Mardi 18 décembre 2018

Les ventes aux enchères dans le monde, résultats et commentaires

Modernes trop connus

New York

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1994 - 884 mots

Les ventes Sotheby’s et Christie’s des 8 et 9 novembre, consacrées aux œuvres d’art impressionnistes et modernes, ont produit des résultats inégaux, mais chacune d’elles a illustré le fonctionnement d’un marché sain et sélectif, les résultats étant directement liés à la qualité et à la nouveauté des œuvres proposées.

NEW YORK - Avec quarante-six lots, la vente en soirée de Sotheby’s a proposé trop d’œuvres déjà vues sur le marché ou de médiocre qualité, d’où les 37 % de lots vendus, pour une valeur de 25,9 millions de dollars (142,45 millions de francs). 70 % des lots ont été vendus durant la vente en matinée, pour une valeur de 13,9 millions de dollars (76,45 millions de francs).

En revanche, Christie’s alignait six successions différentes et des œuvres nouvelles, ce qui explique les 77 % de ventes de la soirée pour un total de 37,5 millions de dollars (206 millions de francs), et le record des ventes en matinée : 84 % des lots, pour un total de 16 millions de dollars (88 millions de francs).
Les quelques toiles provenant de successions vendues par Sotheby’s ont attiré les enchères des marchands : Jan Krugier et les frères Nahmad se sont disputé Violon et journal de Juan Gris, estimé entre 700 000 et 900 000 dollars et finalement vendu à un troisième marchand américain à 1,3 million de dollars (7,1 millions de francs).

Des Picasso médiocres
Un marchand européen a enlevé pour 1,6 million de dollars (8,8 millions de francs) Meules, soleil voilé de Claude Monet, estimé entre 1 et 1,5 million de dollars. À côté des successions, on a vendu pour 900 000 dollars (4,9 millions de francs) un bronze d’Henry Moore, Reclining Woman : Elbow (estimé entre 600 et 800 000 dollars), acheté par le marchand new-yorkais Jeffrey Loria.

Les marchands Nahmad et Beyeler ont acheté chacun une, et Jan Krugier deux, toiles de la série de Tanguy intitulée Le prodigue ne revient jamais, à 140 et 150 000 dollars (770 000 et 825 000 francs), pour une estimation initiale de 175 000 à 225 000 dollars. Des acheteurs privés ont acquis le meilleur lot, un rare Portrait de Jeanne Hébuterne par Modigliani, estimé et vendu à 5,4 millions de dollars (29,7 millions de francs), ainsi que Femme dans la nuit par Joan Miró, vendu 2,75 millions de dollars (15,1 millions de francs). Échec, en revanche, pour Canal à Zaandam de Claude Monet, estimé 2,5 à 3,5 millions de dollars, bien connu du marché, et pour quelques médiocres Picasso tardifs.

Un Renoir surestimé
Christie’s, le lendemain soir, proposait de nombreux lots d’œuvres "nouvelles", longtemps restées dans les grandes collections d’Alice Tully et de Gertrude Bernoudy. Les œuvres appartenant à Mme Tully étaient "garanties" par la maison de ventes et, comme certains prix sont restés inférieurs aux estimations, d’aucuns pensent que Christie’s a dû faire une mauvaise affaire. Les Nymphéas de la collection Tully, estimés entre 4 et 6 millions de dollars, ont été vendus 3 millions de dollars seulement (16,5 millions de francs) à un collectionneur privé, sans doute parce qu’il s’agit d’un tondo et non d’un format habituel.

En revanche, La chambre d’écoute de Magritte, estimée entre 300 000 et 400 000 dollars, a été vendue sur enchère téléphonique à 850 000 dollars (4,6 millions de francs). Ernest Beyeler a acheté trois Klee de la collection Bernoudy, y compris une Diane à 1,4 million de dollars (7,7 millions de francs), estimée entre 1,2 et 1,6 million de dollars (6,6 à 8,8 millions de francs). Le meilleur lot des enchères – Danseuse ajustant son maillot (Le premier maillot) de Toulouse-Lautrec, appartenant à la succession du collectionneur Jacques Körfer – était estimé entre 1,4 et 1,8 million de dollars ; il a été adjugé 4,3 millions de dollars (23,29 millions de francs).

Ernest Beyeler a acheté une Danseuse de Degas, provenant d’une autre collection, pour 1,2 million de dollars (6,6 millions de francs) ; La Creuse, soleil couchant, par Monet, a été adjugée 1,2 million de dollars (6,6 millions de francs) à un collectionneur américain. Les acheteurs japonais ont acquis pour 1,3 million de dollars (7,1 millions de francs) Le grand vase de fleurs de Vlaminck, estimé entre 1,5 et 2 millions de dollars et Autour de Vence de Chagall, pour un prix inférieur à l’estimation de 1,2 million de dollars (6,6 millions de francs).

Composition de Picasso, dessin à la plume et au lavis de 1934, était proposé entre 300 000 et 400 000 dollars : l’œuvre a déchaîné un tourbillon d’enchères pour être finalement vendue 900 000 dollars (4,95 millions de francs). Le principal échec de la vente était prévisible : La Grenouillère de Renoir, estimée à 4 millions de dollars (22 millions de francs), a été jugée "surestimée" et "trop connue du marché".

1. Claude Monet, Meules, soleil voilé, huile sur toile, 64,8x81,9 cm, Sotheby’s New York, 8 novembre, Est. $ 1-1,5 million, vendu $ 1,6 million (8,8 millions de francs)

2. Henri de Toulouse-Lautrec, Danseuse ajustant son maillot (Le premier maillot), huile sur carton, 59x46,5 cm, Christie’s New York, 9 novembre, Est. $ 1,4-1,8 million, vendu $ 4,3 millions (23,3 millions de francs)

3. Juan Gris, Violon et journal, huile sur panneau, 92,1x60 cm, Sotheby’s New York, 8 novembre, Est. $ 700 000-900 000, vendu $ 1,3 million (7,1 millions de francs)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°9 du 1 décembre 1994, avec le titre suivant : Modernes trop connus

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