Dimanche 18 novembre 2018

Partez en croisière

Les antiquaires lancent la 26e édition du Carré Rive Gauche

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 30 mai 2003 - 765 mots

Pour sa 26e édition, du 11 au 15 juin, le Carré Rive Gauche fait peau neuve. Un nouveau bureau composé en novembre 2002 souhaite insuffler à ce grand rendez-vous parisien une vigueur quelque peu ternie ces dernières années. Dix thèmes ont été choisis pour faire découvrir un quartier éclectique.

PARIS - Les festivités du Carré Rive Gauche, à Paris, avaient ces dernières années perdu de leur lustre au gré des brouilles entre les marchands. Un premier bureau constitué l’an dernier notamment par Anne-Marie Monin, Jacques Lacoste et Marc-Antoine Patissier avait fait les frais de ces tensions récurrentes. “J’avais pris comme président Philippe Perrin, ce qui a suscité un tollé général. On a dû lui demander de se retirer, ce qu’il n’a pas souhaité faire. Du coup, nous avons tous donné notre démission en bloc”, rappelle Anne-Marie Monin. Sous la houlette du décorateur et antiquaire Alain Demachy, un nouveau bureau composé de jeunes marchands enthousiastes veut redonner un élan consensuel à cette fête. “Je voudrais que l’image du quartier soit conforme au dépoussiérage naturel qui se fait depuis six ou sept ans. Le Carré est l’un des rares endroits où se trouvent réunis autant de spécialités dans un aussi petit périmètre. Le quartier n’est comparable ni au Faubourg Saint-Honoré, ni à la rue de Seine. On n’y trouve pas une marchandise institutionnelle, mais un éclectisme”, s’enflamme Marc-Antoine Patissier, membre très prosélyte du nouveau bureau. De fait, cette nouvelle vigueur semble émaner des marchands spécialisés dans l’art du XXe siècle. “La rue de Lille fait figure d’entraîneur parce que ces jeunes ont une énergie qui peut servir de locomotive pour tout le quartier”, défend Alain Demachy. Ce qui ne manque pas de faire grimacer certains antiquaires. Comme les années précédentes, le nouveau cru compte son lot de sécessionnistes, au rang desquels se trouvent Guy Ladrière et Anne-Marie Monin. “J’aime profondément le Carré, mais j’ai choisi de ne pas participer cette année. J’ai l’impression que seul le XXe siècle sera mis en valeur”, estime cette dernière. La manifestation opte cette fois pour l’esprit de croisière, plus en adéquation avec l’état du marché que celui de l’“Objet extraordinaire” que l’on peine aujourd’hui à dénicher tant la marchandise d’exception se fait rare. Dix thèmes d’escale ont été retenus pour illustrer le caractère transversal d’une promenade au Carré. Les “Vacances romaines” conduisent ainsi chez HP Antiquités, avec un mobilier de salle à manger dessiné par Gino Maggioni pour la maison Borsani en 1925. À la galerie Deroyan, qui, dès l’an dernier, avait choisi d’exposer des tapis d’Ivan Da Silva Bruhns, le XXe siècle prime depuis le départ de Bernard Blondeel. La galerie présente une exposition baptisée “Autour de Ruhlmann”. Mitoyenne à la galerie Deroyan, la toute récente galerie Arkhan s’attache à faire connaître la maison de décoration Dominique fondée en 1922. Elle présente notamment un meuble vitrine en Macassar en partie gainé de parchemin pour 38 000 euros. Jacques Lacoste met de son côté en exergue un ensemble de bureau de Dupré-Lafon vers 1947-1948.
Le thème de l’“Impératrice des Pagodes” essaime de la rue du Bac – avec une exposition consacrée à la femme en Chine ancienne chez Christian Deydier –, à la rue de Beaune chez Myrna Myers ou Philippe Murat-David. Ce dernier présente un rare bureau à cylindre japonais de l’ère Meiji en marqueterie de bois exotique portant l’emblème des empereurs japonais. Quai Voltaire, la galerie Flore déploie une vingtaine d’écrans de cheminée de la Régence à Napoléon III dans une gamme de prix entre 8 000 et 80 000 euros.
Sous la bannière un brin mièvre du “Château de la Belle au bois dormant”, est présenté chez Philippe Vichot un extraordinaire coffre-fort en acier de la seconde moitié du XIXe siècle. Digne d’une pièce de maîtrise, ce meuble est entièrement gravé sur les trois faces d’un étonnant répertoire animalier.
Au chapitre des “Curiosités vénéneuses” figurent une grande tête de génie léontocéphale, vraisemblablement un élément de trône mède ou perse, à la galerie Gilgamesh, ainsi qu’une pièce d’encorbellement représentant un Satan hermaphrodite vers 1560 à la galerie Boccador. Le thème des “Transparences et illuminations” se décline enfin à la galerie Atlante avec une lampe Quadra Ruspa de Gae Aulenti éditée à un petit nombre d’exemplaires.
La mobilisation du quartier affiche clairement un objectif : que les amateurs reprennent durablement le chemin des galeries.

26e édition du Carré Rive Gauche

Rue Allent, rue du Bac, rue de Beaune, rue de Lille, rue des Saints-Pères, rue de l’Université, rue de Verneuil, quai Voltaire, du 11 au 15 juin, du mercredi au samedi de 11h à 20h, dim. de 14h à 19h, www.carrerivegauche.com.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°172 du 30 mai 2003, avec le titre suivant : Partez en croisière

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