parc à Wassenaar, près de La Haye. La collectionnite est souvent un « mal » précoce. Dès l’âge de 16 ans, Van Caldenborgh acquiert quatre estampes de Peter Struycken pour 25 florins. Ce premier achat brûlera en 1978 lors de l’incendie de son bureau. Beaucoup d’eau est, depuis, passée sous les ponts. Riche de quelque 4 000 œuvres, la collection est aujourd’hui gérée par trois curateurs. « Ce n’est pas de l’investissement, insiste le chef d’entreprise. J’investis dans tout, sauf dans l’art. Dans mon travail, je suis un homme de marché. Je le comprends, je ne m’en plains pas. » Et d’ajouter : « L’art est un contrepoint épatant à ma vie où je dois calculer l’argent ou les molécules. Les artistes pensent autrement et c’est formidable. Les gens diront peut-être que je ne fais pas de choix. J’achète ce que je veux, sans qu’il faille chercher de raison intellectuelle à cela. » L’homme a beau jouer la simplicité, les livres d’artistes qu’il collecte depuis vingt-cinq ans témoignent d’un vrai degré de sophistication. Sonia Delaunay, Ed Ruscha, Marcel Broodthaers mais aussi Kiki Smith, Olafur Eliasson, Roman Ondak…, le panel des ouvrages est large. Bien qu’il expose depuis vingt ans une partie de ses œuvres dans les bureaux de sa firme, Joop van Caldenborgh ne prétend pas avoir modifié le rapport de ses employés à l’art. « On dit souvent que les collections d’entreprise sont bonnes pour l’ambiance générale. J’y crois à moitié. Les gens ont commencé à penser que j’avais un certain goût quand j’ai présenté de l’impressionnisme hollandais, ironise-t-il. Mais une poignée de mes collaborateurs sont intéressés. Ils peuvent même accrocher certaines de mes œuvres chez eux, du moment qu’ils en prennent soin. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°275 du 15 février 2008, avec le titre suivant : Pays-Bas Attirer les jeunes collectionneurs

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