Dimanche 22 septembre 2019

Nostalgie

Martial Raysse garde son calme

Samy Kinge accueille une sérigraphie de l’artiste présentée initialement à la galerie Iolas

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 23 avril 2014 - 544 mots

PARIS - Dans l’édition datée du jeudi 19 février 1970 du Village Voice (The Weekly Newspaper of New York), une pleine page (la 61e), presque vide, évoque simplement en son centre une ligne noire qui dessine le contour d’une tête, d’un cou, d’un début d’épaule.

Une forme tracée d’un seul trait, à main levée. Sans aucune indication de quelque ordre que ce soit. Énigmatique. À la page 15 du même journal, on peut cependant lire sur un petit encadré publicitaire : « Martial Raysse, through March 7, Iolas Gallery 15, East 55 N.Y.C. » Cette forme créée par l’artiste deux ans auparavant, en 1968, a un titre : « L’originalité d’une forme se mesure à sa propension à s’exercer sur tout état ». Et Martial Raysse (né en 1936, lire son portrait p. 35) va le prouver. Tout d’abord dans l’exposition précitée, où on retrouve la tête répétée de différentes façons, sur différents supports, et notamment en feuille de plastique bleu fissurée, présentée dans une boîte de plexiglas ou en carton découpé.

Transposition de l’installation de 1972
Puis deux ans plus tard, en 1972, toujours à la galerie Iolas mais à Paris cette fois, 196 boulevard Saint-Germain. Là, Raysse utilise sa forme comme point de départ et comme matrice à une magnifique déclinaison, objet d’un portfolio titré Six images calmes, édité à 80 exemplaires et composé de six photos imprimées sur papier cartonné. La première reprend la forme initiale projetée sur un nuage qui, par analogie visuelle donne une étoile, pour la seconde. L’étoile simplifiée va donner une croix, puis la croix tournée devient X qui, par la magie d’un pubis féminin recouvert de fleurs, se transforme en Y qui au final se termine en Z, suivi d’un amusant « à suivre ».

À l’époque Samy Kinge travaillait chez Iolas, d’abord à New York dès 1968, puis à Paris jusqu’en 1976 avant d’ouvrir sa propre galerie en 1979. Celle-là même où, pour rendre hommage et faire un clin d’œil à l’artiste avant sa rétrospective au Centre Pompidou (du 14 mai au 22 septembre), il expose actuellement un exemplaire de cette édition. Dans les conditions même de la première présentation, c’est-à-dire avec un accompagnement musical (Pig music composé par Raysse lui-même) et la guirlande de guinguette d’origine. L’ensemble est en outre complété des deux têtes évoquées précédemment ainsi que d’œuvres plus anciennes comme ces deux tableaux (de 1966) très pop, qui représentent chacun un fragment d’un visage. On découvre également une peinture sur papier de 1958, ainsi qu’un texte encadré, sorte de manifeste, qui démarre par cette phrase visionnaire de Raysse en 1963 : « Les Prisunic sont les musées de l’art moderne ». Le tout offre une belle page d’histoire avec cette magnifique fraîcheur qui caractérise les œuvres de l’artiste.

Compte tenu de l’aspect très varié des pièces, les prix le sont aussi qui vont de 14 000 euros pour la petite peinture sur papier Le vent de mer à 32 000 euros pour l’installation complète des Six images calmes et à 140 000 euros pour le diptyque du visage. Une somme importante, mais il s’agit quand même de Martial Raysse...

Raysse

Nombre d’œuvres : 7 œuvres le portfolio de 6 planches, la musique et la guirlande.
Prix : entre 14 000 et 140 000 €

Martial Raysse, Six images calmes

Jusqu’au 10 mai, Galerie Samy Kinge, 54, rue de Verneuil, 75007 Paris, tél. 01 42 61 19 17, mardi-samedi 14h30-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°412 du 25 avril 2014, avec le titre suivant : Martial Raysse garde son calme

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