Samedi 15 décembre 2018

Tefaf

Maastricht sous la neige

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 18 mars 2005 - 731 mots

La foire de Maastricht, qui s’est déroulée du 4 au 13 mars, maintient un bon niveau
de qualité, mais les chefs-d’œuvre se font rare.

 MAASTRICHT - Belle, indéniablement, mais très sage. Telle était l’allure de la dernière édition de Tefaf (International Fine Art and Antiques Fair) à Maastricht. Après la guerre en Irak en 2003, l’attentat de Madrid en 2004, c’était au tour de la météorologie de jouer les trouble-fêtes. La fermeture de l’aéroport d’Amsterdam et une neige continue ont réduit le nombre des visiteurs lors du vernissage, de l’ordre de 7 323 contre 8 281 l’an dernier. « Venir à Maastricht est un véritable effort pour tout le monde. Ceux qui viennent sont au moins vraiment déterminés », observait placidement le marchand Konrad Bernheimer (Munich).
Point d’orgue habituel de la foire, la section des tableaux anciens est restée solide avec le Pérugin des Sarti (Paris), retiré des cimaises après l’option mise par un client français ; le vieil homme barbu assez commercial de Jan Lievens acheté pour 1,8 million de livres sterling (2,6 millions d’euros) en juillet 2004 chez Sotheby’s et revendu pour 2,85 millions de livres (4,2 millions d’euros) par Johnny Van Haeften (Londres) à un privé, ou encore la Présentation au Temple de Bernard van Orley (2,5 millions d’euros) issue d’une collection milanaise sur le stand de Cesare Lamproti (Rome). La raréfaction aidant, on pointait les inévitables redites comme le Portrait de la maréchale de Lannes par le baron Gérard cédé chez Sotheby’s pour 2,2 millions de dollars (1,6 million d’euros)en janvier et proposé par Åmell (Londres, Stockholm) pour 3,8 millions de dollars. La palme de la culbute revient à Salander O’Reilly (New York). Leur stand, au demeurant de grande qualité, mettait en exergue Pirate I de Gorky, acquis pour 1,9 million d’euros dans la vente Julien Levy chez Tajan en octobre 2004, et présenté pour… 15 millions de dollars ! « C’était très sous-estimé, défend Erin Fitzpatrick, de la galerie. Si un tableau expressionniste abstrait venait sur le marché, il ferait 20 à 30 millions de dollars ! » Cette enseigne s’était déjà fait remarquer en 2003 avec une terre cuite du Bernin achetée pour 2,09 millions de livres (3 millions d’euros) chez Sotheby’s et affichée pour 15 millions de dollars à Tefaf. L’apanage des grands marchands dit-on !

Merveilles chez Acquavella
La section moderne et contemporaine que la foire cherche à promouvoir n’avait pas encore les allures d’un mini-Bâle, loin s’en faut. Il y avait matière à fulminer chez Daniel Blau (Munich) devant les rouleaux d’impressions pour sérigraphies, présentés sous Plexiglas et proposés comme des sculptures d’Andy Warhol (entre 150 000 et 240 000 euros), avec de surcroît la bénédiction de la Fondation Warhol qu’on imagine bien exsangue pour s’adonner à de telles dérives. En revanche, le regard s’arrêtait chez Marlborough (Londres) sur un très beau Clyfford Still de 1965 (3 millions de dollars). Le Paysage à l’Estaque d’André Derain (1906), issu d’une collection danoise (5 millions de dollars), valait aussi le détour chez Stoppenbach & Delestre (Londres). Espérant convaincre un particulier, la galerie a résisté aux offres de plusieurs marchands aguichés par cette œuvre inédite sur le marché. Malgré un accrochage sans cohérence, le stand d’Acquavella (New York) regorgeait de merveilles comme un petit portrait de Chagall de 1914 (1,5 million de dollars), réjouissante alternative aux sempiternels bouquets de fleurs, un acrobate de Picasso de 1930 (3,5 millions de dollars) ou une grande composition de Lucian Freud (5,2 millions de dollars), réservée par deux musées européens. En milieu de course, le directeur de la galerie, Michael Findlay, se targuait de ventes sans fournir plus de détails.
Nonobstant le sourire épanoui des piliers de la foire et le bréviaire habituel des ventes de Noortman (Maastricht), le climat général n’était pas au cash and carry. La plupart des marchands affirmaient avoir travaillé, mais sans euphorie. « Beaucoup de gens parlent de contacts, mais ça ne veut rien dire. Le vrai nouveau contact, c’est celui qui achète pour la première fois une pièce », remarquait Emmanuel Moatti (Paris), ajoutant que « les marchands attitrés d’une clientèle locale [avaient] bien travaillé, mais [que] c’était plus dur pour les autres ». Certains avouaient d’ailleurs négocier leurs chefs- d’œuvre en dehors des foires. À se demander pourquoi la vitrine des salons est à ce point nécessaire pour les grands marchands quand le gros du gibier continue à circuler à l’abri des regards.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°211 du 18 mars 2005, avec le titre suivant : Maastricht sous la neige

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