Dimanche 21 octobre 2018

SVV Tajan

Magiques majoliques

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 25 octobre 2007 - 665 mots

La prestigieuse collection Jean Thuile de céramique et d’orfèvrerie anciennes apparaît sur le marché.

PARIS - La collection Jean Thuile, conservée par la famille depuis le décès du collectionneur en 1970 et dispersée par la maison Tajan, à Paris, le 24 octobre, s’annonce comme un événement, dans le cercle tant des amateurs de céramiques du XVIe au XVIIIe siècle que des collectionneurs de pièces d’orfèvrerie ancienne. « Des ventes de cette qualité n’ont lieu que deux à trois fois tous les dix ans, remarque l’expert en céramique Georges Lefebvre. La collection Thuile est très intéressante car elle a été rassemblée par un historien de l’art qui a notamment œuvré à la mise en valeur de la majolique française. Elle est à rapprocher de celle du docteur Chavaillon que j’ai vendue les 10-11 novembre 2002 à Châtellerault [Vienne], en collaboration avec la SVV Sabourin, pour 2 millions d’euros, le double de l’estimation. » Les faïences françaises primitives de Nîmes, Lyon, Montpellier et surtout de Rouen par Masséot Abaquesne, la seule manufacture française de majoliques capable de rivaliser avec les fleurons de la création italienne, forment l’un des temps forts de la vente. Les pièces phares réalisées par Abaquesne sont trois albarelli, estimés 12 000 euros pièce, et un très rare plat rond à décor polychrome figurant l’empereur romain Vitellius, daté vers 1540-1545, estimé  20 000 euros. Pour mémoire, une gourde d’Abaquesne de la collection Chavaillon, tout aussi rare, était partie chez un collectionneur américain pour 130 000 euros, trois fois son estimation haute, en 2002 à Châtellerault.
Les faïences du Midi, qui constituent l’autre domaine de recherches de Jean Thuile, sont bien sûr présentes en force dans cette vente. « L’ensemble de Moustiers est merveilleux, avant tout pour la période de Clérissy en camaïeu bleu, avec des plats et assiettes dans le style Bérain. Le coffret de mariage aux armes des Carméjane de Pierredon, pièce unique d’une rare beauté, a tout pour plaire. C’est le plus beau coffret connu », insiste l’expert. Datant du premier tiers du XVIIIe, estimé 15 000 à 20 000 euros, il est décoré sur son couvercle d’une scène allégorique sur le thème de l’Hiver. Notons une exceptionnelle paire d’aiguières couvertes, traitées dans un esprit « rocaille », en faïence de Montpellier (première moitié du XVIIIe siècle), par la manufacture royale de Jacques Ollivier. Provenant du château de Marsillargues (Hérault), elle est estimée 12 000 euros. Relevons aussi une extraordinaire fontaine au décor du « triomphe de Vénus » et son bassin du XVIIIe siècle, de l’atelier de Pierre Mongis à Lyon, issue de la collection Cazalis de Fondouce, estimée 10 000 euros.

Rarissime coupe de libation
La partie orfèvrerie de la vente (60 pièces) apparaît aussi riche. En vedette, une rarissime coupe de libation du XVIIe siècle en argent, par Abraham Fayet, orfèvre à Montpellier, semble procurer une réelle extase chez les amateurs. Estimée 45 000 euros, elle est ornée en son centre d’une figure de Bacchus souriant à califourchon sur son tonneau, motif travaillé en repoussé et repris en ciselure. Signalons encore une paire de bougeoirs parisiens en argent réalisée par Claude Dargent en 1732-1733, finement décorée d’oves et d’entrelacs sur fond amati rehaussés de masques et de coquilles, estimée 30 000 euros, et un original hochet en vermeil à dix grelots, estimé 6 000 euros. « Il fut le chef-d’œuvre du maître orfèvre Marc David Pascal Bazille lors de sa réception à la maîtrise le 6 juillet 1782. D’une grande finesse, il témoigne de l’extrême diversité de la production d’orfèvrerie française en province au XVIIIe siècle », souligne l’expert Arnould de Charrette.
La collection Thuile n’est pas venue chez Tajan par hasard. Les vendeurs avaient confié l’an passé à la maison de ventes deux pose-pinceaux en porcelaine blanc-bleu d’époque Wanli (1573-1619). Estimées 4 000 euros chacune, les deux pièces chinoises ont été adjugées 27 130 et 38 230 euros à un acheteur de Hongkong. Impressionnée par l’audience internationale de la maison Tajan, la famille de Jean Thuile n’a pas hésité à lui confier cette collection.

CÉRAMIQUE ET ORFÈVRERIE, COLLECTION DE M. JEAN THUILE

Vente le 24 octobre à l’hôtel Drouot, 9, rue Drouot, 75009 Paris, SVV Tajan, tel. 01 53 30 30 30 ; expositions publiques : le 23 octobre 11h-18h et le 24 octobre 11h-12h, www.tajan.com

COLLECTION JEAN THUILE

- Experts : Georges Lefebvre (céramique) et Arnould de Charette (orfèvrerie) - Estimation : 700 000 euros - Nombre de lots : 211

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°267 du 19 octobre 2007, avec le titre suivant : Magiques majoliques

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