Dimanche 15 septembre 2019

Art déco

Marcilhac double son estimation

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2014 - 811 mots

La dispersion de la collection privée du marchand Félix Marcilhac chez Sotheby’s a rapporté 24,7 millions d’euros. Un résultat qui conforte le marché de l’Art déco et couronne Jean-Michel Frank.

PARIS - Les 11 et 12 mars, Sotheby’s, en association avec Artcurial, dispersait 313 lots de la collection privée de Félix Marcilhac, marchand et historien de l’art. Ce grand promoteur de l’Art déco s’est attaché à mettre en lumière des artistes majeurs du XXe siècle, parmi lesquels Jean Dunand ou le sculpteur Joseph Csaky, tout en publiant de nombreux ouvrages de référence, ainsi sur André Groult ou René Lalique.

En trois sessions, la vente a récolté 24,7 millions d’euros frais inclus, soit plus du double de son estimation haute fixée à 11,7 millions d’euros (1). Certes, ce succès était attendu, tous les ingrédients ayant été réunis : la qualité et la fraîcheur des objets ; des estimations raisonnables acceptées par un Félix Marcilhac qui a joué le jeu ; un effet collection, par le regard d’une personne qui agit comme une caution ; et enfin, la personnalité très forte du collectionneur, ajoutant un supplément d’âme.

Batailles pour Jean-Michel Frank
Ce qui l’était moins, c’est le faible taux d’invendus, lequel s’élève à moins de 5 %. Lors de la vente du soir du 11 mars, la salle était comble et les marchands, bien présents, étaient venus soutenir leur marché. Mieux, la salle était très dynamique, tout comme la vingtaine de téléphones, et certains lots ont été fermement disputés. Aussi, plusieurs prix ont littéralement flambé, à l’instar d’une pièce unique, un cabinet en gypse (vers 1935), de Jean-Michel Frank, grand gagnant de la vacation. Estimé 400 000 (hors frais) à 600 000 euros, il s’est envolé à 3,7 millions d’euros hors frais, un record mondial pour l’artiste, selon Sotheby’s. Cheska Vallois, galeriste à Paris, a monté les enchères jusqu’à 1,7 million d’euros hors frais : « Je le désirais vraiment mais au-delà de 2 millions d’euros, c’était trop cher. C’était une bataille entre deux collectionneurs. En tant que marchande, je n’ai pas le même comportement ni le même pouvoir d’achat », confie-t-elle. Coup de théâtre avec l’entrée en jeu à 1,8 million d’euros d’un mystérieux acheteur au téléphone, qui finira par emporter le lot.

Cheska Vallois a également jeté son dévolu sur une paire de fauteuils gainés de galuchat, vers 1928, de Jean-Michel Frank (est. 250 000 à 300 000 euros hors frais), avant d’y renoncer à 600 000 euros. C’est finalement le collectionneur grec Dimitri Mavrommatis qui a remporté la mise, à 745 500 euros frais compris. Autre déception pour le fauteuil Nautile (1913), de Paul Iribe, vendu 650 000 euros (hors frais), « trop cher » pour la galeriste. « Il faut penser aux 25 % de frais qui s’ajoutent au  prix final », poursuit-elle.

Mais Cheska Vallois peut se consoler, elle a obtenu deux chefs-d’œuvre de la vente, un guéridon circulaire gainé de galuchat (1925) d’André Groult, pour 270 000 euros hors frais (est. 100 000 à 120 000 euros) et une console en métal de Pierre Legrain, vers 1924, de même estimation, adjugée 445 500 euros hors frais : « Je pensais payer plus cher cette pièce unique et j’avais d’ailleurs prévu de monter plus haut ! »

Les tableaux orientalistes, la verrerie et la sculpture ont aussi séduit, à l’exemple de Tête, un bronze de 1928 de Gustave Miklos, qui a été adjugé 675 000 euros prix marteau.

En revanche, si 88 % des lots ont dépassé leur estimation haute, certains de façon inattendue au regard de leur qualité intermédiaire – comme le mobilier de salon (1985) d’après Boris Lacroix vendu plus de cinq fois son estimation haute (42 000 au marteau) –, il y a eu quelques déceptions. C’est le cas pour le lot reproduit en couverture du catalogue, la commode en laque de Jean Dunand et Jean Goulden, annoncée comme un des lots phares ; le meuble n’a pas dépassé son estimation basse fixée à 300 000 euros (adjugé  280 000 prix marteau), sans doute à cause d’une laque trop restaurée. Le bureau de pente, toujours des mêmes designers, a subi un sort identique. Parmi les invendus les plus remarqués, figurent une armoire de Jean-Michel Frank (est. 120 000 à 150 000 euros hors frais), un bureau en zinc de Michel Dufet (200 000 à 25 000 euros hors frais) ou bien une sculpture de Miklos et Jean Dunand (300 000 à 350 000 euros hors frais).

Félix Marcilhac qui assistait à la vente en coulisse s’est dit « content car ce succès valide ses choix. C’est une reconnaissance de son goût », rapporte Cécile Verdier, directrice du département arts décoratifs.

Félix Marcilhac

Estimation : 8,2 à 11,70 M€
Résultat : 24,70 M€ (hors frais)
Nombre de lots vendus : 298/313
Taux de vente : 95,2 %
(1) Tous les prix sont indiqués frais compris sauf indication contraire

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°410 du 28 mars 2014, avec le titre suivant : Marcilhac double son estimation

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