Piasa

L’œil moderne de Salzmann

Le Journal des Arts

Le 30 avril 2004

Les 174 photographies de Jérusalem prises par Auguste Salzmann en 1854 seront proposées aux enchères à Paris le 14 mai.

PARIS - Véritable événement pour les amateurs de photographies historiques, l’intégralité des prises de vue consacrées à Jérusalem par Auguste Salzmann (1824-1872) lors de son voyage au Moyen-Orient en 1854 seront dispersées à Drouot le 14 mai par la SVV Piasa. Expert de la vacation, Marc Pagneux insiste sur le caractère exceptionnel d’un tel ensemble : « Au long des 35 ventes dont je me suis occupé durant ma carrière, j’ai vu moins de dix épreuves de Salzmann. »
Peintre de vocation et de formation, Auguste Salzmann développe son goût pour l’archéologie lors d’un séjour en Égypte en 1851. C’est pour pouvoir fixer de manière « objective » les monuments antiques qu’il demande à Gustave Le Gray de l’initier aux principes de la photographie. En décembre 1853, Salzmann part à Jérusalem. À son retour en France à l’été 1854, il confie à l’imprimerie Blanquart-Evrard le soin d’éditer ses tirages. L’attention apportée aux épreuves dénote de la production courante du célèbre imprimeur. Si certaines feuilles possèdent les teintes noires et anthracite qui caractérisent cette maison, d’autres ont des teintes brunes, pourpres ou roses qui montrent l’influence de Le Gray dans l’attention que Salzmann a portée aux tirages. Les plus beaux dévoilent leurs richesses par des zones d’ombre fourmillantes de détails comme dans Le Tombeau des juges ou Fontaine arabe I estimés entre 4 000 et 6 000 euros chaque. Réunies en deux albums, les 174 photographies forment trois séries consacrées aux antiquités judaïques, chrétiennes et arabes. Les images, rassemblées en 101 lots, seront présentées au cours de la vacation dans l’ordre établi par l’artiste  dans ses albums.

Passion pour la pierre
Attaché aux monuments, le photographe refuse toute concession au pittoresque. « Salzmann ne met pas d’affect dans l’approche de son sujet, explique Marc Pagneux. Il se démarque de la vision romantique du lieu et laisse parler sa passion démesurée de la pierre. Dans ses compositions, il s’affranchit complètement de l’enseignement des beaux-arts et ne conçoit pas la photographie selon les schémas de la peinture. Il est le fondateur d’une esthétique, celle d’Atget et des modernes. » Les estimations des lots s’échelonnent de 1 500 à 8 000 euros. Les plus chers sont souvent les plus célèbres, ainsi en va-t-il de Fontaine du couvent grec et Escalier antique taillé dans le roc. D’autres pourraient cependant largement dépasser leurs estimations, comme les vues de rues et de fontaines arabes, les détails architecturaux du Saint-Sépulcre ou les vues de l’enceinte du Temple.
L’œuvre de Salzmann étant particulièrement bien représentée dans les collections nationales françaises, les amateurs ne devraient pas craindre lors de la vacation préemptions et  refus d’exportation.

AUGUSTE SALZMANN « JÉRUSALEM »

SVV Piasa, expert Marc Pagneux, Drouot-Richelieu, salle 6, 9, rue Drouot, 75009 Paris, le 14 mai à 14 h 30, tél. 01 53 34 10 10 ; exposition le 13 mai 11h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°192 du 30 avril 2004, avec le titre suivant : L’œil moderne de Salzmann

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque