Mercredi 12 décembre 2018

Entretien

Miron Dragou, antiquaire parisien, cofondateur et vice-président d’honneur de l’association « Quartier Drouot »

«”¯La clé du métier est la sensibilit锯»

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2007 - 629 mots

 Depuis quand êtes-vous installé dans le quartier Drouot ?
Je suis le doyen et à ce titre, on me considère comme la mémoire du quartier. J’ai repris en 1967 l’activité de mon beau-père, ouverte en 1926. C’était un chercheur et un découvreur de génie qui a été l’initiateur des premières ventes aux professionnels. Aujourd’hui, 90 % des antiquaires du quartier vendent au commerce. Mais les particuliers aiment aussi y chiner meubles et objets de qualité.

Quelle est votre spécialité ?
Les meubles néoclassiques, du Consulat et de l’Empire sont ma spécialité. Ils plaisent à la fois aux Intellectuels qui voient dans le XIXe un passage entre la rigueur classique du XVIIIe siècle et le siècle qui s’ouvre à la modernité, et aux nouveaux riches. Je pense surtout aux Russes. Leur penchant pour les œuvres de l’Empire dérive d’une arrière-pensée de conquête, d’appropriation et d’affirmation d’un pouvoir personnel.

Vous êtes l’un des fondateurs du « Quartier Drouot » qui fête ses 10 ans cette année (1). Comment cela a-t-il commencé ?
En 1997, dans un contexte de déréglementation du marché de l’art, nous étions une poignée d’antiquaires autour de l’hôtel Drouot à craindre l’arrivée des maisons de ventes anglo-saxonnes dans la capitale. Afin de dynamiser cet esprit commerçant autour de l’art, dans cette partie du 9e arrondissement, nous avons eu une idée simple et festive pour nous faire connaître et médiatiser. Le « Quartier Drouot », pôle de professionnels parisiens, est devenu une véritable entité. Dans un métier où tout le monde se jalouse, les « Trois jours » du « Quartier Drouot » ont créé une communion de solidarité instinctive qui, hélas, ne dure que trois jours. Avec le « Prix du Collectionneur », temps fort des « Trois jours », qui récompense chaque année un objet extraordinaire chez l’un d’entre nous, nous nous entourons d’un jury de personnalités connues qui sont de vrais amateurs d’art et nos meilleurs ambassadeurs.

Avez-vous déjà remporté ce prix ?
J’ai été primé en 2000 pour une paire de faucons de chasse en béton et carton mâché, réalisé pour un vernissage de la maison Christian Dior.

Quels objets présentez-vous cette année pendant les « Trois jours » du quartier Drouot ?
J’ai découvert un buste de Bacchus en marbre, travail sicilien du XIXe siècle. Je présente également une plaque italienne à décor floral en pierres dures. Elle date du début du XVIIe siècle. C’était à l’origine une table d’autel d’église qui a été transposée en panneau mural. Aujourd’hui, les décorateurs en font des tables basses !

Comment ce quartier se renouvelle-t-il ?
Il est dynamisé par l’arrivée de sang neuf, soit une dizaine de marchands cette année dont la galerie Numa, dirigée par deux très jeunes marchands spécialisés en tableaux et objets d’art des XVIIIe et XIXe siècles.

Si l’hôtel Drouot venait à perdre de son importance dans le marché de l’art, que pensez-vous qu’il adviendrait du quartier Drouot ?
L’existence de Drouot, en tant qu’hôtel des ventes et quartier de professionnels de l’art, est fortement ancré depuis deux siècles dans la tête des gens. Cela n’est pas prêt de disparaître, car il y aura toujours des fanatiques pour venir y trouver les dernières pépites, soit des objets dépassant parfois en subtilité celui qui les vend. Pendant les quatre ans de travaux où l’hôtel Drouot a déménagé à la gare d’Orsay (de 1976 à 1980), des amateurs, comme magnétisés par le lieu, ont continué de visiter les marchands restés dans le quartier.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune antiquaire qui débute ?
La clé du métier est la sensibilité et la qualité du regard posé sur l’objet. Aussi, je lui dirai de sonder les profondeurs de son âme afin de trouver les passions nécessaires à cet exercice. Et s’il n’y arrive pas, de changer de métier.

(1) Les « Trois jours » du Quartier Drouot, 1997/2007, 10 ans de passion, les 11, 12 et 13 octobre, soirée inaugurale le 11 octobre à partir de 18h, www.quartierdrouot.com, tél. 01 47 70 41 73.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°266 du 5 octobre 2007, avec le titre suivant : Miron Dragou, antiquaire parisien, cofondateur et vice-président d’honneur de l’association « Quartier Drouot »

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