Lundi 17 décembre 2018

L’œil de l’expert

L'ŒIL

Le 1 mai 2001 - 619 mots

14 953 000 F
Estimation (2 à 3 millions de F) pulvérisée le 23 mars chez Piasa pour cette Figure couronnée de lauriers, un crayon de la fin du XVe ou du début du XVIe attribué à Lorenzo di Credi. Il se trouvait dans une collection parisienne depuis plus d’un siècle. C’est un record pour l’artiste et le plus haut prix jamais payé en France pour un dessin ancien. Les amateurs étaient nombreux à convoiter la merveille. Quatre d’entre eux sont restés en lice jusqu’à 10 millions. La bataille finale s’est déroulée entre un musée américain et le représentant de la galerie Colnaghi au bénéfice de ce dernier. Ainsi tombe le précédent record français déjà détenu par Piasa : 11 740 984 F, le 20 novembre dernier pour Etude de Christ pour une Pietà que l’on pouvait voir sur le stand de la même galerie au dernier Salon du Dessin. Pourquoi avoir attribué et non pas donné ce dessin à di Credi alors que l’historien de l’art Berenson le considère comme l’un des plus beaux du maître.
« En matière de dessin de la Renaissance, répond l’expert Patrick de Bayser, les certitudes absolues n’existent pas ».
Etude Piasa, Drouot Richelieu, 23 mars.

 886 000 F
La scène se passe à Drouot le 7 mars, jour ordinaire, vente ordinaire, objets ordinaires : livres, linge, bibelots... sans catalogue, sans expert, donc sans photographies des pièces. Plusieurs marchands font leur apparition. Pourquoi sont-ils là ? On va le savoir. Surgit un lot, « deux pièces encadrées » avec la mention « Géricault », dont il ne faut pas tenir compte, dit le commissaire-priseur. Mises sur table pour une bouchée de pain, les voilà qui s’envolent. Une minute plus tard, le marteau tombe à 886 000 F. Ce sont deux rarissimes dessins de Rosso Fiorentino qui travailla pour François Ier. Ils appartiennent à une série connue, deux d’entre eux sont conservés en France, l’un à Besançon, l’autre à Lyon, d’autres ont disparu. Referont-ils surface un jour ? On l’espère. En attendant, ces deux-là ont été acquis par préemption. A ce prix-là, selon les spécialistes, ce n’est pas cher. Une bonne affaire pour le Louvre, en somme !
Etude Boisgirard, Drouot, 7 mars.
 
3 877 000 F
Près de quatre fois l’estimation haute pour ce lampadaire d’Alberto Giacometti pour Jean-Michel Frank le 3 avril à l’Hôtel d’Evreux. C’est un record mondial. L’acheteur, un collectionneur privé, montait contre la galerie Vallois. « Cette enchère de haut-vol place un objet utilitaire sur le même plan qu’une sculpture et c’est justice », dit Jean-Marcel Camard. L’objet a été trouvé en province par un amateur qui n’a pas saisi la portée de sa découverte. « Nous avons fait des recherches, puis nous avons fait identifier ce luminaire par la Fondation Giacometti », ajoute l’expert. Ce modèle a été créé vers 1933 et exécuté à trois exemplaires seulement. L’un d’eux est passé en vente le 2 décembre 1987 à Londres chez Sotheby’s, adjugé à l’époque 12 000 £, soit 129 240 F.
Etude Camard, Le Mouël, Hôtel d’Evreux, 3 avril.

610 000 F
Prix conforme à l’estimation, et pourtant décevant pour cette icône, La Mise au Tombeau, acquise par un collectionneur grec. On s’était mis à rêver après l’adjudication (14 avril 1999, étude Delorme-Fraysse) d’une icône sur le même thème, de même époque et de même école pour 5,9 millions, record mondial qui tient toujours. Que s’est-il passé ? Pour l’expert Ariane de Saint Marcq,
cette fois l’icône n’était pas signée Lamprados, un des maîtres crètois les plus renommés. Elle n’appartenait pas non plus à une collection aussi connue que celle d’Hélène Stathatos, mécène des musées d’Athènes, dont le nom avait fait vibrer, il y a deux ans, les amateurs hellènes.
Etude Nicolay, Drouot, 4 avril. 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°526 du 1 mai 2001, avec le titre suivant : L’œil de l’expert

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