Vendredi 28 février 2020

Scène

New York au ralenti

La dernière édition de l’Armory Show a affiché un commerce à deux vitesses

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 15 mars 2011 - 706 mots

NEW YORK - Entre des expositions indigentes en galerie et une programmation muséale insipide, symptomatique des coupes budgétaires dans les institutions américaines, le monde de l’art new-yorkais file un mauvais coton.

La Grande Pomme a perdu de sa créativité, ainsi que le suggère ce panneau de l’artiste Mark Flood à la galerie Zach Feuer : « If you have any ideas, please, contact us. »

Sur l’Armory Show organisé du 3 au 6 mars, le niveau global était faible, en dépit d’une poignée de bons stands, tel celui de Georges-Philippe et Nathalie Vallois (Paris) extrêmement bien construit autour des œuvres de Gilles Barbier et Jacques Villeglé, tel encore le solo show de Michael Müller chez Thomas Schulte (Berlin). La majorité des exposants avaient pris un risque minimum en ne montrant que des petites pièces.

Comme toujours, les Américains furent les grands gagnants. Lehmann Maupin (New York) a cédé une trentaine de cartes postales de Gilbert & George, tandis que Stefania Bortolami (New York) a vendu toutes les œuvres de Richard Aldrich. Les affaires furent plus molles pour les Européens. The Modern Institute (Glasgow) a certes fait feu de tout bois et vendu une pièce de Michael Wilkinson à la conseillère Patricia Marshall. Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg) s’est défait d’emblée de cinq œuvres, notamment un grand Baselitz à 700 000 dollars (504 000 euros), tandis que Nathalie Obadia a séduit une clientèle afro-américaine avec Lorna Simpson et Mequitta Ahuja. De son côté, Praz-Delavallade (Paris) a cédé six pièces d’Analia Saban à Don et Mera Rubell. « C’est la dernière fois que nous faisons l’Armory. Il y a tellement d’événements dans la ville que nous n’en sommes qu’un parmi d’autres. Nous sommes des faire-valoir », grinçait en revanche Edmond Francey, de la galerie Baronian Francey (Bruxelles). Bien qu’il ait prévendu une installation de Philippe Mayaux au collectionneur Steve Wilson, Hervé Loevenbruck (Paris) était tout aussi critique. « Il n’y a pas d’électricité dans la foire. Il y a cinq ans, on repartait avec cent cinquante cartes de visites ; là, les gens prennent notre carte en disant qu’ils vont nous recontacter …» Face à un salon qui décline depuis son rachat par Merchandising Mart Properties, « Independent » et « ADAA » (The Art Dealers Association of America) apparaissaient comme des ballons d’oxygène. « La taille d’Independent est domestique, précisait Gil Presti, de Sutton Lane (Paris, Londres). Les stands ne coûtent pas cher, il n’y a pas la même pression financière qu’à l’Armory, donc les galeries ne viennent pas le couteau entre les dents, elles sont plus accueillantes. » Balice Hertling (Paris) avait le sourire après avoir vendu des pièces de Nikolas Gambaroff et de Charles Mayton à Rosa de la Cruz. Néanmoins, si le contexte était plus engageant, la qualité des œuvres n’était pas renversante.   

Les connaisseurs à l’ADAA
Plus classique mais aussi plus consistante, l’ADAA a dominé la semaine haut la main, avec ses expositions personnelles soignées, ainsi Joseph Cornell chez L & M Arts (New York). « C’est une foire pour connaisseurs, alors que l’Armory s’adresse à des truffiers en quête de bons coups, lançait Adam Scheffer, de Cheim & Read (New York). Dans un marché turbulent, il faut créer des environnements où les collectionneurs peuvent se concentrer sans saturer. » L’ADAA ne pouvant grossir en taille ni accueillir des galeries étrangères, les enseignes qui ne trouvent pas leur compte à l’Armory devront imaginer une solution. « New York a besoin d’un événement qui lance la dynamique, insiste Bellatrix Hubert, directrice de Zwirner (New York). On ne peut laisser les choses dans l’état. »

L’engouement du moment

À New York, la dernière coqueluche du moment s’appelle Nick van Woert. Deux jours après l’ouverture de son premier solo show, chez Yvon Lambert, et malgré un CV encore léger, cet ancien assistant de Matthew Day Jackson, auquel il emprunte son vocabulaire, a fait un carton avec des œuvres proposées entre 5 000 et 35 000 dollars. En un tournemain il est entré dans les collections des Rubell, des Zabludovic et de Steve Rosenblum. « En dix-sept ans de galerie, je n’ai pas vu ça ! », avoue Olivier Belot, directeur de la galerie. Sans doute certains acheteurs espèrent-ils réaliser avec Van Woert les mêmes plus-values qu’avec Day Jackson…

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°343 du 18 mars 2011, avec le titre suivant : New York au ralenti

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