Lundi 10 décembre 2018

Art impressionniste et moderne

Monet dans les étoiles

Le Journal des Arts

Le 3 décembre 2004 - 476 mots

Lors des ventes automnales à New York, le marché est resté solide mais les prix ont rarement dépassé les estimations. Surévaluée, la collection Hester Diamond a déçu par ses résultats.

 NEW YORK - « Voilà les fichus cycles du marché de l’art, comme j’en ai personnellement subi des centaines », plaisantait Christopher Burge, le président de Christie’s, le 3 novembre, à l’issue de la vente d’art impressionniste et moderne qui a totalisé 128,2 millions de dollars (98,92 millions d’euros). « Nous sommes au milieu du cycle, mais sans surchauffe », a-t-il ajouté. Les résultats des deux ventes de la soirée et de celle du lendemain lui ont donné raison : le marché est solide, avec une bonne proportion de pièces vendues, et des prix qui en général ne dépassent pas les estimations.
Sotheby’s et Christie’s ont démenti que l’adjudication en mai du Garçon à la pipe de Picasso, au prix record de 104 millions de dollars, ait multiplié les ordres de vente, mais leurs catalogues n’ont jamais été aussi riches depuis 1990. Les estimations cumulées des deux ventes de la soirée allaient de 415,2 à 433,5 millions de dollars. « Il y a davantage de ventes volontaires, le marché des ventes publiques est très vigoureux », estime Christopher Burge. Le fait que ces ventes n’ont dégagé que 322,5 millions reflète moins une faiblesse supposée du marché que l’optimisme exagéré des vendeurs et la compétition acharnée des maisons de ventes.

SOTHEBY’S

Avec 194,3 millions, le bilan de la soirée Sotheby’s fut un triomphe, réalisant le résultat le plus élevé depuis sa vente new-yorkaise du 17 mai 1990, où le Portrait du docteur Gachet de Van Gogh partit à 82,5 millions, établissant le record inégalé de plus de 286 millions pour une soirée de vente. Néanmoins, selon Joe Nahmad, « Christie’s a mieux vendu, avec des lots de moindre qualité ». Derrière une satisfaction légitime, reste la question des garanties : Sotheby’s a réuni un bel ensemble d’œuvres mais a dû pour cela consentir à des garanties élevées. Les comptes de la société montrent qu’en septembre elle a accordé 95 millions de garanties pour les soirées de vente. Lors d’une conférence, Bill Ruprecht, président de Sotheby’s États-Unis, a révélé que le montant des garanties de la société avait été réduit à 42 millions après la vacation d’art moderne et impressionniste, laissant entendre qu’il s’était élevé à 88 millions pour cette seule vente. 65 millions auraient été accordés à la collection Diamond, qui n’a obtenu que 39,1 millions, après l’échec spectaculaire de deux de ses lots (lire plus loin). Néanmoins la collection Berman, elle aussi garantie, s’est fort bien vendue. « Ces résultats nous électrisent », a confié David Norman, coprésident du département, mettant en avant les six records et les trois adjudications de plus de 30 millions, et concluant : « Ce fut une grande soirée pour la sculpture. »

CHRISTIE’S

L’ambiance était terne chez Christie’s le 3 novembre. La maison avait vu Sotheby’s lui souffler quelques lots importants, et elle n’offrait que trois œuvres de premier plan : le superbe Parlement de Claude Monet, un Joan Miró éblouissant et un splendide Pablo Picasso tardif. Un Van Dongen criard, Femme fatale, a battu son propre record, enlevé à 5 943 500 dollars (4 669 993 euros, estimé 3,5 à 4,5 millions), son précédent record – datant de 1990 –, étant de 2,5 millions de dollars. Le collectionneur israélien Joseph Hackmey a acquis le Pont de Trinquetaille (1888), un Van Gogh superbe mais inachevé, pour 11 207 500 dollars (8 806 082 euros, estimation 12 à 18 millions), soit une perte de 4 millions pour le vendeur, le milliardaire londonien d’origine syrienne Wafic Said, qui l’avait acheté 15,4 millions en 1999. Said vendait aussi les Quatre saisons de Pissarro (1872), quatre tableaux qu’il avait achetés 6,2 millions de dollars en 1991 et qui ont juste atteint leur estimation basse, à 8,967 millions. Neuf des dix premiers lots de la vente sont revenus à des collectionneurs privés, dont cinq Américains.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°204 du 3 décembre 2004, avec le titre suivant : Monet dans les étoiles

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