Lundi 10 décembre 2018

Artcurial/Tajan

Monaco a sorti le grand jeu

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 8 septembre 2006 - 863 mots

14 millions d’euros de bijoux et œuvres d’art moderne et contemporain se sont vendus cet été sur le Rocher. De quoi attiser des convoitises.

 MONACO - Les deux équipes qui s’affrontaient cet été à Monaco dans une bataille d’enchères couvrant les mêmes spécialités se sont démenées pour capter les acheteurs internationaux. La joaillerie en était le véritable enjeu. Pour Artcurial autant que pour Tajan, la compétition s’est soldée par une éclatante victoire. Du côté d’Artcurial, il s’agissait d’une première après l’ouverture d’un bureau à Monte-Carlo en début d’année par son coprésident François Tajan. La réussite de sa vente de bijoux reposait sur deux bagues, l’une ornée d’un diamant rose de 7,98 carats, l’autre d’un diamant bleu de 3,36 carats. Elles étaient estimées solidement et respectivement 800 000 euros et 1,4 million d’euros. Mais les enchères se sont arrêtées pour la première à 700 000 euros, pour la seconde à 1 180 000 euros (prix marteau) au téléphone. Elles ont pu être validées le lendemain de la vente, le temps pour la maison de convaincre les vendeurs de baisser leur prix de réserve. Finalement, le particulier italien au bout du fil a emporté le diamant rose pour 813 900 euros (frais inclus). Le diamant bleu a été acquis par un professionnel européen pour 1 271 300 euros TTC. Notons une troisième belle enchère de 576 800 euros pour un collier en or jaune formé d’une rivière de diamants coupé d’un diamant jaune de 4,55 carats retenant un pendentif orné d’un diamant jaune de 28,43 carats. Avec un peu plus de 2 millions de résultats, la vacation d’art moderne et d’œuvres contemporaines dans un esprit très « école de Nice » a bien marché. La plus haute enchère revient à La Grande Aile (1959), un fer de de César acquis par un acheteur étranger pour 265 000 euros.

Hausse significative chez Tajan
Chez Tajan, la tension engendrée par l’arrivée d’un nouveau concurrent sur un terrain exploité depuis trente ans par la SVV a aussi porté ses fruits. La maison de ventes a réalisé le chiffre record de 7,8 millions d’euros pour l’ensemble de ses vacations monégasques alors que, les années précédentes, son produit tournait autour de 5 millions d’euros, pour une moyenne de 50 % de lots vendus. Cette saison, près de 70 % des bijoux ont trouvé preneur. Les lots phares en sont : la bague Gérard ornée d’un diamant de 15,17 carats adjugée 556 627 euros ; une bague en or gris sertie d’un diamant de 10,06 carats partie à 345 076 euros et le spectaculaire bracelet Cartier de 1939 en platine et or gris, diamants et grappes de perles de saphirs, envolé à 333 641 euros, plus du double de son estimation. Moins retentissante a été la vacation d’art moderne et contemporain, laquelle a engrangé 1,8 million d’euros, un chiffre néanmoins en augmentation par rapport à l’an dernier. 315 780 euros ont été obtenus pour une huile sur carton de Kees Van Dongen, Aïcha allongée. L’huile sur toile Bouquet de fleurs de Moïse Kisling s’est vendue 202 136 euros, le double de son estimation. La partie fut plus difficile pour l’art contemporain, qui rendait hommage à la sculpture. Estimée 800 000 euros à 1,2 million d’euros, l’œuvre monumentale en métal de 1966 de Calder n’a pas trouvé preneur. L’information selon laquelle elle comporterait des repeints avait circulé. Proposé dans la même fourchette d’estimation, Le Père Ubu (1974), une sculpture de 1,80 m de en résine peinte de Miró, n’a pas eu plus de succès. Fut également ravalée, Personnage et oiseau (1970), une pièce en bronze de Miró pour laquelle 650 000 euros étaient attendus. Les meilleures enchères se sont portées sur Woman I, (2005), un bronze de Wang Keping adjugé 93 528 euros, et une œuvre unique en bronze de Mimmo Paladino acquise pour 86 325 euros par le Nouveau Musée National de Monaco.
L’activité exceptionnelle de ce mois d’août à Monaco aura motivé les maisons de ventes et attiré l’attention des collectionneurs. François Tajan estime n’être « pas dépaysé du lieu » et avoir « trouvé son public ». « Soutenu par [s]on actionnaire local » (Michel Pastor), il envisage même d’y retourner avant l’été 2007. « Je pense offrir d’autres types d’objets à un autre moment de l’année. Avec deux séries de vacations par an, nous aurons une avance sur la concurrence. » Il est aussi possible que le chiffre d’affaires cumulé Artcurial-Tajan, d’un montant de 14 millions d’euros, fasse réagir d’autres opérateurs du marché, plus particulièrement Christie’s, qui possède depuis 1985 un bureau de représentation sur place. Un nouveau challenge pour le président de Christie’s Europe et directeur international du département des bijoux, François Curiel ?

Artcurial Vente des 31 juillet et 1er août - Expert : Thierry Stetten (bijoux), Violaine de La Brosse-Ferrand et Bruno Jaubert (art moderne), et Martin Guesnet (art contemporain) - Résultat : 6,3 millions d’euros - Lots vendus : 50 % - Lots vendus/ravalés : 305/303 Tajan Vente des 1er et 2 août - Expert : Chantal Beauvois (bijoux), Bruno Jansem (art moderne) et Julie Ralli (art contemporain) - Résultat : 7,8 millions d’euros - Lots vendus : 66 % - Lots vendus/ravalés : 573/293

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°242 du 8 septembre 2006, avec le titre suivant : Monaco a sorti le grand jeu

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