Marais

Panorama d’un parcours 2007

Après avoir chaussé les « bottes de sept lieues », arpentons le 3e arrondissement à pas de géant,pour découvrir les expositions présentées par ses galeries d’art contemporain

Le Journal des Arts

Le 9 janvier 2008

PARIS - En pleine Épiphanie, tel un mage ou une bergère du temps d’Hérode, me voici partie sillonner les galeries du Marais, conduit sur les chemins tracés par « La plume flottante » (« The Floating Feather »), titre de la peinture du XVIIe siècle de Melchior d’Hondecoeter qui sert d’intitulé de l’exposition proposée par Willem de Rooij à la galerie Chantal Crousel (1). Cette exposition composée de trois femmes nous accueille avec sept derviches tourneurs vêtus de robes-manteaux réalisées entre 1974 et 1981 par la créatrice Fong-Leng. Ces vêtements uniques sont des prêts du Scheringa Museum for Realism à Spanbroek, aux Pays-Bas. L’artiste Keren Cytter présente différents courts-métrages dont The victim qui a eu le prix de la Bâloise sur Art Basel en juin 2006. L’installation inédite d’Isa Genzken intitulée Gay au tissu arc-en-ciel est une oeuvre d’une apparente légèreté qui se découvre en se rapprochant.

Visions du politique
Ce parcours se poursuit chez Anne de Villepoix (1) qui présente des nouvelles toiles de Changha Hwang et des photographies des années 1984-1985 de John Coplans. Ses rides creusent les sillons de la montagne et nous font pénétrer dans l’intimité inavouable de notre corps. Fidèle à sa galerie parisienne, Changha Hwang fait un « aller et retour » (« back & forth ») avec son travail matriciel précédent et choisit d’introduire sur ses nouvelles toiles des diagonales comme des pliages d’origami qui apportent la troisième dimension. L’artiste quitte sa grille qui évoquait les moucharabiehs de l’Orient et nous ouvre sa fenêtre sur cette urbanité bouillonnante des villes de sa Corée natale. Avant le 15 janvier, un arrêt s’impose Chez Valentin pour la première exposition de l’artiste anglais Babak Ghazi. C’est un miroir sur l’Occident avec ses figures imposées : sa standardisation, sa société de consommation, son narcissisme et ses illusions. L’oeuvre de Babak Ghazi est protéiforme et développe son propre langage, même si les références à l’histoire de l’art sont multiples : « readymade », « minimalisme »... Ne pas manquer non plus les dessins imprégnés d’humour sur format A4 de Dan Perjovschi présentés pour la première fois à la galerie Michel Rein (1). L’artiste trace l’actualité avec son sens critique décapant, sa vision de l’Occident, des conflits au Moyen-Orient, des « politix ». Ce regard est marqué par les méandres de l’Ancien Régime roumain au temps de Ceaucescu. Il s’agit d’une oeuvre évolutive, Dan Perjovschi continuant jusqu’au 20 janvier à faire parvenir par fax, à la galerie d’autres dessins. Restons dans l’ironie. «Malgré l’opinion divisée de la critique, j’étais convaincu que c’était un authentique chefd’oeuvre » : cette légende d’un dessin de Glen Baxter en train de commenter une exposition de peinture représentant un « os » se trouve à la galerie Martine et Thibault de la Châtre (1).

Personnages mystifiés
À la galerie Xippas (3), Valérie Belin présente des portraits hauts en couleurs avec six photos inédites de métisses aux yeux bleus ou verts. Nous sommes dans la fusion des cultures afro-occidentales qui parallèlement nous rappellent les héroïnes hybrides du festival international du film fantastique d’Avoriaz. Dans sa série des douze portraits aux physionomies androgynes, les visages et les bustes sont lisses. Le teint translucide est obtenu par une lumière ponctuelle. La peau donne l’illusion du marbre et évoque les dieux ou les déesses helléniques. Poursuivant notre escale grecque à la galerie Claudine Papillon (4) où nous sommes irradiés par la puissance de la lumière de l’oeuvre inédite de l’électron libre Vassiliki Tsekoura. Les courbes aux néons nous tracent un paysage au rayonnement chromatique à multiples facettes. Notre itinéraire évolue dans l’univers des rocks stars chez Frank Elbaz (5) qui présente pour la première fois un concert de photographies digitalisées de Meredyth Sparks. Cette profusion d’images évoque les murs d’une chambre d’adolescent ou d’adolescente. Ces musiciens mythiques comme Blondie, Bowie ou les Rolling Stones sont recouverts de paillettes, de papiers aluminium, de lignes diagonales qui donnent du rythme et nous font fredonner ces tubes des années 1970 à 1980. À la galerie de Laurent Godin (1), Corinne Marchetti présente aussi des portraits de célébrités brodés sur du lin. Ce trousseau est issu de croquis préparatoires réalisés en se bandant les yeux. L’artiste utilise la symbolique de l’aveuglement pour transcrire avec plus de clairvoyance le jardin intérieur de ses personnages et non une image mythique. Pour les allumés, les “flood light” du duo Julie Mathias et Michel Cross, chez Tools Galerie, sont des luminaires en forme d’aquarium cylindrique dans lesquels des ampoules et des fils électriques sont immergés dans l’eau.
Jusqu’au 27 janvier, c’est Bollywood à la galerie Patricia Dorfmann avec la nouvelle exposition de Yann Toma : artiste et président de la société symbolique « Ouest Lumière » qui poursuit son expansion en délocalisant et diversifiant ses activités en Inde. La galerie présente des toiles narratives aux tonalités chatoyantes qui illustrent les péripéties d’Ouest Lumière. À la galerie Martine Aboucaya, une photographie du Berlinois Pash Buzari, présentée dans le bureau de la galeriste, ne laisse pas indifférent : c’est la représentation d’un lieu apparemment ordinaire sans aucune présence humaine. Mais par l’utilisation de la profondeur de champ et la subtile diffusion de la lumière, nous sommes dans une impression de sombre clarté, d’univers onirique. Pour continuer d’admirer le soleil se coucher à la galerie cent8, l’oeuvre en néon Sunset de Jugnet Clairet reste exposée en janvier. Tel un sage persuadé que toutes les voies de l’art peuvent nous conduire au jardin céleste, s’élever jusqu’aux sept tonalités de l’arc-en-ciel pour découvrir toutes les nuances de ces champs si fertiles de la création contemporaine présentée en galeries en ce début d’année 2007.

(1) jusqu’au 20 janvier.
(3) jusqu’au 17 février .
(4) jusqu’au 24 janvier.
(5) jusqu’au 25 janvier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°250 du 5 janvier 2007, avec le titre suivant : Panorama d’un parcours 2007

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