Dimanche 18 février 2018

Tour des galeries

Multidirection

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 23 août 2007

Dans les galeries parisiennes, le début de l’été est marqué par un très grand éclectisme des propositions, de nombreux artistes explorant des directions parfois antinomiques.

PARIS - Le monde de l’art est un vaste et complexe territoire où il n’est pas toujours aisé de retrouver son chemin. L’exposition du Britannique Keith Tyson à la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois est de celles à ne pas manquer. L’artiste brouille les pistes à un point tel qu’il est presque jubilatoire de s’y perdre, entre un panneau signalétique indiquant plusieurs fois la même direction (Center of Universe, 2006), un tableau d’où émergent des flèches (Trajectory Painting, 2006) ou une peinture abstraite issue de réactions organiques (Nature Paintings, 2005). Pour les plus désarçonnés, se reporter au tableau intégrant deux haut-parleurs à travers lesquels l’artiste évoque son travail (Open Lecture, 2006) (jusqu’au 31 juillet).
Chez Hervé Loevenbruck, les peintures paisibles de Blaise Drummond évoquent la nature et ses relations avec la construction et l’architecture (jusqu’au 9 septembre). À la galerie Marion Meyer, c’est le territoire de la douleur et du plaisir que traverse l’exposition « Hommage à Sade (le Retour) », qui réunit vingt artistes parmi lesquels Man Ray, Jean-Jacques Lebel, Pierre Molinier ou Richard Fauguet. Le Harmais (1997) de Philippe Ramette, accroché au plafond, est particulièrement savoureux (jusqu’au 31 juillet).
Emmanuel Perrotin propose une régression premier degré, laquelle ne choque, ni n’amuse, mais consterne face à tant de vacuité plastique et discursive. Le groupe autrichien Gelitin y expose un personnage cul par-dessus tête, qui laisse s’écouler par l’orifice anal du chocolat fondu lui retombant dans la bouche : délicieux ! (jusqu’au 29 juillet).

« Reine de la nuit » étoilée
Plus poétiques, les délicates sculptures de Fausto Melotti enchantent chez Karsten Greve. Dans des compositions légères, provenant essentiellement du tournant des années 1960-1970, l’artiste mélomane explore les analogies entre plasticité et rythmes musicaux (jusqu’au 20 juillet). Deux autres artistes disparus sont également à l’honneur à Paris. Chez Nelson est rendu un hommage foisonnant à Robert Filliou, avec un accrochage confié à Jean-Hubert Martin. Sculptures faites de briques, cartons, morceaux de bois et autres matériaux pauvres, ou Longs poèmes courts à terminer chez soi (1961) révèlent son univers ludique et poétique (jusqu’au 22 juillet). À la galerie Cent8, dessins et peintures sur aluminium reviennent sur le travail de texture, de recouvrement et d’environnement pictural de Marthe Wéry (jusqu’au 29 juillet).
Chez Xippas, Vik Muniz continue d’interroger par la photographie les possibilités de recomposition d’une image avec des matériaux incongrus. Ses Pictures of Pigment revisitent des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art (Munch, Klein, Matisse, Rothko…) à l’aide de pigments de couleur. Au même moment, Jean Brolly invite la commissaire Aurélie Voltz à exposer de jeunes artistes allemands. Un accrochage dans lequel se distinguent les interventions graphiques sur photos ou gravures anciennes de Claudia Wieser, et la sculpture de Rolf Graf, comprenant, accroché à une branche, un débardeur sur lequel sont sérigraphiés des oiseaux (jusqu’au 29 juillet).
La virtuosité de William Kentridge ne faiblit pas chez Marian Goodman. Le grand faiseur d’images et d’animations fut aussi il y a quelques mois un brillant metteur en scène de La Flûte enchantée de Mozart. La galerie présente une maquette de théâtre où sont jouées des animations (Preparing the Flute, 2005). L’air de la Reine de la nuit sous une pluie d’étoiles a quelque chose de magique (jusqu’au 27 juillet).
Deux artistes américains sont également à ne pas manquer. Chez Frédéric Giroux, le jeune Justin Lowe réussit un accrochage cohérent et enjoué. Son installation Mirror Man (2006), où se mêlent un remarquable miroir éclaté et sérigaphié et un mur de haut-parleurs en tissus, donne aussi à voir une étonnante vidéo où se superposent More, de Barbet Schroeder, et un film sur le surf de George Greenough (Crystal Voyager) ; une exposition qui interroge les effets pervers de l’utopie « Summer of Love » (jusqu’au 22 juillet). Jack Pierson revient quant à lui chez Thaddaeus Ropac, où le visiteur sera surpris par de nouveaux travaux picturaux. Des impressions sur toile formant des compositions étranges, figures christiques, portraits en pointillé, fragments de visages superposés… qui donnent à son œuvre un nouveau tournant, entre réalité brute et onirisme perturbé (jusqu’au 29 juillet).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°241 du 7 juillet 2006, avec le titre suivant : Multidirection

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