Art impressionniste et moderne

Nuits d’ivresse à Londres

Le Journal des Arts

Le 3 mars 2006 - 547 mots

Sotheby’s et Christie’s ont réalisé le chiffre astronomique de 379 millions d’euros en onze vacations et cinq jours dans la capitale britannique. Mais jusqu’où le marché va-t-il monter ?

LONDRES - Une semaine qui fera date ! Entre le 6 et le 10 février, les deux principales maisons de ventes ont réalisé à Londres les plus importantes ventes jamais enregistrées sur le marché européen de l’art. En cinq jours et onze vacations, 259 millions de livres sterling (379 millions d’euros) ont été dépensés pour acquérir des œuvres d’art, des toiles impressionnistes majeures à des œuvres de jeunes artistes contemporains. Des lots de première qualité, mais aussi une fièvre d’achat et une plus grande diversité d’acquéreurs par rapport à il y a encore seulement deux ans ont aiguisé les appétits comme jamais. Les salles de ventes de Sotheby’s et de Christie’s étaient bondées, et leurs vacations nocturnes ont davantage ressemblé aux soirées mondaines new-yorkaises qu’aux habituelles ventes feutrées de Londres. Signe d’abondance, les deux ventes nocturnes d’art moderne ont démarré une demi-heure plus tôt que de coutume, pour absorber leurs énormes catalogues, trois chez Christie’s, deux chez Sotheby’s (incluant l’art autrichien et allemand, ainsi que le surréalisme). « Quand le marché est fort, les propriétaires nous confient des lots », explique le directeur de Christie’s Jussi Pylkkänen.
Les observateurs ont été frappés par le dynamisme de Londres, et, selon l’ancien directeur de Christie’s Nick Maclean, qui vient de fonder le cabinet Eykyn Maclean avec Christopher Eykyn, « les ventes new-yorkaises de novembre 2005 étaient incroyablement soutenues, mais le marché a continué sur cette lancée et s’est encore renforcé à Londres cette semaine, avec des Européens actifs comme jamais dans mon souvenir. Il semble que Londres rivalise désormais avec New York en termes de nouveaux acquéreurs. Il s’y est dépensé énormément d’argent ».
Les auctioneers des deux maisons ont souligné la vigueur du marché. Jussi Pylkkänen a ainsi relevé que le nombre d’acheteurs d’art impressionniste et moderne avait triplé depuis le dernier bond du marché de l’art à la fin des années 1980. Les acquéreurs russes sont observés avec beaucoup d’intérêt, et Jussi Pylkkänen a assuré qu’ils étaient près de cent à enchérir dans la salle.
Alors que l’art contemporain obtenait des adjudications stupéfiantes, les arts autrichien, allemand, surréaliste, impressionniste et moderne, spécialités plus traditionnelles, ont montré une vigueur égale, amenant des œuvres qui n’avaient rien de rare ou d’exceptionnel à des prix, eux, très inhabituels. Quelle autre circonstance aurait pu pousser un Chagall, coloré mais banal, à 2 024 000 livres (Les Fleurs sur Saint-Jeannet, 2 960 536 euros) ? De nouveaux records d’enchères ont été établis pour Soutine, Kirchner, Campendonk, Munch, Nolde, Meidner, Dalí, Vallotton, Masson, Kolbe et Domínguez. En février 2005, le résultat des ventes d’art impressionniste et moderne chez Sotheby’s et Christie’s avait atteint 139 millions de livres (203 millions d’euros) ; il est cette année de plus de 157 millions (230 millions d’euros). Cela suffit à résumer le niveau actuel du marché, et la vigueur qui semble caractériser Londres.

CHRISTIE’S Londres, 6 février - Total : 61 645 200 livres (90 063 637 d’euros), 74 % en lots, 85 % en valeur SOTHEBY’S Londres, 7 février - Total : 52 483 200 livres (76 767 984 euros), 71,7 % en lots, 89,8 % en valeur

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°232 du 3 mars 2006, avec le titre suivant : Nuits d’ivresse à Londres

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