Palm Beach, terre de conquête

Une foire en progression qui séduit marchands et collectionneurs

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 7 août 2008

L’International Art & Antique Fair de Palm Beach, jeune foire de qualité en progression constante, a accueilli, du 28 janvier au 7 février, près de 40 000 visiteurs, en majorité américains. La forte concentration de grosses fortunes attire dans cette station balnéaire de Floride les plus grands marchands de tableaux modernes, des bijoutiers prestigieux et quelques grands antiquaires spécialisés dans le mobilier, tous séduits par le potentiel de ce salon, qui n’atteint cependant pas celui de l’International Fine Art Fair à New York.

PALM BEACH - Coincée sur un terre-plein entre deux avenues sans âme et un parking, au coin d’Okee-chobee et de Quadrille Boulevard, sous une grande tente blanche bordée de palmiers, l’International Art & Antique Fair a l’air penaud d’une enfant que l’on aurait punie. Passé les portes du salon, les visiteurs semblent un peu surpris de découvrir dans ce lieu excentré quelques-unes des plus grandes galeries internationales. Vêtus de T-shirts, shorts et baskets pour les plus jeunes, de chemises claires et pantalons de flanelle pour leurs aînés, les Américains évoluent avec componction dans les allées moquettées, certains très étonnés de s’entendre dire que toutes les œuvres sont à vendre. D’autres, beaucoup plus aguerris aux arcanes des grandes foires, se déplacent en compagnie de leur décorateur – Peter Marino, Mario Buatta ou Juan Pablo Molyneux –, ne prenant aucune décision d’achat sans l’aval de leur “gourou”. Jeune foire en ascension constante, Palm Beach a accueilli pour sa troisième édition plus de quatre-vingts exposants. Parmi eux, un contingent non négligeable de Français – une douzaine de galeries –, vingt-cinq Londoniens, des Suisses, des Allemands et un grand nombre d’Américains.

Trente stands pour la peinture moderne
Les tableaux modernes, avec une trentaine de stands, se sont taillés la part du lion. Richard Green présentait un charmant Marquet de 1938, La plage des Sables d’Olonne, peuplée de cabines colorées, un Henri Lebasque, Paris, remorques sur la Seine ; et John Mitchell un joli tableau de Paul Leconte, un Village du Midi articulé autour d’une petite église. Sur le stand de la galerie Landau, particulièrement riche, trônait notamment un Van Dongen de 1908, une Jeune fille au chapeau au visage très pâle et à l’air un peu absent. Autre Van Dongen séduisant sur le stand de la galerie new-yorkaise Michelle Rosenfeld : Venise à l’ombre du Campanile, dans des dominantes bleu pâle, hanté par des silhouettes de femmes élégantes. La galerie Boulakia exposait un bel Utrillo, la Place des Abbesses sous la neige (1917), ainsi qu’un Bouquet de fleurs de Chagall très apprécié des visiteurs.

L’autre point fort de la foire est la bijouterie, représentée par une dizaine de galeries comme Wartski, de Londres, ou Hemmerle Juweliere, de Munich. Le stand de la galerie londonienne Graff, par exemple, n’a pas désempli de tout le premier week-end. Le mobilier classique était moins favorisé avec un nombre réduit d’exposants, dont Ariane Dandois, Bernard Steinitz, le New-Yorkais Florian Papp et le Californien Foster (Gwin Inc). L’Art déco était mieux défendu, avec une forte présence française ou francophone comprenant les galeries Vallois, Maroun Salloum, Jacques De Vos, Philippe Denys, qui semblaient pour la plupart satisfaits des affaires réalisées. Ainsi, Jacques De Vos a vendu, par l’intermédiaire du décorateur Peter Marino, un ensemble de meubles aux Miller – une famille de brasseurs qui aménage une nouvelle maison à Palm Beach –, parmi lesquels deux guéridons de Jean Dunand à 250 000 dollars (1,4 million de francs) et deux vases de Jean Besnard d’inspiration africaine à 100 000 francs. Peter Marino a acheté pour sa collection personnelle un meuble d’appui de Paul Dupré-Lafon à 400 000 francs. Dès le troisième jour, Philippe Denys avait cédé une vingtaine de pièces, dont une commode en laque de Jean Dunand. Même satisfaction chez Ariane Dandois : elle avait vendu dès les premiers jours un nombre important de meubles, notamment une table viennoise à 40 000 dollars et une grande console Regency à 100 000 dollars.

Un marché plus restreint que celui de New York
Les affaires étaient plus contrastées pour les tableaux modernes. Fabien Boulakia, avec la vente d’un Renoir, et Richard Green semblaient très satisfaits. Résultats plus mitigés chez Cazeau-La Béraudière, qui voient Palm Beach comme un marché beaucoup plus restreint que celui de New York, pouvant difficilement absorber une telle quantité d’objets d’art, et chez Brame et Lorenceau pour lesquels les contacts établis pour un dessin de Picasso et des petits tableaux de Boudin ne s’étaient pas encore concrétisés à la fin du salon. “C’est une foire qui possède un grand potentiel, indique cependant Berdj Achdjian qui, début février, était en négociation avec un musée américain pour une importante tapisserie néerlandaise datant de 1925. Palm Beach devrait s’améliorer d’année en année, à condition que les marchands sélectionnent chacun leurs plus beaux objets, comme ils le font pour la Biennale”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°77 du 19 février 1999, avec le titre suivant : Palm Beach, terre de conquête

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