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A livres ouverts

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 9 avril 2008 - 713 mots

Pour la seconde année, le livre ancien et l’estampe se donnent la main au Grand Palais.

PARIS - Quand beaucoup d’acteurs du marché avancent en ordre dispersé, les libraires et marchands d’estampes marchent main dans la main pour organiser un salon collectif au Grand Palais. Un site qui, d’après le libraire parisien Michel Bouvier, permet d’élargir l’audience et aplanir les clivages. « Il y a des tentations centrifuges chez les grands et plus petits libraires. Le Grand Palais, c’est la possibilité de faire l’amalgame et montrer que les uns ont besoin des autres », observe Frédéric Castaing (Paris), président du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne. La trop grande proximité avec la foire du livre de New York (3-6 avril) prive toutefois le salon des New-Yorkais Ursus, Lame Duck et Martayan Lan, mais aussi du Parisien Benoît Forgeot.
Le thème du voyage sert d’accroche au salon. Qui dit voyage dit circulation, et il est fort à parier qu’on retrouvera des livres des ventes Berès, lesquels pointent déjà dans les catalogues des libraires. Le voyage est un appel à larguer les amarres. Ce que propose la librairie Thomas-Scheler (Paris) avec la première édition latine de la lettre de Christophe Colomb (1493) annonçant la découverte de l’Amérique. C’est un voyage vers la mort qu’évoque Proust dans une lettre datée du 21 février 1922 et proposée par Frédéric Castaing : « Je commence à comprendre les vers de Baudelaire sur la mort qui délivre, mais je voudrais pourtant bien finir mon œuvre et prouver à la fée que je suis romancier. » Les amateurs de Proust s’attarderont surtout sur le stand de Jean-Baptiste de Proyart (Paris), lequel affiche Du côté de Guermantes avec un long envoi autographe à la comtesse de Chevigné, modèle pour la duchesse de Germantes. Cet ouvrage accompagné de huit lettres autographes saisissantes, où l’amour le dispute au dépit (350 000 euros), pourrait bien tomber dans l’escarcelle de la Bibliothèque nationale de France (BNF). Le succès observé l’an dernier a aussi conduit Laurent Coulet (Paris) à prendre un stand de prestige dans le quarteron central, où il proposera notamment la suite complète des Désastres de la guerre, de Goya, clin d’œil à l’exposition qui se tient en face, au Petit Palais (lire le JdA no 278, 28 mars 2008, p. 10).
Si le marché du livre reste solide, comme en atteste la vente de la bibliothèque de Dominique de Villepin (lire p. 23), quid de la place du livre ancien dans notre société gagnée par l’immatériel ? « Un support nouveau ne remplace jamais totalement ce qu’il rend apparemment caduc, il modifie simplement le rapport que l’on avait avec le support plus ancien : les choses se complexifient, remarque Antoine Coron, directeur de la Réserve des livres rares de la BNF. Il ne fait pas de doute que, dans certains domaines, on peut déjà parler du livre au passé. Les bases de données, Internet, l’ont remplacé. Mais le livre traditionnel a de la ressource, les habitudes de lecture sont encore là, certains usages demeureront. Il est simplement conduit à se transformer, à s’alléger d’une certaine façon. Il ne sera jamais complètement dématérialisé : au contraire, sa matérialité nous intéressera de plus en plus. »

La BNF expose ses trésors

L’Orlando Furioso envoyé par l’Arioste au roi François Ier, l’exemplaire des Essais de Montaigne ayant appartenu à la reine Élisabeth Ire ou celui des Principes de la philosophie par Descartes que possédait Bossuet…, ce bréviaire à faire saliver les bibliophiles n’est pas à vendre. Il s’agit de quelques chefs-d’œuvre sortis des réserves de la BNF et exceptionnellement présentés dans le cadre de la foire. « Ce type de présentation de pièces venant de collections d’État dans un salon commercial me paraît impensable (peut-être parce qu’elle serait trop difficile) dans le cas des musées, remarque Antoine Coron. Cela témoigne en tout cas de l’insertion d’une grande bibliothèque publique comme la BNF dans le monde du livre : elle y tient sa place comme conservatoire, source d’informations, acteur du marché, mais elle considère les autres acteurs de ce marché comme ayant eux aussi un rôle de conservation, et pouvant, comme elle, produire sur les livres de la connaissance, des informations. Les deux parts du monde du livre, la privée, la publique, ne peuvent s’ignorer. »

SALON INTERNATIONAL DU LIVRE ANCIEN ET DE L’ESTAMPE

Du 18 au 18 avril 2008, Grand Palais, www.salondulivreancienparis.fr et www.salondelestampeparis.fr, tous les jours 11h-20h

- Organisation : Syndicat national de la librairie ancienne et moderne
- Nombre d’exposants : 157
- Tarif des stands : 9 m2 : 4 200 euros HT ; 36 m2 : 26 000 euros HT
- Nombre de visiteurs en 2007 : 18 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°279 du 11 avril 2008, avec le titre suivant : A livres ouverts

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