Foire

Vidéo

Loop, c’était la 13e séance

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 16 juin 2015 - 750 mots

Pour son édition 2015, la foire barcelonaise dédiée à l’art vidéo a projeté plus de 12h de film et accueilli des participants du monde entier, témoignant ainsi de toute sa pertinence.

BARCELONE - Ceux qui douteraient encore des possibilités offertes par la vidéo comme médium de choix en art contemporain ou de son adaptation au système des foires devraient se rendre à Barcelone. Chaque année, la ville accueille, depuis treize ans et pendant trois jours, Loop, la désormais reconnue foire d’art vidéo (complétée par un festival consacré au même médium).
À la différence de la quasi-totalité des foires, dont le comité de sélection est composé essentiellement de galeristes, celui de Loop rassemble des collectionneurs passionnés, au premier rang desquels les Français Isabelle et Jean-Conrad Lemaître, assistés de leurs compatriotes Josée et Marc Gensollen, mais aussi de Haro Cumbusyan (d’origine turque, mais vivant entre la Suisse et les États-Unis) et de la Néerlandaise Renée Drake. Ce comité s’investit dans son rôle avec une curiosité de circonstance. Nouveauté introduite en 2015, une petite section composée de trois galeries présente des œuvres axées (parfois exclusivement) sur le son plus que sur l’image. De cet ensemble se démarque le travail très conceptuel d’Iñaki Bonillas présenté par la galerie barcelonaise ProjecteSD.

Forte participation internationale
La foire accueille 45 galeries, 45 œuvres, dont 60 % ont été produites en 2015 et quinze sont montrées pour la première fois au public, ce qui représente un total de 12 heures et 10 minutes de vidéos. La répartition des galeries par pays de provenance apparaît davantage équilibrée qu’en 2014. En 2015, on compte toujours une forte présence française, mais ramenée à onze galeries, suivie par l’Espagne (huit galeries), les Pays-Bas (six), le reste des effectifs apparaissant plus diversifié : trois galeries allemandes, britanniques et suisses, deux galeries américaines, israéliennes et chinoises, et une seule galerie venue du Portugal, du Chili, d’Afrique du Sud, d’Inde et de Taïwan. Si l’on met de côté la surreprésentation des galeries du pays d’accueil et des organisateurs, Loop offre un beau panorama de la création internationale. Pas moins de dix-sept galeries participent à Loop pour la première fois, la galerie Marlborough, représentée l’an dernier via son antenne de Londres, est de retour, en 2015, avec désormais ses trois galeries, de Londres de nouveau, mais aussi de New York, ainsi que celle nouvellement ouverte à Barcelone. Ce simple cas constitue un signe fort de l’intérêt trouvé par les galeries dans la manifestation.

Convivialité et prix accessibles
S’agissant d’une foire, on mentionnera ici deux types de prix. 3 900 euros pour les « stands » : des chambres d’un agréable hôtel du centre de Barcelone transformées en autant de salles d’exposition, où n’est exposée qu’une seule œuvre par galerie et l’on peut confortablement s’asseoir sur les fauteuils et en faire autant sur les lits ou même, s’y allonger ! On est loin des foires où l’on ne fait parfois que passer rapidement sans guère d’interactions avec les œuvres et les galeristes. Ici, le confort du lieu et la qualité de l’accueil font partie du concept de la manifestation. Second prix, celui des œuvres, généralement autour de 10 000 à 12 000 euros, mais qui commence parfois bien plus bas, à quelques milliers d’euros à peine, pour des œuvres qui, toutes, ont été individuellement validées par le comité de sélection.

Concernant les œuvres, donc, si l’édition 2015 apparaît un peu en retrait après un cru 2014 très brillant – il manque cette année quelques grands noms comme Sigalit Landau, Elina Brotherus ou Oscar Munoz –, la foire offre encore un très beau panorama de la création vidéo récente dans toute la diversité offerte par le médium. Citons une belle vidéo de Bertrand Lamarche chez le Parisien Jérôme Poggi : un disque vinyle recouvert d’une fine pellicule de cire donne lieu, par le frottement de la tête de lecture, à un filament qui s’enroule lentement. Parmi les nombreuses œuvres narratives du cru 2015 ressort l’excellente vidéo de Fernando Sanchez Castillo présenté par la galerie genevoise Art Bärtschi & Cie. On y voit l’intrigant dépeçage d’une épave de yacht ensuite réduite en compressions. Il s’agit de l’ancien navire de Franco que l’artiste a acheté avant de le soumettre à sa rage destructrice et d’élever les restes de ce symbole lié au pouvoir de l’ancien despote, une fois broyé, au statut d’œuvre d’art. La vidéo de la découpe et de la compression est astucieusement accompagnée dans la salle d’une des sculptures ainsi créées. Un art politique aussi troublant que remarquable.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°438 du 19 juin 2015, avec le titre suivant : Loop, c’était la 13e séance

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