Lundi 17 décembre 2018

Londres

Nouveau record pour un manuscrit du Coran

Des ventes d’art indien et islamique encourageantes

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 724 mots

Un marché de l’art indien solide et un possible regain d’intérêt sur le marché aujourd’hui fragile de l’art persan ont marqué les ventes qui se sont déroulées chez Sotheby’s et Christie’s durant la dernière semaine d’avril.

LONDRES - Sotheby’s avait fait un effort particulier en éditant des catalogues séparés pour les manuscrits et les miniatures, les tapis, l’art islamique et indien. La vente de manuscrits et de miniatures a totalisé 1,03 million de livres (8,15 millions de francs), avec 61 % de lots vendus et 76 % en valeur.

Celle d’art islamique et indien a rapporté 1,36 million de livres (10,78 millions de francs), avec 49 % de lots vendus et 75 % en valeur, tandis que la vente Colonnade – des œuvres, notamment des antiquités, à des prix plus modestes – recueillait 150 420 livres (1,2 million de francs), avec 58 % de lots vendus et 49 % en valeur.

De son côté, Christie’s avait regroupé toutes ces catégories dans un même catalogue. Les tapis exceptés, la vente a récolté 1 225 877 livres (9,7 millions de francs), avec 57 % de lots vendus et 80 % en valeur.

La vente Bonhams affiche, elle, un total de 404 305 livres (3,2 millions de francs). Ce montant inclut la vente d’un manuscrit mongol, enlevé à 140 000 livres (1,1 million de francs).

Un Coran à 2,9 millions de francs
Le temps fort de la semaine, chez Sotheby’s, fut sans aucun doute la vente d’un manuscrit du Coran, exécuté vers 1200, et provenant peut-être du sud de l’Espagne. D’un format et d’une qualité exceptionnels, ce Coran est le plus grand que l’on connaisse pour un volume unique produit en Espagne ou en Afrique du Nord. Il établit un nouveau record en atteignant 370 000 livres (2,9 millions de francs) alors qu’il était estimé 200 000 à 300 000 livres.

Lors de la même vente, deux peintures Qadjar (vers 1840), très recherchées en ce moment par les acheteurs iraniens, ont largement dépassé leur estimation (8 000 à 12 000 livres) en étant adjugées chacune à 33 800 livres (268 000 francs). Autre signe de la nouvelle vigueur des achats d’art persan : le prix atteint par une miniature signée Riza-i Abbasi, actif à Ispahan autour de 1625-1630. Estimée entre 14 000 et 18 000 livres, l’acquéreur des deux peintures Qadjar l’a emportée pour 38 000 livres (300 000 francs).

Dix fois l’estimation
Toujours chez Sotheby’s, lors de la vente d’art islamique et indien, une statue en pied Gandhara de Maïtreya (estimée 70 000 à 90 000 livres) a été adjugée 160 000 livres (1,26 million de francs) à un décorateur européen. Un bronze Gandhara de Bouddha mesurant 25 cm (estimé à l’époque 60 000 à 80 000 livres), une pièce rare qui n’avait pas trouvé preneur en 1991, a été vendu 70 000 livres (555 000 francs) alors qu’il était estimé cette fois entre 20 000 et 30 000 livres.

Le lot représenté sur la couverture du catalogue, une cruche Artuqid à incrustations d’or et d’argent du nord de la Syrie, datée de la fin du XIVe siècle, a nettement dépassé les estimations de Sotheby’s.

Se fondant sur son étroite parenté avec un pilon et mortier du Museo Diocesano de Trévise, elle était prudemment estimée 10 000 à 15 000 livres. Un marchand iranien de Londres l’a achetée 115 000 livres (911 000 francs). En revanche, Sotheby’s fut moins heureux avec une chambre syrienne en bois peint, la troisième à apparaître sur le marché londonien en deux ans. Dans un état moyennement bon, elle n’a pas atteint son estimation de 40 000-50 000 livres.

La vente combinée d’art islamique, de miniatures indiennes et de tapis, chez Christie’s, n’a réservé qu’une seule surprise. Une copie incomplète d’un Shah-Name (Livre des Rois), exécutée à Chiraz autour de 1570, a mis en concurrence deux acquéreurs enchérissant par téléphone. Estimé de 50 000 à 70 000 livres, il a été adjugé 360 000 livres (2,85 millions de francs). Bien que le Shah-Name soit un texte très populaire, le prix atteint par cet exemplaire, auquel il manquait treize illustrations, a laissé perplexe. On s’expliquait beaucoup mieux, en revanche, les 42 000 livres (333 000 francs), pour une estimation de 8 000 à 12 000 livres, déboursées pour un seul feuillet de l’Akbar-Nameh moghol, datant de 1602 environ, de la British Library-Chester Beatly.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : Nouveau record pour un manuscrit du Coran

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