Samedi 24 février 2018

Artcurial

Parfum d’érotisme

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 22 octobre 2007

Un ensemble d’ouvrages de Restif de la Bretonne et autres menus plaisirs sont au rendez-vous d’Artcurial le 28 avril.

PARIS - Pour les bibliophiles « avertis » adeptes d’histoires gaillardes, Artcurial propose le 28 avril quelque 250 ouvrages goûteux autour de la badinerie amoureuse. Licencieuse, devrait-on dire, puisque cet ensemble concocté par le libraire Pierre Berès comprend quelques raretés de la littérature érotique, notamment un ensemble de 52 ouvrages de Nicolas Edme Restif de la Bretonne (1734-1806). Contrairement aux habitudes de Pierre Bérès, les estimations ne sont pas trop hardies.
Surnommé le « Jean-Jacques des Halles » ou le « Rousseau du Ruisseau », Restif de la Bretonne a laissé une somme de 300 volumes. Le catalogue affiche pour 4 000 euros Les Contemporaines ou aventures des plus jolies femmes de l’âge présent (1780-1785), 49 volumes illustrés de gravures de Binet restituant les mœurs et les coutumes du XVIIIe siècle. Aligné sur la même estimation, on retrouve un autre ouvrage à succès, le Paysan perverti ou les dangers de la ville (1776), considéré comme l’œuvre fondatrice de la littérature naturaliste. Son pendant féminin publié huit ans plus tard, La Paysanne pervertie ou les dangers de la ville, se contente d’une estimation de 1 500 euros. Devrait-on y voir un signe de misogynie rampante ? Le Pornographe, daté de 1769, débute sous forme épistolaire, anticipant d’une quinzaine d’années les Liaisons dangereuses de Laclos. Cette conversation sur le thème d’un lupanar légalisé s’affiche pour 1 000 euros. Il faudra compter au moins 500 euros pour emporter Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé, Mémoires intimes, première édition moderne de cet ouvrage autobiographique en 14 volumes. À mi-chemin entre les Confessions de Rousseau et les Mémoires de Casanova, ce texte énumère les noms des 500 femmes que le libertaire a aimées ou côtoyées. La suite des réjouissances est parfois anecdotique. « Pour galoper soixante courses par nuit, il suffira de manger des génitoires de coq. » Cette recette de vigueur amoureuse est donnée par le poète du XVIe siècle François d’Amboise dans son livre Regrets facétieux et plaisantes harangues funèbres (400 euros). Pour la même estimation, on s’attarde sur Point de lendemain, par Vivant Denon. Du directeur général des musées, ancien associé de Napoléon dans la campagne d’Égypte, peu de gens connaissent l’homme à femmes. Son appétence féminine était pourtant telle qu’on le surnommait le « faune » ! Ce texte apparaît la première fois en 1777 dans les Mélanges littéraires de Dorat. L’édition présentée date de 1780.
Merle blanc de la bibliophilie érotique, Gamiani ou deux nuits d’excès, publié à Bruxelles en 1863, est proposé pour la coquette estimation de 15 000 euros. On s’étonne que la notice du catalogue reste pudique sur son auteur supposé, Alfred de Musset. L’édition moderne n’est pas en reste avec le célèbre Con d’Irène de Louis Aragon, illustré de cinq eaux-fortes d’André Masson. Publié en 1928 sous le manteau, ce livre déroute les habitudes de lecture et, malgré quelques belles trouvailles imagées, s’apparente plus à une réflexion générale sur la vie qu’à un livre sur le sexe. Ce « nouveau roman » avant l’heure, unique exemplaire sur papier de Chine, est présenté pour 10 000 euros. Le regard s’attarde enfin sur Le Feu au cul de Georges Hugnet (1943), orné à chaque page d’illustrations érotiques d’Óscar Domínguez (4 000 euros).

Restif de la Bretonne et propos amoureux

Vente le 28 avril à 14 heures ; Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur, hôtel Dassault, 7, rond-point des Champs-Élysées, 75008 Paris, tél. 01 42 99 20 20.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°191 du 16 avril 2004, avec le titre suivant : Parfum d’érotisme

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