Jeudi 12 décembre 2019

Pascin le libertin

Rétrospective à la galerie Fanny Guillon-Laffaille

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 13 mars 1998 - 430 mots

D’abord présentée chez Theo Waddington Fine Art, à Londres, l’exposition que propose la galerie parisienne Fanny Guillon-Laffaille devrait ravir les inconditionnels de Jules Pascin. À travers ses œuvres, elle met particulièrement en exergue la personnalité du peintre et graveur américain d’origine bulgare.

PARIS - “Pardon”, tel est le dernier mot qui nous est parvenu de Jules Pascin, tracé avec son sang sur sa porte avant qu’il ne se pende le 2 juin 1930 dans son atelier du 36 boulevard de Clichy. Son œuvre continue néanmoins à nous parler, à nous dévoiler la vie tumultueuse qui fut la sienne. L’exposition de la galerie Fanny Guillon-Laffaille réunit un ensemble de pièces provenant directement de la “famille” de Pascin – de Guy Krohg, le fils de sa maîtresse Lucy Vidil – et fait la part belle aux femmes de la vie du peintre. Très tôt familier des maisons closes, l’artiste a abondamment dessiné les prostituées. Les poses de ses modèles – ici Élisabeth la cuisinière, Simone et les bracelets ou Rébec­ca –, étendues dévêtues sur des lits, ne laissent que peu d’ambiguïté sur les arrière-pensées de Pascin en train de les croquer. Ses portraits peints de plus grandes dimensions se concentrent sur ses deux amours, qui finirent par vivre ensemble avec lui : Hermine David, son épouse légitime, et sa maîtresse Lucy Vidil, mariée au peintre suédois Per Krohg. Les deux femmes sont quelquefois même peintes côte à côte, comme sur une huile sur toile de 1921. Une gouache de 1919, Au harem, où un homme fume entouré de femmes nues se prosternant devant lui, n’est d’ailleurs certainement pas très éloignée de l’idéal de vie du peintre.

Ces œuvres, proposées entre 6 000 et 700 000 francs, témoignent d’une hétérogénéité de styles peu commune, d’un expressionnisme à la Munch ou à la Ensor dans Simpli­cis­simus (1905) au primitivisme de Tête de femme (1918), ou encore au fauvis­me de Suzanne Valadon dans La Mélan­colique (1909). À l’exem­ple du très beau portrait de Ma­da­me André Sal­mon (1923-24), nom­bre des toiles présentées semblent être restées inachevées, sans que l’on puisse déterminer avec précision si l’artiste les tenaient comme telles.

En se suicidant quelques jours seulement après le vernissage de son exposition personnelle à la galerie Georges Petit, à Paris, Pascin plongeait le milieu de l’art parisien dans la consternation. Le jour de son enterrement, les galeries baissaient leur rideau en mémoire de ce dandy qui avait organisé tant de soirées mémorables, de Montmartre à Montparnasse.

JULES PASCIN, exposition-vente jusqu’au 10 avril, Galerie Fanny Guillon-Laffaille, 4 ave­nue de Messine, 75008 Paris, tél. 01 45 63 52 00.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°56 du 13 mars 1998, avec le titre suivant : Pascin le libertin

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