Mobilier : le temps retrouvé du succès

Le Journal des Arts

Le 17 mars 2000

Il y a bien longtemps qu’on n’avait vu en France une dispersion de mobilier comparable à celle de la collection Greffulhe par Me Binoche, le 6 mars. Les enchères ont atteint des records, dont six chaises estampillées Jacob qui ont triplé leur estimation.

PARIS - Amateurs et curieux, marchands français et étrangers étaient nombreux à Drouot pour assister à la vente “comtesse Greffulhe”, muse de Proust, et de son époux collectionneur (lire le JdA n° 98, 4 février). Mais si presque chacun des 120 lots a été l’occasion d’enchères nourries dans la salle, les plus belles pièces ont été enlevées par des anonymes qui donnaient leurs ordres par téléphone. La vacation a totalisé 14 millions de francs (15,5 millions frais compris), soit 92 % de produit vendu. La chaise estampillée Jacob et commandée par Marie-Antoinette pour son “cabinet de la méridienne” a établi un record mondial en s’envolant à 2,3 millions de francs, quadruplant ainsi son estimation. Toutefois, l’enchère était attendue pour un tel siège, exceptionnel par sa qualité et son état, et de provenance royale. Des pièces de ce type sont extrêmement rares sur le marché, et la Direction des Musées de France avait accordé in extremis le certificat d’exportation. Cette chaise aurait toutefois été acquise pour réintégrer le boudoir de Marie-Antoinette à Versailles, rejoignant ainsi deux fauteuils de la série commandée par la reine.

Les six sièges en bois doré commandés par le comte d’Artois pour le Pavillon de Bagatelle, portant également l’estampille de Jacob, ont en revanche créé la surprise : la suite, remarquable par la provenance et le modèle mais en mauvais état, s’est vendue 3,9 millions de francs, trois fois son estimation.

Le mobilier comme valeur sûre
Cette forte enchère témoigne de la bonne santé du mobilier du XVIIIe siècle, comme l’adjudication à 900 000 francs d’une très belle armoire simulant un secrétaire, estampillée Stumpff, dont la marqueterie de losanges et de cubes sur fond de sycomore a séduit de nombreux enchérisseurs. La paire de consoles d’angle en acajou moiré fabriquées par Richter est partie à 700 000 francs. Les pièces de second plan ont également obtenu de bons résultats, tel un guéridon en placage d’orme sur trois pieds colonne réunis par une entretoise évidée en trois parties, d’époque Empire, vendu à 100 000 francs. Du côté des tableaux, une jolie toile ovale d’Hubert Robert, Lavandières près d’un temple à colonnades, a triplé son estimation à 800 000 francs.

Pourtant, certains lots n’ont guère provoqué l’enthousiasme, notamment le large bureau plat en laque noir exécuté en 1880, de style Louis XV et attribué à Henri Dasson, pour lequel la salle est restée tout à fait muette et qui est parvenu difficilement à atteindre 600 000 francs, son estimation basse, grâce à un enchérisseur au téléphone. De même, le paravent à trois feuilles de la Savonnerie, au décor exotique exécuté d’après des cartons de Desportes, a été adjugé 750 000 francs, alors qu’on en espérait un million de francs. Quelques accidents qui n’empêchent pas le marché du mobilier français du XVIIIe siècle d’être en pleine forme et de demeurer une valeur sûre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°101 du 17 mars 2000, avec le titre suivant : Mobilier : le temps retrouvé du succès

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