Vendredi 13 décembre 2019

l’œil de l’expert

L'ŒIL

Le 1 juin 2001 - 633 mots

5 538 000 F
Plus de cinq fois l’estimation haute pour cette table en tôle et bronze d’époque Consulat inspirée par Weisweiller et réalisée par Thomire. Un chef-d’œuvre d’une incroyable modernité réalisé vers 1798-1800. « C’est une pièce intemporelle qui s’apparente aux plus belles créations Art Déco », fait remarquer l’expert Roland de l’Espée. « Les pièces de ce type appartiennent à une frange mal connue et très courte de l’histoire du mobilier ; il en reste peu ». Cette table faisait partie de la collection des descendants du baron Gourgaud, officier d’ordonnance de Napoléon qui accompagne à Sainte-Hélène l’Empereur déchu et prisonnier des Anglais. Un objet exceptionnel, un nom connu, une origine indiscutable, tous les ingrédients étaient réunis pour faire flamber les enchères ! L’acquéreur est un collectionneur étranger.
Etude Tajan, Four Seasons George V, 5 avril.

3 435 000 F
Record mondial battu et estimation haute multipliée par dix pour cette étude préparatoire au célèbre Rolla de Gervex, refusé pour immoralité au Salon de 1878 et aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Le peintre, à qui l’on a longtemps collé l’étiquette de pompier, voit ainsi sa cote exploser et c’est justice. Ce prix laisse loin derrière les 841 000 F donnés pour Jeune Femme à sa toilette, le 22 novembre 1999 (étude Laurin-Guilloux-Buffetaud). « Un magistral morceau de peinture, un tableau dans lequel Gervex se place aux côtés des plus grands », affirme l’expert René Millet. Inspiré à l’artiste par un poème de Musset, Rolla est l’histoire d’un jeune homme de 19 ans tombé dans la décadence qui va se suicider après une nuit passée avec une prostituée. Le tableau a trouvé refuge chez un grand collectionneur français après une rude bataille contre plusieurs musées américains et le commerce étranger.
Etude Millon-Robert, Drouot, 30 mars.

6 425 000 F
Ce portrait de Madame Tallien, la ravissante Notre Dame de Thermidor, par le Baron Gérard, adjugé au commerce français, a été préempté par le Musée Carnavalet dans la fourchette de l’estimation. L’épouse du député montagnard avait été la cause déterminante de la chute de Robespierre. Le tableau, peint en 1804, provenait d’une collection privée belge. En effet, après son divorce, Thérèse Tallien avait épousé un aristocrate belge, le prince de Caraman Chimay et avait emporté dans ses bagages cette toile qui, depuis, n’a pas quitté les murs d’un château du Hainaut.
Selon Alain Latreille, spécialiste du peintre, il s’agissait d’un des plus beaux portraits de l’artiste encore en mains privées. Cette enchère prouve qu’il se passe aussi des choses hors de Paris. « Les musées américains et britanniques étaient parfaitement au courant, précise l’expert Chantal Mauduit. Ils se sont intéressés au tableau visible à notre cabinet ».
Etude Bailleul-Nantas, Bayeux, 16 avril.

Invendu à 24 millions
Public clairsemé et ambiance glacée à Montaigne, alors que l’on présente un Picasso de la période bleue. Cette Tête de femme aux yeux clos peinte en 1903, offerte par l’artiste à Apollinaire, n’a jamais quitté la chambre du poète. Elle n’est pas inédite mais n’a jamais été exposée. Un tableau historique donc, estimé 25 millions. Mis sur table à 10 millions, il ne décolle pas. Le marteau tombe à 24 millions et le malaise est perceptible dans la salle. On apprendra le lendemain que ce visage énigmatique, d’une infinie tristesse, n’a pas trouvé preneur. Estimé trop cher ? Certains l’affirment. Turbulences boursières ? Sans doute. Aléas des enchères ? Sûrement. Reste que cette soirée était la caricature d’une vente « à la française ». Une œuvre intéressante pour servir de locomotive, un Degas passable (vendu 2,7 millions). Alentour, une cinquantaine de tableaux, la plupart d’une insigne médiocrité. Il ne sort guère qu’une dizaine de grands tableaux chaque saison en France. Au lieu de jouer « perso », nos commissaires-priseurs ne feraient-ils pas mieux de se regrouper ?
Etude Nicolaÿ, Drouot-Montaigne, 26 avril. 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°527 du 1 juin 2001, avec le titre suivant : l’œil de l’expert

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