Vendredi 23 octobre 2020

Rochas

Parfum de triomphe

Succès éclatant pour la collection Hélène Rochas qui s’est envolée à plus de 15 millions d’euros

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 17 octobre 2012 - 811 mots

PARIS - Il est relativement rare d’observer chez Christie’s une salle pleine et active du début jusqu’à la fin, comme ce fut le cas le 27 septembre. François de Ricqlès a tenu le marteau avec ferveur pendant les six heures qu’a duré la dispersion de la succession Hélène Rochas, disparue un an plus tôt.

269 lots – soit la quasi-totalité de la vente – sont partis sur un rythme lent de 45 lots à l’heure, en raison de l’intérêt immense qu’a suscité cette collection, et de son nombre d’enchères téléphoniques beaucoup plus important qu’à l’accoutumée. De fréquentes batailles d’enchères ont ponctué cette vacation qui rappellait la vente « Saint Laurent-Bergé » orchestrée par Christie’s en février 2009. Au final, 15,7 millions d’euros (frais compris) ont été engrangés, soit pratiquement le double du résultat annoncé. « Ils étaient 74 % d’Européens, 15 % d’Américains et 5 % d’Asiatiques à rendre hommage au goût très français, sûr et raffiné, de celle surnommée « la belle Hélène » », rapporte la maison de ventes.

L’effet « provenance »
La plus haute enchère est revenue à un tableau cubiste majeur de 1933 par Ben Nicholson, vendu au prix record de 3,3 millions d’euros, dix fois son estimation basse. Des objets Art déco, choisis avec goût, ont créé la surprise, au-delà de ce qui est attendu d’un effet « provenance ». Estimée 60 000 à 80 000 euros, une Table-Berceau, première version (vers 1963) de Diego Giacometti a été emportée au prix record de 1,3 million d’euros. À partir de 300 000 euros, deux enchérisseurs déterminés ont rivalisé. Les enchères ont aussi grimpé pour le lampadaire La Tentation (vers 1920-1926), réalisé par Edgar Brandt en association avec Daum, adjugé au prix record de 265 000 euros contre une estimation haute de 60 000 euros. « L’ancien record pour une œuvre commune de ces deux créateurs était de 91 000 euros pour la lampe de table Cobra en bronze de la collection Saint Laurent-Bergé », rappelle Sonja Ganne, directrice du département Art déco. Un rare bas-relief intitulé Deux masques (vers 1925) par Jean Lambert-Rucki et Jean Dunand, en chêne sculpté, laque et incrustations de coquille d’œuf, a été cédé pour 385 000 euros, six fois son estimation basse. « Nous en espérions un beau prix, note Sonja Ganne. On ne voit pas souvent sur le marché une grande et belle pièce Art déco, de surcroît passée par la Galerie du Luxembourg [Paris], lieu de référence dans les années 1970 pour les objets de cette période. » Estimé moins de 8 000 euros à cause de son état très usé (nécessitant une restauration), un tapis Art déco (v. 1930) de René Crevel, d’une belle taille et comportant un élégant décor de cercles imbriqués dans des coloris beige, marron, orange et noir, a été emporté pour 157 000 euros.

Les objets anciens n’ont pas été en reste, à l’exemple d’une paire de grands candélabres en bronze doré d’époque néoclassique, montés sur des vases chinois de la fin du XVIIIe-début XIXe en laque burgauté sur porcelaine. Estimés au maximum 150 000 euros, ils ont été vendus 409 000 euros. « Ce n’est pas une surprise, car ils avaient la provenance Harewood, cette collection anglaise majeure du tout début du XIXe siècle », explique le spécialiste Simon de Monicault. Symbole du goût Rochas, deux guéridons russes d’époque Empire sont partis à 271 000 euros, soit plus du double de l’estimation haute. « C’étaient des objets de charme, faciles à marier, et qui n’avaient pas le côté traditionnellement massif du mobilier Empire. Ils étaient très décoratifs, avec leur ornementation en bronze ciselé et doré associé à de la porcelaine décorée en camaïeu de vert, souligne l’expert. La présentation d’objets anciens dans un intérieur qui n’était pas entièrement consacré au XVIIIe siècle, mais où régnait un éclectisme agencé avec goût, a aidé la vente. » Ainsi, avec sa garniture neutre de croûte de cuir marron, une suite de six fauteuils « à la reine » classiques, d’époque Louis XVI, présentés parmi du mobilier Art déco sur plusieurs photographies d’ambiance reproduites au catalogue, a trouvé facilement preneur pour 85 000 euros, contre 50 000 euros d’estimation haute. Les acheteurs ont jeté leur dévolu sur plusieurs petits objets vus dans les photos prises chez Hélène Rochas et qui ont été remis en situation pendant l’exposition, tel un vide-poche lézard posé sur la table basse dans le salon. Pour ce travail moderne anonyme avec une patte cassée et recollée, estimé 150 euros, les enchères ont grimpé à 6 000 euros. Signalons enfin que le Musée d’Orsay a préempté un cabinet de milieu réalisé par Clément Mère (v. 1910) pour 67 000 euros, le double de son estimation.

COLL. HÉLÈNE ROCHAS - Le 27 septembre

- Estimation (hors frais) : 8 millions d’€

- Résultats (frais compris) : 15,7 millions d’€

- Pourcentage de lots vendus : 95 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°377 du 19 octobre 2012, avec le titre suivant : Parfum de triomphe

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