Ventes publiques

New York en forme, mais très sélectif

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2018 - 873 mots

Les ventes de printemps d’art impressionniste, moderne et contemporain de New York ont enregistré des résultats cumulés en hausse de 24 % atteignant 1,5 milliard de dollars. Cependant, elles ont fait apparaître un marché à multiples visages.

New York. Les quatre ventes du soir organisées par Christie’s et Sotheby’s la semaine du 14 mai ont obtenu de bons prix avec des enchères soutenues. La vente de Christie’s d’art impressionniste et moderne du 15 mai a été particulièrement bien menée par le Français Adrien Meyer, vice-président du département et star montante de la maison de ventes. En revanche, une vente s’est détachée du lot, celle d’art impressionniste et moderne organisée par Sotheby’s le 14 mai, qui n’a pas déchaîné les passions. Même si elle a enregistré un produit de ventes en hausse de 83 % par rapport à 2017 avec 318,3 millions de dollars (1) (267,60 M€), elle n’a fait qu’effleurer son estimation basse et a « ravalé » 13 des 45 lots proposés, soit un taux de vente décevant de 71 %, tandis que plusieurs adjudications n’ont pas dépassé l’estimation basse. La vente a été littéralement portée par son lot phare – également le plus élevé de la session –, puisqu’il compte pour près de la moitié du total : Nu couché(sur le côté gauche), 1917, de Modigliani a atteint 157,2 millions de dollars (132,50 M€), soit 139 millions de dollars hors frais. Si ce prix faramineux cumule les records (plus haut prix enregistré pour Sotheby’s, quatrième toile la plus chère de l’histoire des enchères et plus-value de 128,6 M$ en quinze ans), il n’a pas atteint l’estimation hors norme de 150 millions de dollars, probablement gêné par la garantie d’un tiers, sans doute très élevée, mais que la maison de ventes n’a pas souhaité révéler. Il n’a pas non plus battu le record de 170,4 millions de dollars obtenu par l’artiste il y a deux ans et demi.

Le lendemain, Christie’s s’en est bien sortie, malgré le retrait in extremis de son lot star, Le Marin de Picasso (est. 70 M$) abîmé lors de l’installation de l’exposition précédant la vente. La maison de ventes de François Pinault a quand même réussi à récolter 415,8 millions de dollars (348,50 M€), au-delà de son estimation, soit une hausse de 44 %. Elle a aussi eu moins de mal à trouver preneur pour ses 37 lots par rapport à sa concurrente, puisque seulement quatre sont restés sur le carreau. Plus haut prix de sa vacation, une Composition suprématiste de Malevitch a été emportée à 85,8 millions de dollars (est. 70 M$), un record pour le peintre, tandis que La Jeune fille sophistiquée (Portrait de Nancy Cunard), une sculpture de Brancusi de 1928 en bronze doré, a été adjugée 71 millions de dollars, frôlant son estimation. Là encore, c’est un record pour l’artiste. « La vente de Christie’s a bien marché, car elle avait de bonnes pièces, en particulier le Brancusi, jamais passé sur le marché. Jusqu’à ce lot, les œuvres se sont vendues honnêtement, sans vraiment d’action, mais ensuite, la vente a été plus vivante », notait l’expert Christian Ogier. Pour l’ensemble du volet impressionniste et moderne, les résultats affichent une hausse de près de 60 % avec un total de 734,1 millions de dollars.

L’art contemporain tire le marché vers le haut

Les ventes d’art contemporain ont, elles, été plutôt dynamiques, surtout chez Sotheby’s, avec plusieurs bagarres d’enchères. Elles atteignent un produit cumulé de 789,4 millions de dollars (+28 %). Sotheby’s a totalisé 392,3 millions de dollars dans la fourchette haute de son estimation, dont 107,8 millions de dollars récoltés par la collection Morton et Barbara Mandel et seulement deux lots invendus sur 75 en vente. Comme pour les autres vacations, les œuvres « classiques » – à l’instar du Malevitch et du Brancusi ou de Number 32, 1949 de Jackson Pollock, adjugé 34 millions de dollars (est. 30 à 40 M$) et Flesh and Spirit, 1982-1983, de Basquiat, vendu 30,7 millions de dollars (est. 28 à 35 M$) – ont bénéficié d’enchères plus mesurées. En revanche, pour les œuvres en vogue de jeunes artistes, les enchères se sont déchaînées, comme pour Bush Babies, de Njideka Akunyili Crosby (née en 1983), estimé 600 000 à 800 000 dollars et emporté à 3,3 millions de dollars. « Pour la jeune génération, il y a eu des prix incroyables. Les grands formats, très colorés, ont vu leurs prix grimper très vite. C’est un segment du marché en plein boom, alors que pour les pièces plus classiques, les enchères sont plus réfléchies. Quant au dernier segment, celui des pièces “extrêmes” comme le Modigliani, on touche au monde des garanties, un monde manipulé qui biaise un peu les enchères », analysait Christian Ogier.

Christie’s a tiré son épingle du jeu, totalisant 397,1 millions de dollars avec un taux de ventes de 91 %, mais son chiffre est en baisse de 11 % par rapport à 2017 (448 M$). Star de la soirée, Study for Portrait de Francis Bacon a été adjugé 49,8 millions de dollars (est. 30 M$), tandis que Double Elvis [Ferus Type] de Warhol a été emporté à 37 millions de dollars (est. 30 M$), soit le même montant déboursé en 2012 par son vendeur, le magnat des casinos Steven Wynn.

(1) Tous les prix mentionnés s’entendent frais compris, sauf indication contraire

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°502 du 25 mai 2018, avec le titre suivant : New York en forme, mais très sélectif

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