Vendredi 28 février 2020

Maastricht 1996, un millésime prometteur

Le même nombre d’exposants, mais un renouveau

Le Journal des Arts

Le 1 mars 1996 - 992 mots

Rendez-vous incontournable des collectionneurs, en particulier ceux de l’Europe du Nord et des États-Unis, TEFAF (The European Fine Art Fair de Maastricht) renforce cette année sa section art moderne et accueille trois nouveaux spécialistes d’art primitif. Celle consacrée aux textiles, en revanche, est réduite à sa plus simple expression.

PARIS - Avec 160 exposants annoncés – le même nombre qu’en 1995 –, le salon de Maastricht, organisé du 9 au 17 mars dans le vaste et très austère MECC (Maastricht Exhibition and Congress Centre), reste fidèle à la résolution prise voici quelques années par ses organisateurs de ne plus s’agrandir. Il y a tout de même un renouveau, grâce à la vingtaine d’exposants qui viennent pour la première fois et remplacent ceux qui ont choisi de ne plus y participer, ou dont l’invitation n’a pas été renouvelée.

Dominée par les Hollandais et les Britanniques avec, respectivement, dix-huit et dix-sept exposants, la section objets d’art compte en tout soixante-dix stands et constitue, comme d’habitude, l’épine dorsale du Salon.
 
Le "grand style" français dans le mobilier et l’objet d’art est à nouveau représenté par les antiquaires parisiens Jacques et Patrick Perrin et Yves Mikaeloff qui, en 1995 (avec Michel Meyer, décédé l’été dernier), avaient apporté leur soutien aux trop rares spécialistes dans ce domaine, tels que Partridge Fine Arts de Londres et Adriano Ribolzi de Monaco, des habitués de Maastricht.

Les tissus coptes de la galerie Chevalier
Édouard et Gilles Bresset, spécialistes de la Haute Époque, quai Voltaire à Paris, sont à Maastricht pour la première fois avec un choix de sculptures, d’objets d’art et de mobilier. Ils exposent notamment des cuivres émaillés de Limoges, de l’atelier de Pierre Reymond, vers 1540, ainsi qu’une statuette rhénane du XVe siècle, le Christ porté par les anges, une iconographie typique de la spiritualité de cette région, et une Vierge assise, en chêne, normande, du XVe siècle.
 
"Ce salon représente pour nous une ouverture vers le marché de l’Europe du Nord, et vers des collectionneurs dans notre spécialité qui ne passent pas souvent par Paris et ne visitent pas la Biennale", commente Gilles Bresset.
 
Dominique, Pierre et Nicole Chevalier, de la galerie Chevalier, spécialistes en tapisseries, eux aussi quai Voltaire, viennent également pour la première fois à Maastricht. Ils exposent des millefleurs, vers 1500, des tapisseries flamandes et françaises du XVIe au XVIIIe siècle, ainsi que des tissus coptes du IIIe au IXe siècle.

Alexandre et Nicolas Kugel, de Paris, proposent un exubérant lustre en argent doré de Pierre Philippe Thomire, vers 1820, tandis que la galerie Neuse Kunsthandel, de Brême, grande spécialiste de l’orfèvrerie allemande, reconstitue une véritable kunstkammer, qui comprend, entre autres, une coupe Nautilus réalisée par Jacob de Grebber, à Amsterdam, en 1607. Philippe Denys, de Bruxelles, spécialiste de l’Art déco européen, et Blumka Gallery, de New York, deux nouveaux venus, montrent, respectivement, une soupière de Georg Jensen et Johan Rohde, 1921, un chef-d’œuvre d’argenterie, et une Vierge en bois polychromé et doré de Bohème, vers 1410.

Spécialistes d’art précolombien
Sandra Hindman, de la galerie parisienne Les Enluminures, participe au salon pour la première fois dans la section "Manuscrits et cartes", avec, entre autres, un livre d’heures français agrémenté de 88 enluminures, Les heures de Bonhet, Tours, vers 1480 (95 000 dollars), et une enluminure représentant saint Augustin, qui provient d’un antiphonaire (livre de chants pour chœur), par Belbello de Pavi, Venise, 1440 (45 000 dollars).
 
L’art primitif se renforce cette année avec l’arrivée de la galerie bruxelloise Art premier, et de deux spécialistes en objets précolombiens, la galerie Mermoz, de Paris, et Lin et Émile Deletaille, également de Bruxelles, absents depuis dix ans. La galerie parisienne expose, entre autres, deux pièces en terre cuite Zapotèque (450–750 de notre ère), l’une représentant un prêtre coiffé du dieu chauve-souris (400 000 francs), l’autre un dieu de la pluie (1,2 million de francs).

L’énorme réserve de peinture nordique
Ces deux galeries se trouvent, curieusement, à côté d’Yves Mikaeloff dans la section des textiles, qui ne compte que trois autres exposants – Francesca Galloway, de Londres, Franz Bausback, de Mannheim et Bernard Blondeel, d’Anvers, spécialiste en tapisseries et en archéologie. Hormis ce dernier, les membres du groupe Textura, fondé en 1989 et pilier de cette section du Salon, sont tous absents : Eskenazi, qui a préféré exposer à la Asian Art Fair de New York, Battilossi, Sailer, Kailash, dont le propriétaire, Patrick Ampe, est décédé l’année dernière, et Eberhard Hermann, qui a cessé temporairement son activité. "Nous avons préféré attendre un an avant d’exposer à nouveau à Maastricht", explique Ingrid Sailer, de la galerie Sailer à Salzbourg. "Il est devenu extrêmement difficile de trouver assez de pièces de qualité pour un salon aussi important".

Renforcée depuis quelques années par l’arrivée de marchands internationaux de l’envergure de Marlborough et de Wad­dington Galleries, la section "Art du XXe siècle", autrefois le maillon faible du salon, se trouve ragaillardie avec la participation de Jan Krugier, de Genève, de Leonard Hutton, de New York, et de la galerie Gmurzynska, de Cologne, qui expose des œuvres de Kurt Schwitters et Kandinsky.

La section des tableaux et dessins anciens, particulièrement riche en peinture nordique, comprend cette année cinquante exposants. Huguette Berès (présente l’année dernière dans "l’Art du XXe siècle") y montre des œuvres d’Henri Laurens et de Picasso, tandis que Jean-François Heim, enthousiasmé par son succès de l’an dernier, présente Vue de la vallée de Narni, vers 1801, de Pierre-Athanase Chauvin. Bob Haboldt expose à Maastricht une huile sur cuivre de Frans Hals, Portrait de Samuel Ampzing, et Le Concert : Un jeune guitariste et un vieil homme jouant du flageolet, une huile sur toile par Mathieu, le cadet des trois frères Le Nain. Emmanuel Moatti, de Paris, expose Sarah apportant Agar à Abraham, de Willem Van Mieris le Vieux, tandis que Otto Naumann, de New York, pour sa première participation à Maastricht, demande autour de 24 millions de francs pour le Portrait d’un jeune homme, une huile sur panneau de Rembrandt.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°23 du 1 mars 1996, avec le titre suivant : Maastricht 1996, un millésime prometteur

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