Nelson sort du purgatoire

L’Américain est désormais mieux connu en Europe

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 21 janvier 2000

Connu dans son pays natal, l’architecte et designer américain George Nelson (1908-1986) sort de l’indifférence en Europe. Avec le tournant du siècle, ses meubles commencent à apparaître en ventes publiques outre-Atlantique. François Laffanour, de la Galerie Down Town, a rassemblé une trentaine de créations représentatives de son travail, comme le fauteuil « Coconut » ou le canapé « Marshmallow ».

PARIS - Un fauteuil rouge vif en forme de noix de coco coupée en quatre, fait d’une coque triangulaire en feuille d’acier (15-20 000 francs), un canapé “Marshmallow” assemblant sur une armature métallique un ensemble d’une quinzaine de petits coussins-pastilles colorés en orange, jaune et marron (150 000 francs) : l’univers de George Nelson est résolument ludique. Pour certaines de ses œuvres, comme le fauteuil “Coconut”, il s’inspire d’artistes tels que Miró ou Calder. Ses chaises aux formes originales, en polyester renforcé de fibre de verre (15-20 000 francs), ressemblent aux créations de Charles Eames.

Né en 1908, prix de Rome d’architecture en 1932, George Nelson a fondé sa propre agence à New York en 1936. Parmi ses créations architecturales les plus connues figurent l’hôpital de Saint-Lô (Manche), et le pavillon américain à l’Exposition universelle de Moscou en 1959.

Ce n’est qu’au milieu des années quarante qu’il se tourne vers le mobilier, réalisant des éléments de rangement pour la maison Hermann Miller dont il deviendra le directeur. En 1947, il crée son propre cabinet de design, en association avec Gordon Chadwick, et s’intéresse à l’équipement des habitations, dessinant étagères, bibliothèques, cabinets et modules de rangement. On lui doit aussi des bureaux associant bois et métal, des chaises en bois courbé aux lignes élégantes qui se rapprochent des créations de Thonet. Bien qu’industriels, ses meubles sont marqués par la rigueur et le raffinement. Il se distingue des créations plus sobres de Charlotte Perriand en n’hésitant pas à recourir à des matériaux luxueux : placages en bois précieux (palissandre, bois de rose), boutons-poignées en porcelaine, éléments en fonte d’aluminium. Ses pièces sont toutes originales ; il n’y a pas eu d’édition ou de réédition. Réalisées pendant un bref laps de temps, certaines d’entre elles ont été produites à quelques centaines d’exemplaires, comme le fauteuil “Coconut” (100 à 300) ou le canapé “Marshmallow” (une centaine). Sa diffusion est encore confidentielle en Europe.

“George Nelson a joué un rôle novateur pour le mobilier des années cinquante et soixante, en recherchant des formes et matériaux nouveaux, explique François Laffanour. Il a voulu créer des meubles beaux et utiles à des prix abordables qui ne soient pas réservés à une élite, comme les créations de l’Art déco. Depuis deux ou trois ans, le regard porté sur ses créations a changé. Le tournant du siècle a sans doute influé sur les collectionneurs qui voient désormais avec intérêt ses meubles étiquetés comme créations du XXe siècle.”

Un signe, ils commencent à faire leur apparition dans les ventes publiques organisées par Christie’s et Sotheby’s à Londres et New York. Le 27 novembre à New York, chez Christie’s East, un cabinet à tiroirs sur pied central s’est vendu 10 000 dollars (63 000 francs), un bureau 27 000 dollars et un canapé “Marshmallow” 11 000 dollars.

- GEORGE NELSON, MOBILIER 1946-1978, exposition-vente jusqu’au 26 février, Galerie Down Town, 33 rue de Seine, 75006 Paris, tél. 01 46 33 82 41, tlj sauf dimanche et lundi 10h30-13h et 14h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°97 du 21 janvier 2000, avec le titre suivant : Nelson sort du purgatoire

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