Lord Poltimore - eAuctionRoom vise le marché français

La start-up espère être rentable en juin selon son directeur général Lord Poltimore

Le Journal des Arts

Le 3 novembre 2000

Lord Poltimore vient de quitter Christie’s, où il s’est occupé pendant vingt-trois ans de peinture du XIXe siècle avant de devenir président de Christie’s Australie et vice-président de Christie’s Europe. Il a été nommé directeur général d’eAuctionRoom.com, une plate-forme technologique chargée de diffuser en temps réel des vacations se déroulant dans des hôtels des ventes. Une quarantaine de maisons de vente françaises bénéficient déjà de ces prestations qui devraient leur permettre de gagner des clients en Europe et aux États-Unis.

En quoi eAuctionRoom se différencie-t-il de ses concurrents ?
eAuctionRoom retransmet les vacations qui se déroulent dans des hôtels de ventes et prélève une commission de 5 000 à 10 000 livres par vente à laquelle s’ajoute un pourcentage de 2 % imputable sur chaque lot vendu grâce à une enchère passée sur l’Internet. Nous nous chargeons également de la traduction du catalogue et de sa mise en ligne. Les utilisateurs peuvent aussi consulter une vidéo montrant l’expert présenter sa vente. Cette dernière, entièrement retransmise sur l’écran de l’ordinateur, permet de suivre minute après minute le commissaire-priseur porter les enchères avec la possibilité pour quiconque de zoomer sur chacune des pièces et d’enchérir à tout moment.

Quel marché visez-vous ?
Nous visons le marché européen, en particulier la France, et œuvrons pour que les maisons de ventes françaises soient plus accessibles aux marchés britannique et américain. Il ne s’agit pas seulement de traduire et de diffuser leurs catalogues, mais aussi d’imposer certaines normes. Nous nous assurons que les œuvres répondent à certains critères de qualité et pouvons prendre en charge le transport. Les clients savent qu’ils enchérissent pour une pièce authentique, qu’ils ne se font pas abuser sur le prix et que tout ce qui est dit dans le catalogue est vrai. Nous ne signerions jamais d’accord avec des maisons de ventes qui ne répondraient pas à ces critères.

Pour l’instant, quelles sont les maisons de ventes avec lesquelles vous avez signé un accord ?
Nous avons, à ce jour, signé avec quarante maisons de ventes françaises, et trente autres sur le continent européen. Tajan nous a rejoints il y a quelques semaines à peine et nous travaillons déjà avec d’autres grandes maisons telles Gros et Delettrez. Nous n’avons aucun accord avec des maisons situées aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Nous avons pourtant contacté les quatre plus grandes maisons de vente, mais pour le moment, elles préfèrent mettre au point, toutes seules, leur commerce sur Internet. Mais nous essayons de trouver un moyen afin de leur louer une technologie dont elles pourront se servir pour développer leurs projets.

Qui a monté l’entreprise et d’où viennent les financements ?
L’idée est celle de Frédéric Thut, marchand français – que je connais depuis quinze ans – spécialisé en peinture du XIXe siècle. Il m’a contacté et j’ai senti que je devais me lancer dans l’aventure. Il m’a convaincu qu’il s’agissait du commerce du futur et que si ça marchait, je pourrais gagner un petit paquet d’argent puisque j’ai des parts dans l’entreprise. Nous avons l’appui de deux grands investisseurs : la société financière Edmond de Rothschild et France Télécom. Les premiers investissements se chiffraient à 3-4 millions de dollars. Ils viennent d’investir 15 millions de dollars supplémentaires dans notre société.

Quels sont, pour l’instant, les résultats de votre site Web ?
Nous avons proposé à la vente sur le site 23 000 lots et avons enregistré 1 000 enchères, même si, pour l’instant, nous n’avons retransmis qu’une centaine de ventes auxquelles 3 000 personnes ont participé, dont 65 % d’Européens et 35 % d’Américains. On note chaque jour entre 7 000 et 15 000 connexions. Nous voudrions, à terme, enregistrer 100 000 visiteurs réguliers sur notre site. D’un point de vue technologique, nous pouvons accepter 14 000 participants sur la même enchère et retransmettre neuf ventes par jour.

Pour les maisons de vente, vous êtes donc un outil promotionnel mais aussi un accès aux enchères ? Je pense que l’on peut dire ça. Tous les responsables des maisons de vente pensent qu’ils doivent être à la pointe des dernières technologies. L’ouverture du marché français est une occasion en or. Les maisons de vente nous considèrent comme des relais avec lesquels il faut compter. Nous leur donnons une identité collective et assurons leur promotion auprès d’un public international avec professionnalisme et efficacité. Pour résumer, nous allons permettre aux Britanniques et aux Américains d’être plus présents dans les ventes européennes.

En tant que start-up, quels sont les plus gros problèmes auxquels vous devez faire face ?
La technologie est très au point. Les difficultés d’accès sont toutes liées aux installations téléphoniques des particuliers. Autre problème : une grande partie du public ne maîtrise pas Internet. Si on est débutant, c’est un site assez difficile à utiliser au départ, mais nous proposons un service d’aide en ligne et les personnes qui participent à leur première vente sont suivies par téléphone pendant toute la durée de la vacation. Nos deux principaux objectifs sont d’augmenter la vitesse d’exécution du site et de développer un site interactif avec des chaînes de télévision. Quarante sociétés nous paient déjà des redevances et nous espérons que notre site sera rentable dès le mois de juin prochain, ce qui serait plutôt une performance pour une toute nouvelle société sur Internet.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°114 du 3 novembre 2000, avec le titre suivant : Lord Poltimore - eAuctionRoom vise le marché français

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