Lundi 17 décembre 2018

Art contemporain

Pari chinois

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 25 juillet 2007 - 519 mots

À Shanghaï, un salon part à l’assaut du marché asiatique avec 50”¯% d’exposants occidentaux.

 SHANGHAï - Régulièrement, les professionnels du marché prennent leurs bâtons de sourcier pour capter de nouveaux artistes ou harponner de nouveaux acheteurs. Organisée à Shanghaï par le marchand Pierre Huber et l’ancien mentor de la Foire de Bâle, Lorenzo Rudolf, la foire ShContemporary affiche cette double ambition. « Dans les expositions et les salons, les choses les plus intéressantes viennent des périphéries, lance Lorenzo Rudolf. Regardez le pavillon africain à la Biennale de Venise (lire p. 12). Sur les foires, on ne fait plus de découvertes. Nous voulons ouvrir ce marché qui finit par tourner en rond. » Aussi le salon a-t-il initié les sections « Best of Artists », avec quatorze créateurs asiatiques déjà établis, et « Best of Discovery », ouverte à vingt artistes inconnus du marché. « Nous donnons à un artiste de Malaisie ou de Taïwan la possibilité de se frotter au système commercial, et peut-être de trouver des galeries », explique Pierre Huber. L’humeur ne sera pas entièrement aux découvertes puisque 50 % des exposants se révèlent occidentaux. Certes, certains y vont avec leurs recrues asiatiques. Nathalie Obadia (Paris) propose ainsi un one-woman show de l’Indienne Rina Banerjee tandis que Laurent Godin (Paris) et Baronian-Francey (Bruxelles) s’associent pour présenter cinq spectaculaires journaux pliés de Wang Du. Mais la majorité des galeries ne disposent guère de créateurs exotiques. Georges-Philippe et Nathalie Vallois (Paris) misent donc sur un grand triptyque de Paul McCarthy et des dessins de Gilles Barbier. Dans un marché encore vissé sur son propre vivier, une foire pour moitié occidentale n’est-elle pas prématurée ? Établie à Pékin depuis deux ans et demi, la Galleria Continua  commence tout juste à vendre aux Chinois. « Ce serait un leurre de s’attendre à des miracles, admet Olivier Belot, de la galerie Yvon Lambert (Paris, New York). Mais c’est intéressant d’être là en amont pour comprendre une situation, des réseaux. » Quid de la censure dans un pays où libéralisme économique ne rime pas avec progressisme politique ? « À moins d’attaquer frontalement le régime, il n’y a pas de problème, observe Laurent Godin (Paris). Le pays fait le dos rond vis-à-vis de l’extérieur dans la perspective des Jeux olympiques de Pékin. »
Si de bonnes galeries européennes sont du voyage, les États-Unis restent attentistes. « Les Américains sont pragmatiques. S’ils ne sont pas sûrs du chiffre d’affaires, ils ne viennent pas, remarque Jérôme de Noirmont (Paris). Les Européens prennent plus de risques. Lors de la première édition d’Art Basel Miami Beach, il y avait plus d’Européens que d’Américains. » Les maisons de ventes comme Artcurial et Phillips, elles, n’ont pas attendu pour négocier une présence sur le salon via des lounges. De quoi faire grimacer les galeries, inquiètes de l’intrusion des loups dans la bergerie. « Nous ne sommes plus dans une situation de séparation biennale-foire ou galerie-maison de ventes, affirme Lorenzo Rudolf. Je préfère les auctioneers sur mon salon, où ils drainent leurs clients, plutôt qu’à l’extérieur où ils organiseraient des événements à part. » Un argumentaire proche de celui invoqué en mars par Tefaf Maastricht.

SHCONTEMPORARY, 6-9 septembre, Shanghai Exhibition Center, 1000, Yan’an Middle Road, Shanghaï, www.shcontemporary.info, tous les jours 10h-18h

SHCONTEMPORARY

- Organisateurs : Pierre Huber, Lorenzo Rudolf et la Foire de Bologne - Nombre d’exposants : 104 - Tarif des stands : 290 euros le mètre carré

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°263 du 6 juillet 2007, avec le titre suivant : Pari chinois

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